Covid-19 : l'Italie est-elle en train de vaincre l'épidémie sans confinement ?

Covid-19 : l'Italie est-elle en train de vaincre l'épidémie sans confinement ?

STRATÉGIE - Des opposants aux mesures sanitaires se réjouissent des images de rues italiennes bondées ce week-end. Pour eux, elles sont la preuve qu'on peut endiguer l'épidémie de coronavirus sans confinement. Un raccourci trompeur.

Des ruelles sinueuses dans lesquelles une foule de passants se faufile entre les tables de terrasses pleines à craquer. Une certaine légèreté se dégage des images qui nous viennent d'Italie en ce début de mois de février, faisant oublier l'espace d'un instant qu'une pandémie touche toujours l'Europe de plein fouet. Une illusion de courte durée. Ces rassemblements inquiètent déjà les autorités sanitaires. Car contrairement à ce que laissent entendre des internautes, les défenseurs de la dolce vita n'ont pas vaincu le coronavirus sans confinement et à grands coups d'hydroxychloroquine. 

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Un Noël sous confinement très strict

"En Italie tout est ouvert, depuis plus d'une semaine", se félicitent des internautes, vidéo à l'appui. Ils ont la mémoire courte. Car pour en arriver là, les Italiens sont passés par un confinement parmi les plus stricts d'Europe. Commerces non-essentiels fermés, une seule sortie par jour autorisée pour chaque foyer, interdiction des déplacements entre communes et régions, ... Face à une deuxième vague particulièrement forte, le gouvernement avait annoncé en décembre dernier une série de mesures drastiques qui n'auraient pas plu à ces opposants aux mesures sanitaires. Quand les Français se réunissaient pour Noël, les fêtes de fin d'année dans la Péninsule étaient au contraire particulièrement impactées par l'épidémie. 

Résultat : la courbe des contaminations du pays est stable depuis trois semaines consécutives. Et se fait dépasser par la courbe française. Ce qui explique que désormais les services de réanimation connaissent aux aussi un désengorgement. Contrairement à ce que prétend cet internaute, ce n'est pas en une semaine que les effets d'une décision politique s'observent  dans les hôpitaux. 

En vidéo

VIDÉO - Reportage à Rome où les bars, restaurants et musées ont pu rouvrir

Un abaissement du niveau de risque qui a permis le passage de tout le pays en "zone orange". Décidé sur la base de critères comme le taux d'occupation des services de réanimation ou le taux de propagation du virus, il permet la réouverture des bars, restaurants et musées. Reste que le pays est toujours soumis à de nombreuses règles. Les clients ne peuvent être accueillis que jusqu'à 18h et en  nombre limité, les musées ne sont ouverts qu'en semaine, le couvre-feu reste en vigueur sur tout le territoire national de 22h à 5h et les déplacements interrégionaux sont toujours prohibés. On est donc loin de la dolce vita décrite par certains.

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Les inquiétudes montent

Si cette publication est trompeuse, elle est aussi dangereuse. Car elle laisse penser qu'en Italie des images de ce type sont acceptées. En réalité, elles ont provoqué un tollé dans le pays. Et l'ire des responsables sanitaires. À l'instar de ce qu'on a pu connaitre au printemps dernier en France, lorsqu'on s'offusquait des jeunes réunis autour du Canal Saint-Martin, les experts qui conseillent le gouvernement italien s'inquiètent. Pour eux, ces rassemblements sont la preuve indéniable d'une "augmentation des nouveaux cas positifs dans trois à quatre semaines". "La tendance de cette épidémie est désormais prévisible", a prévenu Walter Ricciardi, un expert en santé publique qui conseille le ministère italien de la Santé face à la pandémie. Dans un entretien à la presse locale, il a appelé à "éviter les rassemblements" et plaidé pour un "passage de tous le pays en zone rouge" à cause de la menace des variants. 

Les images ont également fait réagir le ministre de la Santé. Sur Twitter, Roberto Speranza a mis en garde : "Le classement en zone jaune ne signifie pas que nous avons échappé au danger, il faut encore faire preuve de la plus grande prudence si nous ne voulons pas annuler les progrès accomplis ces dernières semaines."

Un avertissement similaire à celui lancé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui a averti jeudi qu'il était "trop tôt pour assouplir" les restrictions en raison de la circulation "encore très élevée" du virus. "L'Italie est à contre-courant", avait reconnu Walter Ricciardi, dans un entretien vendredi avec l'AFP. Selon lui, cet allègement ressemble même à du laxisme. Il regrettait que "des mesures plus sévères" soient impossibles à mettre en place "en raison de la résistance des politiques et de l'opinion publique". Alors que le coronavirus est toujours présent, les dirigeants italiens sont monopolisés par la crise politique qui traverse le pays.

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