Guérilla urbaine, manifestation monstre... Que se passe-t-il en Catalogne et à Barcelone ?

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Indépendance de la Catalogne : la crise sans fin avec Madrid

ESPAGNE - Des dizaines de milliers de séparatistes protestent depuis lundi contre les lourdes peines de neuf à 13 ans de prison infligées à leurs leaders. Le dernier épisode d'une crise qui a débuté en 2012. Explications.

Deux ans après une tentative de sécession, le mouvement indépendantiste a basculé cette semaine dans la violence. Des scènes de guérillas nocturnes ont essaimé dans Barcelone, où des barricades ont été érigées par des manifestants. Comment la Catalogne en est-elle arrivée là ? Eléments de réponse. 

Que s'est-il passé ces derniers jours ?

La métropole catalane est le théâtre ce vendredi d'une manifestation monstre, des dizaines de milliers de marcheurs - partis mercredi de cinq villes de province - déferlant dans les rues. Selon la police barcelonaise, 525 000 personnes y ont participé. Conséquence : la ville est paralysée. La basilique de la Sagrada Familia a dû fermer ses portes, la majorité des stands du marché de la Boqueria, sur la célèbre Rambla, étaient fermés et 57 vols ont été annulés à l'aéroport. Le Clasico entre le FC Barcelone et le Real Madrid, prévu le 27 octobre, a été reporté, une nouvelle manifestation étant prévue ce jour-là.

Mais surtout, cette journée de mobilisation a été précédée par une nouvelle nuit de violences à Barcelone : des centaines de jeunes ont monté jeudi soir des barricades enflammées dans le centre de la ville et lancé des cocktails molotov sur les forces de l'ordre. Mardi et mercredi, Barcelone avait déjà vécu ces scènes de guérilla urbaine après de premiers heurts lundi lors du blocus de l'aéroport par quelque 10 000 manifestants. Selon la police, plus de 110 personnes ont été interpellées depuis le début de la semaine dont 16 jeudi soir. 

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Quelle est la cause de ces heurts ?

La condamnation, lundi, de neuf dirigeants indépendantistes à des peines de prison est à l'origine de ces troubles. L'ancien vice-président régional catalan Oriol Junqueras s'est vu infliger la plus lourde peine avec 13 ans de prison pour sédition et détournement de fonds publics. 

Ces indépendantistes étaient jugés pour avoir organisé le 1er octobre 2017, en dépit de l'interdiction de la justice, un référendum d'autodétermination, émaillé de violences policières, suivi de la proclamation le 27 du même mois d'une vaine déclaration d'indépendance par le parlement catalan. 

Pourquoi cette flambée de violence est-elle inédite ?

Car elle contraste avec la tonalité d'un mouvement qui a débuté en 2012 en se surnommant "la révolution des sourires". A l'époque, les séparatistes se targuaient de leurs marches colorées de centaines de milliers de personnes dans une ambiance paisible et familiale. Leur échec en 2017 a suscité de l'amertume chez certains manifestants, qui s'étaient alors limités à des actes de désobéissance, comme des blocages de routes. A partir de 2018, des violences ponctuelles avaient entaché certaines manifestations sur fond de colère croissante à l'égard de Madrid et des dirigeants séparatistes qui n'avançaient pas vers l'indépendance comme ils s'y étaient engagés. 

Exaspérés, de nombreux manifestants ont vécu les condamnations de lundi comme le camouflet de trop. "Les sourires sont terminés", chantaient certains d'entre eux dans des manifestations récentes. Au-delà de l'Etat espagnol, la colère des plus radicaux vise les autorités régionales, aux mains des indépendantistes, qui n'ont pas tenu leurs promesses de sécession en 2017.

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