TÉMOIGNAGES - Vendus comme esclaves en Libye, ils racontent leur calvaire : "Chaque matin, on vous frappe"

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EXCLUSIF – De retour dans son pays natal, Bamba, un jeune Ivoirien, a raconté au micro de TF1 ses rêves d’Europe transformés en cauchemar. L’ex-migrant a été vendu, battu, avant de se décider à rentrer à Abidjan. Une traite d’êtres humains en Libye contre laquelle Européens et Africains vont unir leurs forces.

Migrant ivoirien rêvant d’Europe, Bamba s’est lancé dans un long périple pour atteindre son Graal. Mais arrivé en Libye, le jeune homme d’Abidjan a rapidement déchanté. Capturé, vendu et revendu par des propriétaires successifs, il a été traité comme une marchandise avant de se décider à revenir dans son pays natal. "Une fois en Libye, j’ai cherché à rentrer en Europe, mais ça n’a pas marché", explique-t-il dans un témoignage recueilli par TF1. "J’ai fait deux fois de la prison. On m’a ensuite vendu avec le frère de ma maman pour 400 dinars (environ 250 €)."


S’ensuivront des semaines de captivité sous la terreur. Ces esclaves modernes sont humiliés, frappés voire tués dans une Libye où la traite d’êtres humains reste une pratique courante. Les migrants qui rêvent d’atteindre le Vieux Continent sont désormais des proies de choix à moindre coût, interceptés et traités comme des esclaves. 

Une scène filmée par la chaîne américaine CNN en début de mois a mis le monde en émoi. On y voyait des hommes vendus comme des esclaves sur un marché près de Tripoli, la capitale libyenne. En réaction, les dirigeants de neuf pays européens et africains, dont la Libye, ainsi que de l'ONU, l'Union européenne et l'Union africaine, ont décidé de mener dans le pays des opérations d'évacuation d'urgence de migrants dans les prochains jours ou semaines.


"Même si tu as la possibilité de t’enfuir, tu ne peux pas car, à la porte, il y a des gens avec des armes qui n’hésiteront pas à s’en servir", confie à TF1 un autre ancien esclave ivoirien de retour au pays. "Chaque matin, on vous frappe. La nuit, on vous frappe, on vous torture." Les marchands d’esclave n’hésitent pas à envoyer des vidéos aux proches dans lesquels on voit les migrants supplier leurs tortionnaires, mais aussi leur famille de leur venir en aide. Pour acheter sa liberté, la famille de Bamba a dû verser plus de 450 € aux ravisseurs du jeune garçon. Mais pour autant, malgré un voyage en enfer, ils sont nombreux à vouloir tenter à nouveau de traverser la Méditerranée à tout prix.

En vidéo

CONDE - sur l'esclavage en Libye et la crise libyenne

Une task force européo-africaine pour contrer la traite des migrants

Alors, pays européens et africains ont décidé de prendre le dossier à bras-le-corps. L’annonce a été faite par Emmanuel Macron, en marge du sommet Europe-Afrique à Abidjan, au terme d’une réunion d’urgence avec l’UE, l’UA, l’ONU, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Tchad, le Niger, la Libye, le Maroc et le Congo. A l’initiative de la France, les dirigeants ont "décidé une action d'extrême urgence pour évacuer de Libye ceux qui veulent l'être". La Libye va apporter son soutien en aidant à l’identification des camps où des scènes de barbarie ont été identifiées. Un accès sera accordé aux autres pays pour une intervention.


Par ailleurs, un soutien accru à l’OIM (Office international des migrations) a été décidé "pour aider au retour des Africains qui le souhaitent vers leur pays d’origine", a indiqué le chef d’Etat français. Une task force va être mise en place entre pays partenaires qui vont associer "leurs services de police et d'intelligence, avec un lien étroit avec toutes les puissances non représentées, pour démanteler les réseaux et leur financement et interpeler les trafiquants". Une communication volontariste va également voir le jour à l’attention des Africains afin de les inciter à dénoncer la traite des humains en Libye et à décourager les passeurs.

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