Elections américaines : "Si Biden fait mieux qu'un ratage complet, il aura gagné son débat"

Elections américaines : "Si Biden fait mieux qu'un ratage complet, il aura gagné son débat"
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D-DAY - Joe Biden affronte Donald Trump dans un premier débat télévisé à regarder en direct sur LCI dans la nuit de mardi à mercredi,à 3 heures du matin. Face à l'actuel président, rompu à cet exercice suivi par des dizaines de millions d'Américains, l'adversaire démocrate peut-il faire le poids ?

Le débat télévisé est-il réellement le point faible de Joe Biden, surnommé par l'offensif Trump de "Sleepy Joe" ("Joe l'endormi", en français) ? Quelle stratégie vont adopter les deux candidats ? Ce premier débat est-t-il réellement décisif dans la présidentielle américaine ? On en parle avec Guillaume Debré, journaliste à TF1, ancien correspondant permanent à Washington et auteur du livre Je twitte donc je suis (Fayard) sur Donald Trump.

L'actuel président américain et son adversaire démocrate s’affrontent ce mardi soir lors du premier des trois débats télévisés prévus d’ici au 3 novembre. Joe Biden a-t-il ses chances face à un orateur comme Donald Trump, particulièrement offensif lors des débats télévisés ?

Guillaume Debré : Joe Biden est le "Monsieur Gaffe" de Washington, il multiplie les écarts verbaux, les imprécisions, parfois les bêtises. Et cela dure depuis des années. Quand il s'était présenté en 1988 pour les élections américaines, il avait dû démissionner parce qu'il avait plagié une partie du discours et des formules de Neil Kinnock, l'ancien chef de l'opposition officielle au Royaume-Uni, le dirigeant du parti travailliste. Le New York Times avait révélé le pot aux roses et cela avait créé un scandale. Plus tard, lors d'un débat télévisé en 2008, il avait traité Barack Obama d'Afro-américain "propre sur lui"...  

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Il fait aussi des gaffes sans s'en rendre compte. En 2019, lors d'un meeting de campagne de passage à Des Moines, dans l’État de l’Iowa, il a déclaré que "les enfants pauvres sont aussi intelligents que les enfants blancs". Et c'est de toute évidence la grande ornière de Joe Biden : ce n'est pas un grand débatteur, ce n'est pas un grand orateur non plus et ce sera son point faible. Sur le ring, il peut se laisser enfermer et finir K.O. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé il y a un an pendant la primaire démocrate lorsque Kamala Harris, qui est aujourd'hui sa colistière, avait démonté en public sur ses votes contre la déségrégation raciale. 

Quelle stratégie vont adopter les deux candidats lors de ce premier débat télévisé ? 

Guillaume Debré : Le risque pour Donald Trump, c'est d'avoir sous-estimé le niveau de la performance de Joe Biden après avoir martelé depuis le début qu'il était gaffeur et sénile, après lui avoir donné comme surnom "Sleepy Joe" ("Joe l'endormi", en français) et lui avoir demandé de passer un test antidopage avant le débat politique. En réalité, personne n'attend de Joe Biden qu'il fasse une très bonne performance. Mais s'il fait mieux qu'un ratage complet et s'il s'en sort plutôt pas mal, alors il aura gagné son débat. En d'autres termes, Trump a placé la barre des attentes pour Biden si bas qu'il est possible que ce dernier s'en sorte très bien, parce qu'il n'aura pas été nul. C'est le risque pour le président sortant qui joue sur l'humiliation de Biden. Cette technique pourrait se retourner contre lui lors de ce premier débat. 

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Ce débat revêt-il un enjeu décisif ?

Guillaume Debré : C'est tout d'abord un débat hors-norme en raison de la crise sanitaire. Il n'y a eu aucune interaction entre ces deux candidats ni de meetings. De même, il y a eu très peu de grands raouts politiques, même si Donald Trump en a fait quelques-uns. Reste une grande attente de la part des électeurs afin de voir comment ces deux candidats vont se mesurer l'un face à l'autre. 

Surtout, on est dans un contexte où l'on attend que 60% des électeurs aillent voter par correspondance et par anticipation. Les bureaux de vote virtuels ont déjà ouvert, cela veut dire que ce débat-là va être regardé par des gens qui sont en train de voter. En cela, ce débat pourrait avoir un impact. Certes, selon les estimations, 90% des électeurs ont déjà fait leur choix ou sont à peu près sûrs, donc cela va se jouer sur 10% des électeurs. Mais 10% des électeurs dans des États clés de l'électorat peuvent suffire à faire basculer un État. Rappelons que le Wisconsin, la Pennsylvanie et le Michigan, trois États clés, ont été gagnés par Donald Trump en 2016 avec moins d'1% de l'électorat.  

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