Un an à la Maison Blanche : Donald Trump est-il un président fainéant ?

PARESSEUX – Il a été investi en tant que président des Etats-Unis il y a un an, le 20 janvier 2017. Critiqué pour sa méconnaissance de certains dossiers, ses séjours à répétition dans ses propriétés de luxe ou ses innombrables parties de golf, Donald Trump laisse les observateurs songeurs quant à sa force de travail. Le président américain serait-il un brin tire-au-flanc ?

"Faites ce que je dis, pas ce que je fais." En matière de golf notamment, Donald Trump pourrait sans problème faire sien cet adage. Le 31 octobre dernier, après 285 jours passés à la tête des Etats-Unis, le Commander in chief, qui n’a jamais hésité à critiquer Barack Obama pour son temps passé sur les greens, avait ainsi tapé la balle au moins 76 fois selon un décompte de NBC News. Si les chiffres exacts de la pratique de son sport préféré ne sont pas connus, le relevé de la chaîne américaine permet néanmoins de dire que le président joue au golf plus d’un jour sur quatre en moyenne. 


La démonstration d'un homme en bonne santé sachant équilibrer travail et loisir ? Interrogé lors de la présentation du bulletin de santé - "excellent" - du président américain, sur cette propension à dégainer les clubs, le médecin de la Maison Blanche Ronny Jackson a botté en touche en soulignant que c'était un exercice salutaire comme un autre. Mais cet été, le magazine Newsweek avait dépeint le fan de golf Trump en "garçon paresseux" avachi, et télécommande en main, dans un fauteuil avec des chips et du soda - deux composants majeurs de son régime alimentaire.

"On voit bien que cette année faite d’une succession de polémiques, de comportements totalement atypiques pour un président des Etats-Unis – jouer au golf tous les weekends, insulter des gens sur Twitter, etc. – cache un certain vide", jugeait en novembre dernier le chercheur à l'Ifri Corentin Selin, spécialiste de la politique américaine, alors que nous l'interrogions à l'occasion des un an de l'élection de Donald Trump. "Il y a un contraste entre cette agitation et le concret. Fin octobre, il y avait encore 40% des nominations de hauts-fonctionnaires, de diplomates, qui n’avaient pas été transmises au Sénat. C’est tout simplement incroyable, on n'a jamais vu ça. Cela soulève une question, que les médias américains peuvent difficilement se poser vue leur très mauvaise relation à la présidence : est-ce que Donald Trump travaille ? La réponse n’est pas franchement évidente."

Erreurs en tout genre

"On remarque qu’il y a une méconnaissance de certains dossiers politiques", poursuivait Corentin Sellin. "On a par exemple  pu le remarquer après la controverse avec la veuve du soldat mort au combat au Niger. Les témoignages convergent pour dire qu’il n’a pas fait le job." Outre un manque apparent d’empathie, Donald Trump avait été pointé du doigt pour son incapacité à se souvenir du nom du militaire défunt, le sergent La David T. Johnson, alors qu’il était au téléphone avec l’épouse de ce dernier. Une polémique qui a fait tache au pays des GI érigés au rang de héros. "S’il ne peut, bien sûr, pas connaître le nom de tous les militaires tués, cette conversation montre qu’il n’avait même pas, ou très mal, lu le dossier." 


Approximations, bourdes, les erreurs en tout genre n’ont pas manqué d’émailler les premiers mois de l’exercice du pouvoir du milliardaire. Des erreurs souvent reprises en boucle par les médias du monde entier. Comme lorsqu’il avait annoncé, depuis sa prestigieuse résidence de Mar-a-Lago – où il a passé près de nombreuses journées depuis janvier 2017 – qu’il qualifie lui-même de "Maison-Blanche d’hiver", l’envoi de missiles sur l’Irak alors qu’il s’agissait d'une réponse à l'utilisation d'armes chimiques par le régime de Bachar Al-Assad en... Syrie ! Immédiatement repris par la journaliste de la Fox qui l’interviewait, Donald Trump s’était alors corrigé l’air de rien. Lapsus ? Gaffe ? Difficile à dire, même si le président avait donné l'impression d'être plus intéressé par le repas, surtout le dessert, qu'il venait de partager avec son homologue chinois. Pour beaucoup, l'épisode a souligné sa légèreté dans ce qui concerne l’international en général, le Moyen-Orient en particulier. 

La faiblesse de la présidence Trump, c'est cet enchaînement de micro-événementsCorentin Sellin, historien spécialiste des Etats-Unis

Début octobre, semblant lui demander de lever le pied, il affirmait avoir dit à son chef de la diplomatie, Rex Tillerson, qu’il "perdait son temps à essayer de négocier avec le petit Rocket Man (le surnom qu’il donne à Kim Jong-Un)". Beaucoup avaient moqué le fait qu’il tente de freiner l’un de ses ministres les plus actifs. De polémiques en polémiques, le milliardaire a parfois laissé le sentiment de passer plus de temps à dégainer son portable pour tweeter et répondre aux critiques. Des critiques sur sa façon - brutale selon ses détracteurs - d'exercer le pouvoir, mais aussi son travail concret. Qu'il s'agisse de la justice, qui a bloqué plusieurs de ses directives (le fameux décret anti-immigration ou l'interdiction du recrutement de transgenres dans l'armée), ou du Congrès, qui a fait capoter l'abrogation tant voulue par Donald Trump de l'Obamacare, nombre d'actions présidentielles ont été enrayées sinon stoppées. 

"La faiblesse de la présidence Trump, c’est cet enchaînement de micro-événements et l'absence de grande loi votée par le Congrès", estimait encore Corentin Sellin. Depuis, le président américain a remporté sa première victoire législative majeure en faisant adopter fin décembre sa réforme fiscale. Pas de quoi toutefois, avec ce trophée qui profite aux plus riches, lever les doutes sur son volume de travail.

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