VIDÉO - 75 ans du débarquement de Provence : quand les Alliés envisageaient un autre lieu pour l'opération

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Le débarquement en Provence d'août 1944, dont on commémore le 75e anniversaire jeudi 15 août, a fait l'objet d'âpres discussions entre Winston Churchill et Dwight Eisenhower. Les deux hommes n'étaient pas d'accord sur l'emplacement idéal pour les opérations...

Et si le débarquement d'août 1944 ne s'était pas déroulé en Provence ? Ce tournant de la Seconde Guerre mondiale, qu'Emmanuel Macron doit commémorer jeudi 15 août à Saint-Raphaël, aurait en effet pu se produire sur d'autres côtes. C'était en tout cas le souhait de l'Etat-major britannique, lequel a longtemps ferraillé avec son allié américain sur le choix du lieu pour ouvrir un nouveau front face aux Allemands.


En novembre 1943, au cours de la conférence de Téhéran, Roosevelt, Churchill et Staline arrêtent définitivement le principe de l'ouverture d'un second front en Europe. Problème : Anglais et Américains divergent quant au choix du rivage européen où s'effectuera l'opération, complémentaire du débarquement en Normandie du 6 juin 1944. A l'origine, Dragoon, nom de code du débarquement en Provence, devait s'appeler Anvil (enclume, ndlr). L'opération devait être déclenchée en même temps qu'Overlord (nom de code du débarquement en Normandie), baptisée dans un premier temps Hammer (marteau). Le nazisme devait ainsi être "écrasé" entre le marteau et l'enclume des forces alliées. Les deux opérations furent finalement dissociées, faute de moyens et de troupes suffisants.

"Eisenhower disait non tout au long de l'après-midi"

C'est là qu'Américains et Anglais vont s'offrir une passe d'armes diplomatique : Churchill défend un débarquement sur les côtes est de la mer Adriatique avec une stratégie de "grande tenaille" pour "pincer" le maximum de troupes ennemies. Un débarquement en Yougoslavie, "dans le ventre mou du crocodile", est ainsi préconisé. Non sans arrière-pensée : le Premier ministre britannique redoute que Staline n'étende son emprise sur les Balkans. Il souhaite ainsi parvenir à Vienne, voire Budapest, avant les troupes de l'Union soviétique.


Les Américains, eux, ne l'entendent pas ainsi. Ils préfèrent se concentrer sur leur objectif immédiat, libérer la France, et opérer coup par coup, en repoussant les Allemands au-delà des frontières rhénanes. C'est finalement le général Eisenhower, commandant suprême des forces interalliées, qui tranche en faveur de la Provence. Churchill, la mort dans l'âme, doit s'incliner… avant de tenter le tout pour le tout. A quinze jours du déclenchement de Dragoon, les Anglais tenteront une dernière fois de faire changer les plans en proposant un débarquement à Bordeaux. En vain. 


"Eisenhower disait non tout au long de l'après-midi, il continua de dire non et ne cessa jusqu'au bout de dire non avec tous les moyens que la langue anglaise mettait à sa disposition", raconte le capitaine Harry Butcher, aide de camp du général américain, sur le bras de fer avec Churchill. "Comme d'habitude", écrivit plus tard Eisenhower, "le Premier ministre poursuivit la discussion jusqu'au moment même de l'exécution. Comme d'habitude également, à la seconde même où il vit qu'il ne pourrait obtenir gain de cause, il jeta dans la balance tout ce qui restait en son pouvoir pour le soutien de l'opération". Le 9 août, soit six jours seulement avant le débarquement du 15 août 1944, l'ordre ferme pour la Provence est enfin transmis aux troupes impliquées dans l'opération. Avec le succès qu'on lui connait.

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