Tué par la tribu à qui il voulait "apporter Jésus" : comment récupérer le corps du jeune Américain ?

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CASSE-TÊTE - Un jeune Américain, John Chau est mort en tentant d'entrer en contact avec la tribu des Sentinelles, petite communauté vivant sur une île perdue entre l'Inde et la Thaïlande. Si ce missionnaire y est allé à ses risques et périls, récupérer son corps est un véritable casse-tête pour les autorités locales.

Il voulait "apporter Jésus", à cette tribu... La semaine dernière, John Chau, un missionnaire américain de 27 ans, est mort, tué par les flèches des Sentinelles. Un peuple coupé du monde formé de chasseurs-cueilleurs, de l'île de North Sentinel, coincée entre l'Inde et la Thaïlande, qu'il souhaitait évangéliser. L'Etat indien avait pourtant interdit à quiconque de poser le pied sur cette île, mais cet Américain a bravé l'interdiction, soudoyant des pêcheurs locaux et finissant le trajet sur un canoë. A peine avait-il posé le pied sur l'île que des témoins l'ont vu être attaqué par les flèches de ces chasseurs et son corps être traîné par les habitants de l'île. 

JE NE VEUX PAS MOURIR John Chau, dans son journal intime, après avoir été attaqué par un Sentinelle

Ce jeudi, on apprend que l'homme tenait un journal intime dans lequel il raconte son périple. Il y brosse le portrait d'un voyageur qui se voyait comme un missionnaire chrétien dans cette dangereuse entreprise. La veille de sa mort, il a approché à deux reprises les Sentinelles. Il parvient à donner à l'un d'entre eux, dont le visage est recouvert d'"une poudre jaunâtre", des cadeaux. Mais un enfant lui décoche une flèche qui se coince dans sa Bible. Il prend alors la fuite à la nage jusqu'au bateau de pêcheurs. "JE NE VEUX PAS MOURIR !", note-t-il en lettres capitales, visiblement sous le choc. "Je pourrais rentrer aux États-Unis car rester ici semble signifier une mort certaine", écrit-il. "J'y retourne (sur l'île). Je vais prier pour que tout se passe bien", indiquent ses dernières lignes, datées de 06h20 du matin, le 16 novembre. 


"Vous pensez peut-être que je suis fou de faire tout ça mais je pense que ça vaut la peine d'apporter Jésus à ces gens", avait écrit John Chau à sa famille, dans une ultime lettre rédigée le  matin de sa mort. "Ce n'est pas en vain - les vies éternelles de cette tribu sont à portée de main et j'ai hâte de les voir adorer Dieu dans leur propre langage". Peu après avoir écrit ces lignes, l'Américain de 27 ans a débarqué sur la plage de l'île, pour ne jamais en revenir. 

Le casse-tête sanitaire des autorités

Cette mort met malgré tout les autorités indiennes dans l'embarras. Celle-ci se trouve face à une situation assez inédite : comment récupérer le corps de cet aventurier sans provoquer un choc des civilisations ? Car si des étrangers se rendent sur l'île pour ramener la dépouille, ils rompraient l'isolement volontaire de cette communauté. Quelles seraient les conséquences sanitaires et anthropologiques de ces contacts pour la tribu ? 


Coupée du monde par choix, les Sentinelles n'ont pas, selon les spécialistes, un système immunitaire adapté aux maladies et aux virus potentiellement portés par les intrus. Les autorités indiennes ont d'ores et déjà envoyé un hélicoptère ainsi qu'un bateau pour tenter de voir où le corps de l'Américain a pu être déposé. Le but de la mission de récupération est d'éviter une quelconque perturbation de cette peuplade. 


"Nous avons maintenu une distance avec l'île et n'avons pas encore été en mesure de repérer le corps. Cela peut prendre plusieurs jours et missions de reconnaissance", a déclaré à l'AFP Dependra Pathak, le chef de la police régionale. Les autorités ont fait appel à des anthropologues indiens et des spécialistes des tribus et de la forêt pour décider de la marche à suivre. "Nous devons faire attention à ne pas les perturber par quelque moyen que ce soit. C'est une zone extrêmement sensible et cela prendra du temps", a déclaré M. Pathak.

Sur son compte Instagram, sa famille a publié un message, expliquant qu'elle avait appris le décès de John Chau. "Les mots ne suffisent pas à décrire notre tristesse (...) Il était un missionnaire chrétien, explorateur de la nature, un entraîneur de football, et un montagnard. Il aimait Dieu, la vie, aider ceux qui sont dans le besoin et n'éprouvait rien d'autre que de l'amour pour les Sentinelles. Nous leur pardonnons leur acte. Nous demandons aussi la libération de ces amis, dans les Iles Andaman. Il y est allé de son propre chef et ses contacts locaux n'ont pas à être persécutés pour ses propres actions (...)", écrit-elle. 

La police a ouvert une enquête pour meurtre et arrêté les pêcheurs ayant aidé l'Américain à se rendre sur North Sentinel. La loi indienne interdit de s'en approcher à moins de cinq kilomètres. Les Sentinelles descendraient des premières populations humaines à être parties d'Afrique et vivraient aux Andaman depuis 60.000 ans, d'après l'ONG Survival International.

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