Renvoi du Premier ministre, accusation de "coup d'État", manifestations... Que se passe-t-il en Tunisie ?

Renvoi du Premier ministre, accusation de "coup d'État", manifestations... Que se passe-t-il en Tunisie ?

CRISE POLITIQUE - Dimanche 25 juillet, le président Kaïs Saïed a limogé son premier ministre et suspendu les travaux du Parlement pour un mois. Une décision qui a provoqué des scènes de liesse dans les rues de Tunis.

Dimanche 25 juillet, des milliers de Tunisiens ont fait fi du couvre-feu pour célébrer la nouvelle. Peu avant dans la soirée, pendant une réunion d’urgence au palais Carthage, le président Kaïs Saïed s’arrogeait les pleins pouvoirs en limogeant son Premier ministre Hichem Mechichi et en suspendant les travaux du Parlement. "Selon la Constitution, j’ai pris des décisions que nécessite la situation afin de sauver la Tunisie, l’État et le peuple tunisien", a annoncé le président en place depuis 2019, sur le compte Facebook de la présidence, en se fondant sur l’article 80 du texte. 

"Nous travaillons dans le cadre de la loi"

Celui-ci dispose qu’en cas de "péril imminent menaçant les institutions de la nation et la sécurité et l’indépendance du pays et entravant le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, le Président de la République peut prendre les mesures nécessitées par cette situation exceptionnelle". Le chef de l’État a justifié l’invocation de cet article par le fait que le pays traversait "les moments les plus délicats" de son histoire et a entrepris de rassurer sur ses intentions, se défendant de tout coup d’État : "Ce n’est ni une suspension de la Constitution ni une sortie de la légitimité constitutionnelle, nous travaillons dans le cadre de la loi". Depuis, le président a limogé le ministre de la Défense Ibrahim Bartagi et la porte-parole du gouvernement Hasna Ben Slimane, également ministre de la Fonction publique et ministre de la Justice par intérim.

Concrètement, les activités du Parlement, avec lequel Kaïs Saïed entretient des rapports délicats depuis son élection, sont gelées pour une durée de 30 jours et l’immunité des députés levée. Il appartient désormais au président de désigner les membres de son nouveau gouvernement mais aussi de diriger le parquet afin de suivre toutes les affaires soulevées contre les députés. La mesure visant le Parlement s’est traduite quelques heures plus tard par l’armée empêchant son président Rached Ghannouchi d’accéder au siège du Parlement, ainsi que sa vice-présidente et des députés du parti Ennahdha. Le parti islamiste majoritaire à l’Assemblée a d’ailleurs rapidement dénoncé dans un communiqué "un coup d’État contre la révolution et contre la Constitution". 

Un fort rebond épidémique

Voilà deux ans donc qu’Ennahdha, sous la houlette de son chef Rached Ghannouchi, et Kaïs Saïed mènent une lutte acharnée. Si le Premier ministre a été remercié dimanche soir, c’est notamment parce qu’il s’est rapproché d’Ennahdha depuis quelques mois. Il est arrivé par exemple à Rached Ghannouchi de se positionner sur le dossier libyen tandis que la diplomatie est une prérogative présidentielle. En effet, la Constitution adoptée en 2014 à la suite du Printemps arabe a mis en place un système parlementaire mixte dans le pays, n’octroyant au chef de l’État que la diplomatie et la sécurité comme pouvoirs. 

Ces conflits ouverts au sommet de l’État exaspèrent les citoyens, qui ont d’ailleurs manifesté dimanche avant l’annonce présidentielle pour réclamer la "dissolution du Parlement". De plus, les Tunisiens paient un lourd tribut de l’épidémie. Avec près de 18.000 morts pour 12 millions d’habitants, le pays affiche l’un des pires taux de mortalité au monde et manque d’oxygène pour ses hôpitaux et ses malades. Et beaucoup reprochent au gouvernement son impréparation face à la crise, avec par exemple le limogeage du ministre de la Santé en plein pic épidémique.

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Au lendemain de l’annonce présidentielle, les tensions étaient vives dans la capitale. Des heurts ont ainsi éclaté aux abords du Parlement entre partisans de Rached Ghanouchi et Kaïs Saïed, qui se sont invectivés à coups de pierre avant d’être maitrisés par les forces de l’ordre.  Un sit in a aussi été organisé par le président du Parlement, imité par quelques députés. La publication d’un décret officiel du président est désormais attendue. Il doit nommer le remplaçant du Premier ministre et promulguer les mesures annoncées. 

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