Iran : 12 morts durant les manifestations, la tension monte dans le pays

COLÈRE - L'Iran, soumis pendant des années à des sanctions internationales pour ses activités nucléaires sensibles, est le théâtre depuis jeudi 28 décembre de protestations contre les difficultés économiques et contre le régime. 12 manifestants ont été tués durant le week-end.

La tension continue de monter. Dix personnes ont été tuées dimanche soir lors de protestations antigouvernementales dans une dizaine de villes, a indiqué ce lundi la télévision d'Etat. Six personnes ont été tuées par des "tirs suspects" dans les violences qui ont touché Toyserkan (ouest), alors que plus tôt, les médias avaient fait état de quatre morts dans les villes d'Izeh (sud-ouest) et Doroud (ouest). Dans cette dernière ville, deux autres personnes avaient été tuées samedi.

Depuis jeudi, les Iraniens défilent dans plusieurs villes du pays pour protester contre le pouvoir et les difficultés économiques : chômage, vie chère et corruption. Le nombre des manifestants était limité initialement à quelques centaines, mais c'est la première fois qu'autant de villes sont touchées par un tel mouvement depuis 2009, lorsqu'un mouvement de contestation contre la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad avait été violemment réprimé.

"Mort au dictateur", "mort aux séditieux"

A Téhéran dimanche soir, des vidéos mises en ligne par les médias iraniens et les réseaux sociaux montraient les manifestants attaquer et parfois incendier des bâtiments publics, des centres religieux et des banques ou des sièges du Bassidj (milice islamique du régime). Les manifestants ont aussi mis le feu à des voitures de police.


Samedi, des centaines d'étudiants se sont opposés dans le quartier de l'université. Ceux favorables au pouvoir avaient pris le contrôle de l'entrée de l'université en scandant "Mort aux séditieux", selon des vidéos publiées sur les réseaux sociaux. Dans les rues, d'autres scandaient des slogans hostiles au pouvoir.  


L'agence Mehr, proche des conservateurs, a mis en ligne sur la messagerie cryptée Telegram, suivie par près de 25 millions d'Iraniens, des vidéos montrant des manifestants en train d'attaquer la mairie du deuxième arrondissement de Téhéran et de renverser une voiture de police. Des vidéos diffusées par des chaînes basées à l'étranger et liées à l'opposition montrent des milliers de manifestants criant notamment "Mort au dictateur".

La thèse du complot

Le peuple iranien répondra aux "fauteurs de troubles et hors-la-loi", a déclaré le président Hassan Rohani, qualifiant les protestataires de "petite minorité qui lance des slogans allant à l'encontre (...) de la volonté de la nation et insulte les valeurs sacrées et révolutionnaires", selon le site de la présidence.


"Le gouvernement ne fera montre d'aucune tolérance pour ceux qui détériorent les biens publics, portent atteinte à l'ordre public et créent des troubles sociaux", avait-il déclaré dimanche. Malgré cela, sur les réseaux sociaux les messages continuent d'inciter les Iraniens à aller manifester.

Plusieurs responsables ont laissé entendre que les manifestations étaient organisées depuis l'étranger. "L'ennemi veut une fois de plus créer un nouveau complot et utiliser les réseaux sociaux et les problèmes économiques pour fomenter une nouvelle sédition", a déclaré un religieux influent, l'ayatollah Mohsen Araki, cité par l'agence Fars, de tendance conservatrice. 

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L’Iran secoué par une vague de manifestations

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