Sous-marins australiens : Paris et Washington se renvoient la balle

La rupture par l'Australie du contrat des sous-marins français semble être un coup dans le dos. Cette affaire est une blessure diplomatique pour la France qui pensait être un partenaire privilégié des États-Unis.

INDIGNATION - L'Australie a annoncé jeudi la rupture du gigantesque contrat conclu en 2016 avec la France pour la fourniture de sous-marins conventionnels. Dans la journée, Washington a assuré avoir prévenu Paris du projet d'alliance, ce que la France dément.

Un énorme coup dur pour Paris. Face à la menace grandissante de la Chine dans la région, l'Australie a décidé de resserrer ses alliances. Elle a ainsi conclu un vaste partenariat de sécurité dans la zone indo-pacifique avec les États-Unis et le Royaume-Uni, dont l'une des clauses prévoit la livraison de sous-marins américains à propulsion nucléaire à Canberra. 

Conséquence directe, l'Australie a rompu unilatéralement un accord conclu avec la France en 2016 pour la livraison de sous-marins conventionnels, parfois qualifié de "contrat du siècle" pour l'industrie de défense française. "La décision que nous avons prise de ne pas continuer avec les sous-marins de classe Attack et de prendre un autre chemin n'est pas un changement d'avis, c'est un changement de besoin", a déclaré le Premier ministre australien, Scott Morrison. Un manque à gagner, pour la France, de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d'euros).

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Une décision à laquelle plusieurs ministres Français ont réagi dans la journée, avant la diplomatie américaine. Cette dernière affirme que la France et les États-Unis ont eu des contacts à haut niveau avant l'annonce d'une nouvelle alliance entre Washington, Canberra et Londres, a déclaré jeudi à l'AFP un haut responsable de la Maison Blanche. "De hauts responsables de l'administration américaine ont été en contact avec leurs homologues français pour discuter de 'AUKUS' (le nom de ce nouveau partenariat, NDLR), y compris avant l'annonce" intervenue mercredi, a-t-il dit.

Mais la diplomatie française, elle, dément. "Nous n'avons pas été informés de ce projet avant la publication des premières informations dans la presse américaine et australienne, qui elles-mêmes ont précédé de quelques heures l'annonce officielle de Joe Biden", a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'ambassade de France à Washington, Pascal Confavreux.

Plus tôt, jeudi, le gouvernement français avait d'abord fustigé, dans un communiqué, une "décision regrettable [...] contraire à la lettre et à l'esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l'Australie". Ce choix "marque une absence de cohérence que la France ne peut que constater et regretter", pointait encore le document. 

Interrogé ce jeudi 16 septembre, Jean-Yves le Drian avait même été plus loin encore, qualifiant ce changement soudain de décision "brutale", "à la Trump". "C'est vraiment, en bon français, un coup dans le dos", s'était indigné le chef de la diplomatie française. "Nous avions établi avec l'Australie une relation de confiance. Cette confiance est trahie", avait-il martelé, réclamant des "explications" à l'Australie comme à Washington.

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Colère et amertume étaient également de mise du côté du ministère des Armées. Florence Parly estimait ainsi que le comportement de l'Australie représente "une très mauvaise nouvelle pour le respect de la parole donnée". "Nous sommes lucides sur la manière dont les États-Unis considèrent leurs alliés et leurs partenaires", ajoutait-elle. 

Une "grande déception" pour Naval Group

Chez les industriels, la pilule a aussi du mal à passer. Le Français Naval Group, sélectionné en 2016 pour fournir 12 sous-marins à propulsion conventionnelle dérivés des futurs sous-marins nucléaires français Barracuda, évoque une "grande déception". Le groupe tricolore "proposait un sous-marin conventionnel de supériorité régionale avec des performances exceptionnelles", a-t-il affirmé, rappelant qu’il "offrait également à l'Australie la souveraineté dans ce domaine en prenant des engagements jamais pris par aucun industriel en matière de transfert de technologie, de contenu et d'emploi locaux"

Le montant total du contrat était de 80 milliards de dollars australiens (près de 50 milliards d'euros), a précisé à LCI un porte-parole du groupe. La perte du contrat représenterait 10% de son chiffre d'affaires. 

Selon cette source, qui exclue "un manque de confiance de la part de l'Australie", la raison du revirement tiendrait au fait que ce pays "a réévalué les menaces et les besoins sur l'ensemble de ses dispositifs", et recherche "désormais des sous-marins à propulsion nucléaire et non à propulsion classique"

Des contacts entre Paris et Washington

La CGT de Naval Group Cherbourg a, elle, fait état d'une "déception modérée". "On attendait la mise en œuvre. Tout ne roulait pas parfaitement", a précisé le syndicaliste. Côté emploi, selon Naval Group, 350 personnes travaillaient sur le projet et l'entreprise prévoyait de faire passer l'effectif à 1800 personnes sur place d'ici cinq ou six ans.

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