Explosion à Beyrouth : enquête, reconstruction, crise politique... un an après, où en est-on ?

La douleur et la colère se font encore sentir au Liban, un an après l'explosion du port de Beyrouth. L'enquête, elle, piétine toujours et la reconstruction avance péniblement.

COMMÉMORATION - Le 4 août dernier, une violente déflagration dans le port de Beyrouth a fait 214 morts et près de 6500 blessés. Un an plus tard, la colère subsiste, alors que l’enquête piétine toujours, obstruée par des interventions politiques.

Depuis 2019, le Liban n’est pas épargné par les catastrophes. Alors que le pays traversait la pire crise socio-économique de son histoire, accentuée par la crise sanitaire et une impasse politique, une explosion meurtrière est survenue dans le port de Beyrouth, faisant 214 morts et 6500 blessés. 

Dès le lendemain, le gouvernement imputait la tragédie aux 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées sur les lieux depuis six ans "sans mesure de précaution". S’il a promis de faire toute la lumière sur ce terrible incident, un an plus tard, l’enquête stagne toujours.

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Explosion à Beyrouth : le Liban toujours meurtri

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La version officielle impute la faute à un bateau venu de Géorgie qui aurait fait halte à Beyrouth en raison de problèmes techniques. Dans un état délabré, il n’aurait pu poursuivre sa route vers le Mozambique et sa dangereuse cargaison de nitrate d’ammonium aurait été stockée dans un lieu sous contrôle dans le port. 

Cependant, de nombreuses associations réfutent cette version des faits. "Quand on commence à enquêter sur les affirmations concernant la façon dont le navire s'est retrouvé à Beyrouth, on se rend compte en fait que toutes ces affirmations sont fausses", assure à LCI Lama Fakih, directrice de la division Crises et conflits de "Human Rights Watch" et directrice du bureau de Beyrouth. 

À la mi-juin, cette ONG et une cinquantaine d’autres ont réclamé une enquête indépendante de l’ONU afin de contrer "les ingérences politiques flagrantes, l’immunité des hauts responsables politiques" mais aussi "des violations de la procédure régulière". "L'absence de responsabilité n'aide pas à la stabilité. Ce qu'on a vu, c'est que cette immunité perpétuelle autour de crimes graves a contribué à l'anarchie qui gouverne désormais le Liban", assène Lama Fakih.

La responsabilité de la classe politique

Cependant, l'idée d'une enquête internationale avait été catégoriquement rejetée par les autorités libanaises. Le premier juge chargé d'enquêter sur l'affaire, Fadi Sawan, avait pour sa part été dessaisi de l'enquête après l'inculpation de hauts responsables. Son remplaçant, Tarek Bitar, fait également face à des obstructions, notamment au refus du Parlement de lever l'immunité de certains de ses membres soupçonnés d'implication dans l'explosion. 

"Malgré ses meilleures intentions, le juge ne pourra pas tenir ces individus pour responsables", observe Lama Fakih, regrettant que les résultats de cette enquête soient donc faussés. Un an plus tard, l'enquête pose donc plus de questions qu'elle ne donne pour l'instant de vraies réponses. On ne sait toujours pas pourquoi le nitrate d'ammonium se trouvait là. On n'explique pas non plus ce qui a provoqué son embrasement ou qui, parmi les décideurs politiques et les responsables sécuritaires, était au courant de la présence de ces produits chimiques.

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D'autant que la bonne poursuite de cette enquête semble liée à la situation politique du Liban. Le 10 août 2020, après avoir reconnu qu'il était au courant de la présence du nitrate d'ammonium, le Premier ministre de l'époque démissionnait et une partie de son gouvernement avec lui. Depuis, le Liban n'a pas de gouvernement, malgré les pressions de la communauté internationale, dont la France, pour que la situation se débloque. 

Enfin, si la reconstruction du port et des quartiers aux alentours a débuté, elle est extrêmement lente. Contrairement aux autorités, les ONG et de jeunes volontaires sont mobilisés pour que la ville se relève. Un semblant de normalité est revenu dans certains quartiers où des bars et restaurants ont pu rouvrir. 

Mais malgré les travaux, les quartiers les plus touchés, qui abritent musées, galeries d'art et joyaux du patrimoine, portent encore les stigmates de cet événement traumatisant. Surtout, la crise économique qui touche actuellement le Liban ralentit les travaux, alors qu'à la suite de l'explosion, les dégâts avaient été estimés à près de 4 milliards d'euros par la Banque mondiale.

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