Crise des sous-marins : comment en est-on arrivé là ?

Comment la France a perdu le contrat des sous-marins

CHRONOLOGIE - Le 15 septembre dernier, l'annonce de la rupture d'un contrat géant entre la France et l'Australie faisait l'effet d'un coup de tonnerre dans l'atmosphère feutrée du monde diplomatique. Retour sur les quatre moments-clés de l'été, où la France a côtoyé des alliés qui pourtant négociaient sans elle un pacte stratégique.

Il est difficile, par nature, de déterminer à quel moment ont débuté les discussions secrètes entre l'Australie, les États-Unis et la Grande-Bretagne pour forger une nouvelle alliance pour la zone indo-pacifique (AUKUS), révélée au grand jour et à la surprise générale le 15 septembre dernier. Selon plusieurs sources au New York Times, les Australiens auraient eux-mêmes approché l'administration américaine peu après l'arrivée au pouvoir de Joe Biden, soit au début de cette année. 

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Affaire des sous-marins : une crise inédite entre la France, l'Australie et les États-Unis

Le 12 juin 2021, le début des négociations secrètes

La France a eu plusieurs occasions depuis cette période, d'échanger avec des représentants de chacun des trois gouvernements, australien, britannique ou américain, mais le calendrier devient plus précis et plus serré à partir du début du mois de juin. C'est à cette date en effet que se retrouvent, à l'occasion d'un G7 au Royaume-Uni, tous les acteurs de l'intrigue ainsi que celui aux dépens duquel elle s'est organisée. 

Le 12 juin 2021, le soleil des Cornouailles illumine les sourires et les poignées de mains complices de Joe Biden et Emmanuel Macron lors de leur rencontre bilatérale. Il est question d'amitié franco-américaine et de l'alliance atlantique, l'OTAN. Le soir même pourtant, selon le New York Times, le président américain retrouvera les Premiers ministres australien et britannique, Scott Morrison et Boris Johnson, pour des discussions directes sur l'alliance qu'ils projettent- qui tient à l'écart la France et implique de la priver d'un contrat d'armement de 56 milliards d'euros.  

Le 15 juin, un Premier ministre australien "préoccupé"

Trois jours plus tard, le 15 juin, Scott Morrison est à Paris. Le Premier ministre australien fait-il part de ses "préoccupations" à Emmanuel Macron concernant le développement des sous-marins comme il l'affirme désormais ? Si le dossier est abordé par les deux dirigeants, l'entourage du président français assure que "Morrison ne lui a rien dit qui laissait présager cela et ils sont convenus de poursuivre le travail"

Pourtant, quelques "signaux faibles" de dissonance avaient été perçus quelques jours plus tôt par le ministère des Armées, au point que Florence Parly avait appelé son homologue australien. Si Peter Dutton s'était montré "extrêmement rassurant" lors de cet entretien, c'est dans cette atmosphère mitigée qu'Emmanuel Macron répond par écrit aux "préoccupations de Scott Morrison", le soir même de leur rencontre à l'Élysée.

Pendant l'été, "l'inquiétude" australienne

Pendant tout l'été, des échanges ont lieu à différents niveaux entre responsables français et australiens. Ces derniers expriment une inquiétude quant à "l'adéquation des capacités australiennes" face à la montée en puissance chinoise. Les Français rassurent, l'ambassadeur français à Washington consulte en juillet des interlocuteurs américains sur le dossier, sans détecter que des discussions parallèles ont déjà lieu dans le dos de la France.

À la fin de l'été, le 30 août, se tient une visioconférence au format "2+2", c’est-à-dire entre les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l'Australie et de la France. Le communiqué publié par les deux pays n'enregistre aucune dissonance, et signale même que "les ministres ont souligné l'importance du programme des futurs sous-marins".

Dans les jours qui suivent, on relève que l'amiral français envoyé en Australie pour assurer la bonne liaison entre les deux pays, tarde à être reçu par ses hôtes. Le 10 septembre, tout s'accélère : l'ambassadeur français à Canberra signale que les ministres australiens sont partis pour Washington, tandis que les responsables français ont de plus en plus de peine à joindre leurs interlocuteurs.

Le 15 septembre, début d'une crise diplomatique sans précédent

La journée du 15 septembre commence le mieux possible. Comme on l'a appris aujourd'hui, le ministère des Armées français reçoit la notification de la "fin de la revue fonctionnelle du programme qui était en cours et qui conclut que l'Australie est satisfaite des performances atteignables par le sous-marin". En clair, selon le porte-parole des Armées, Hervé Grandjean, cette lettre attestant de la satisfaction australienne signifie : "en avant pour lancer la prochaine phase du contrat".

Mais très vite, le ciel s'assombrit : la presse australienne commence à évoquer une annonce imminente. L'ambassadeur français à Washington fonce à la Maison Blanche, où on lui confirme qu'un accord tripartite est sur le point d'être officialisé. Le Premier ministre australien aurait cherché à joindre Emmanuel Macron, puis lui aurait finalement envoyé une lettre annonçant formellement la résiliation unilatérale du contrat. 

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Quelques heures plus tard, la visioconférence désormais célèbre débutait : un Joe Biden enthousiaste annonçait conjointement avec Scott Morrison et Boris Johnson la création d'une alliance stratégique que la France n'avait pas vu venir, malgré des mois de discussions répétées avec ces mêmes partenaires.

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