VIDÉO - Ce que l'on sait du gigantesque missile dévoilé par la Corée du Nord ce week-end

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PYONGYANG - La Corée du Nord a dévoilé un gigantesque missile balistique intercontinental ce week-end lors d'une parade militaire. Pour les experts en armement, même si rien ne prouve que l'engin est opérationnel, cette démonstration de force vise à éprouver le système de défense antimissile américain.

Les images de ce mastodonte d'acier paradant sur la place Kim Il Sung ont fait le tour du monde. Le leader nord-coréen Kim Jong-un a dévoilé un gigantesque missile balistique intercontinental (ICBM) lors d’un imposant défilé militaire organisé samedi à Pyongyang, à l’occasion du 75e anniversaire de la fondation du Parti du travail. L'engin, installé sur un tracteur-érecteur-lanceur qui comptait onze essieux, du jamais vu jusqu'à présent, marquait l'apogée de ce défilé nocturne sans précédent. 

Il s’agirait du "plus gros missile mobile à combustion liquide au monde", selon Ankit Panda, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale. "Ce monstre", comme le décrit Melissa Hanham, d’Open Nuclear Network à l’université Stanford, "pourrait transporter plusieurs têtes nucléaires" (MIRV), avec une portée théorique de plus 5.500 kilomètres. D'une longueur d'environ 25 mètres et d'un diamètre de 2,5 mètres, l'engin serait en mesure, d'après l'ingénieur aérospatial Markus Schiller, de transporter 100 tonnes de carburant.

En ligne de mire : le système antimissile américain

"Le missile Hwasong-15 est déjà capable d'atteindre tout le territoire américain. En revanche, ce nouveau missile balistique intercontinental permet d'emporter plus de charges explosives", décrypte Rebecca Rambar, spécialiste de la Corée du Nord, contactée par LCI. Pour Jeffrey Lewis, du Middlebury Institute, cette démonstration de force vise "clairement à éprouver le système de défense antimissile américain en Alaska". 

Si ce missile balistique intergouvernemental comporte trois ou quatre ogives, poursuit le spécialiste, les Etats-Unis devront dépenser environ 1 milliard de dollars (740 millions d'euros) pour avoir 12 à 16 missiles intercepteurs pour chaque missile. "A ce prix, je suis presque certain que la Corée du Nord peut ajouter plus vite des ogives que nous ne pouvons ajouter des intercepteurs", souligne-t-il.

Si ce missile balistique intergouvernemental comporte trois ou quatre ogives, poursuit le spécialiste, les Etats-Unis devront dépenser environ 1 milliard de dollars (740 millions d'euros) pour avoir 12 à 16 missiles intercepteurs pour chaque missile. "A ce prix, je suis presque certain que la Corée du Nord peut ajouter plus vite des ogives que nous ne pouvons ajouter des intercepteurs", souligne-t-il.

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Reste une question : est-il opérationnel ? En tout cas, il n’a pas été testé jusqu'à présent. Les experts s’interrogent en effet sur la maîtrise par la Corée du Nord de la technologie de rentrée dans l’atmosphère des missiles intercontinentaux. De plus, comme le soulignent plusieurs experts, les engins exposés par Pyongyang lors des défilés peuvent être des maquettes et que rien ne prouve qu'ils fonctionnent tant qu'ils n'ont pas été testés. 

De fait, à en croire l'expert en aérospatial Markus Schiller, il est si grand et si lourd qu'il est pratiquement inutilisable. "Cela n'a absolument aucun sens, sauf dans un contexte d'équation des menaces qui consisterait à envoyer le message suivant : 'Nous avons maintenant un ICBM mobile avec des MIRV, ayez très peur'", estime le spécialiste. 

Peu de temps avant d'être investi président des Etats-Unis en 2017, Donald Trump avait tweeté que la Corée du Nord "ne parviendrait pas" à mettre au point une arme pouvant atteindre le sol américain. La première année de son mandat, qui a vu le Nord lancer un ICBM pouvant atteindre cet objectif, a été marquée par une série d'échanges d'insultes entre Donald Trump et Kim Jong-un avant un rapprochement diplomatique symbolique. Mais les négociations sur la dénucléarisation de la Corée du Nord sont au point mort depuis l'échec du sommet d'Hanoï en 2019.

Qu'on le veuille ou non, la Corée du Nord est une puissance nucléaire.- Andrei Lankov, du Korea Risk Group.

En exhibant aux yeux du monde ce nouvel armement, la Corée du Nord fournit la preuve qu'elle a continué à développer son arsenal militaire tout au long du processus diplomatique, estiment les experts, ce qui donne à Pyongyang plus de poids pour exiger un retour à la table des négociations. "Qu'on le veuille ou non, la Corée du Nord est une puissance nucléaire et est probablement la troisième puissance nucléaire capable de frapper les villes américaines, troisième après la Russie et la Chine", a réagi Andrei Lankov, du Korea Risk Group.

Selon Shin Beom-chul, de l'Institut de recherche coréen pour la sécurité nationale, en exhibant le missile plutôt qu'en le lançant, Pyongyang a évité de franchir la ligne rouge. "Mais cela montre également que la Corée du Nord pourrait procéder à un lancement si Trump est réélu et ignore la question nord-coréenne", a-t-il expliqué à l'AFP. Cependant, "si Biden est élu et qu'il n'écoute pas la Corée du Nord, il procédera à un lancement". Une manière déguisée pour la Corée du Nord de s'inviter dans la course à la Maison Blanche à moins d'un mois de la présidentielle américaine. 

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