VIDÉO - L’Egypte, en guerre contre ses TikTokeuses

VIDÉO - L’Egypte, en guerre contre ses TikTokeuses
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LIBERTÉ - En trois jours, six jeunes influenceuses, popularisées grâce au réseau social TikTok, ont été arrêtées en Egypte. Elles sont poursuivies pour avoir violé "les valeurs morales et familiales".

"Vous pourrez vous faire de l’argent en travaillant avec moi". Qu’a voulu dire l’Égyptienne Hadem Houssam à ses abonnées ? Pour les autorités égyptiennes, le message est clair : c’est un appel à la prostitution. Car elle inciterait les jeunes filles à utiliser une application de rencontre avec des hommes plus âgés. 

La sentence est tombée lundi 27 juillet. L’étudiante de 20 ans à l’université du Caire, suivie par 1,3 millions de personne sur TikTok, est condamnée à deux ans d’emprisonnement et une amende de 300.000 livres égyptienne (environ 16.000 euros) pour "violation des valeurs morales et familiales".

Égypte vs influenceuses

Ce jour-là, elles sont cinq jeunes influenceuses, arrêtées entre avril et mai, à écoper de la même sentence. Dans le lot, la plus connue d'entre elles, Mawada al-Adham, 22 ans, suivie par 2 millions de personne, s’amusait à parodier des chansons populaires. Pour les trois autres, dont le nom n'a pas été révélé, on leur reproche des publications "indécentes" et "provocantes" et l’origine d’une partie de leur revenu. 

Depuis quelques mois, les influenceuses sont dans la ligne de mire de la justice égyptienne. Alors qu’une pétition est en ligne pour réclamer la libération des cinq accusées, une sixième condamnation est tombée, trois jours après, pour Manar Samy. Mercredi 29 juillet, la jeune femme a été condamnée à trois ans de prison et une lourde amende pour "immoralité et incitation à la débauche". Manar apparaît sur TikTok dansant et chantant en play-back des chansons à succès, "contraires aux bonnes mœurs" et "à des fins de prostitution", indique le tribunal dans son jugement.

Fin juin, une autre affaire avait fait beaucoup parler : l’arrestation et la condamnation à 3 ans de prison de Sama el-Masry, une danseuse du ventre à succès. Encore une fois, ce sont les mêmes reproches. Les poses "suggestives" dans une de ses vidéos n’ont pas plu aux autorités. La danseuse affirmait s’être fait voler la vidéo, qui aurait été ensuite publiée sans son consentement. 

La loi de la sécurité sur internet, très stricte en Egypte

L’Égypte a imposé ces dernières années un contrôle très strict sur Internet. Les comptes ayant plus de 5.000 abonnés sont ainsi automatiquement surveillés. L’application TikTok, qui a permis à de nombreux jeunes internautes de se faire connaître, semble être dans le viseur du parlement égyptien. Il a demandé au gouvernement de bannir la plateforme qui inciterait à la "nudité" et à "l’immoralité"

Sur les réseaux sociaux, plusieurs militants des droits de l'homme condamnent ces arrestations, avec le hashtag #بعد_اذن_الاسرة_المصرية  en français "avec la permission de la famille égyptienne", dénonçant une politique moralisatrice, oppressante et misogyne. "De jeunes travailleuses sont poursuivies pour violation des valeurs familiales parce qu'elles ont dansé sur TikTok. De jeunes hommes riches qui ont drogué des femmes à leur insu pour les violer en les filmant sont libres, pas poursuivis pour violations des valeurs familiales", s'est indignée l'écrivaine et activiste féministe Mona Eltahawy, connue pour son engagement dans cette cause depuis qu'elle a dénoncé les agressions sexuelles dont elle a été victime pendant le Printemps arabe.

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