VIDÉO - Beyrouth : l'UNESCO lance un SOS pour le patrimoine architectural ravagé

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LIBAN - 640 bâtiments historiques de Beyrouth ont été touchés par l'explosion qui a dévasté la ville, dont 60 en risque imminent d'effondrement. L'UNESCO en appelle à la mobilisation internationale.

Au moins 8.000 bâtiments ont été endommagés par le souffle de l'explosion du 4 août au port de Beyrouth, selon une évaluation du ministère de la Culture. Parmi eux, 640 appartiennent au patrimoine historique de la ville, dont 60 risquent de s'effondrer à court terme. L'effet des pluies d'automne est particulièrement redouté. Mais la spéculation immobilière pourrait aussi aggraver la situation. Face à l'urgence, l'UNESCO en appelle à la mobilisation internationale pour sauver la mémoire architecturale de la capitale libanaise.

L'explosion d'un stock de nitrate d'ammonium, dans le port de Beyrouth, a pulvérisé les vitres des immeubles à des kilomètres à la ronde, générant des dommages à l'intérieur et à l'extérieur des bâtiments. Les dégâts les plus importants semblent concentrés dans les quartiers historiques de la ville. Façades éventrées, toits effondrés, des joyaux de l'architecture libanaise ont été mis à  nu par un gigantesque effet de souffle. Ainsi des fenêtres à triple arche, typiques du style de Beyrouth, ont particulièrement souffert. 

Les maisons bourgeoises et les palais de la période ottomane semblent les plus affectés. Ce sont souvent des bâtiments plus âgés que l'Etat du Liban lui-même, fondé il y a tout juste un siècle. 

Parmi les lieux de mémoire touchés se trouve le musée d'art moderne Sursock. Construit en 1912 pour être la résidence du collectionneur d'art Nicolas Sursock, ce palais mêlant les architectures vénitienne et ottomane a été légué à sa mort à la ville de Beyrouth. Riche d'une importante collection, le musée abrite aussi régulièrement des expositions prestigieuses. La dernière en date était consacrée à Picasso jusqu'en janvier dernier.

Toutes les vitres de la façade du palais ont été brisées, occasionnant des dégâts à l'intérieur des salles d'exposition. Entre 20 et 30 œuvres ont ainsi été endommagées, dont un portrait de Van Dongen représentant justement Nicolas Sursock.

Le bâtiment principal, fait de pierres, est aujourd’hui une carcasse, un squelette. Tout le reste a explosé, les verres, les vitraux, le métal, les cages d’escalier, toutes les portes du rez-de-chaussée jusqu’au 3e étage…- Zeina Arida, directrice du musée Sursock

Le musée venait de fermer ses portes lors de l'explosion. Deux visiteurs ont été blessés sur le parvis, mais le bilan humain aurait pu être  beaucoup plus élevé. En revanche, les dégâts matériels sont considérables, et selon la directrice du musée Zeina Arida, ils sont à chiffrer en millions de dollars : "Le bâtiment principal, fait de pierres, est aujourd’hui une carcasse, un squelette. Tout le reste a explosé, les verres, les vitraux, le métal, les cages d’escalier, toutes les portes du rez-de-chaussée jusqu’au 3e étage, les portes anti-feu…".

L'établissement avait justement achevé une longue restauration en 2015, pour 16 millions de dollars. Dans un pays frappé durement par une crise économique, de telles sommes vont être difficiles à réunir. C'est pourquoi la direction du musée se tourne déjà vers ses homologues étrangers. Le Centre Pompidou et la British Library se seraient déjà manifestés pour venir en aide au musée Sursock.

Les risques d'une nouvelle spéculation immobilière

La question de la reconstruction, ou même de la simple préservation des lieux de mémoire de Beyrouth, inquiète beaucoup les observateurs. Nombre des bâtiments affectés par l'explosion semblaient déjà en sursis, en proie à la spéculation immobilière. Certains propriétaires ou organisations auront les moyens de faire face, mais les petits risquent d'être acculés à vendre. 

Selon George Arbid, le directeur du Centre arabe pour l’architecture, "les vautours sont revenus, ils ont commencé leur tournée". Comme lui, beaucoup redoutent que la reconstruction de Beyrouth ne soit le prétexte à des "rénovations", voire à des démolitions de quartiers historiques qui avaient pourtant survécu à la guerre civile.  

La démarche de l'UNESCO, qui se propose pour diriger les opérations de sauvegarde du patrimoine architectural, permettra peut-être pour un temps d'écarter le danger de ces appétits particuliers.

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