Crise des migrants : guerre d’images à la frontière entre la Grèce et la Turquie

Crise des migrants : guerre d’images à la frontière entre la Grèce et la Turquie

À LA LOUPE - Alors que des milliers de migrants espérant rejoindre l'Europe affluent depuis plusieurs jours à la frontière entre la Grèce et la Turquie, des images parfois trompeuses essaiment sur les réseaux sociaux. Décryptage.

La bataille des images fait rage. Alors que la Turquie de Recep Tayyip Erdogan a décidé, la semaine dernière, d’ouvrir ses frontières avec la Grèce pour laisser passer les migrants déjà présents sur son territoire, des dizaines de milliers de personnes ont afflué aux portes de l’Union européenne, par la terre, vers la Macédoine-Orientale-et-Thrace, ou la mer Égée, en direction des îles de Lesbos, Chios, Leros, Kos et Samos. 

Un afflux qui a entraîné dans le même temps un déferlement d’images sur les réseaux sociaux. Des images parfois trompeuses, détournées et utilisées à des fins politiques dans les deux pays. 

Toute l'info sur

LE WE 20H

Lire aussi

Des agriculteurs grecs mobilisés "pour tenir la frontière" ?

C’est le cas d’une photo (voir le tweet ci-dessous), largement reprise par des militants d’extrême droite, tout comme le député Éric Ciotti, censée montrer des agriculteurs grecs mobilisés "pour tenir la frontière face aux migrants". Un cliché où l’on peut voir des dizaines de tracteurs, coiffés de drapeaux grecs, au bord d’une route. Sauf qu’il n’en est rien…  

En faisant une recherche d’image inversée, on voit que la première diffusion de cette photo date de 2017. Mauvaise date donc, mais mauvais endroit également. Et pour cause, la scène ne se passe pas à la frontière avec la Turquie, mais à 300 km de là, dans la ville d’Evzonoi, au nord de Thessalonique, près de la frontière avec la Macédoine du Nord. Les agriculteurs protestaient alors contre des hausses d’impôt. 

Un migrant en sang fuyant "les attaques grecques" ?

Mais ce n’est pas tout : en Turquie, une autre photo (voir le tweet ci-dessous) a, elle aussi, été largement relayée pour illustrer le fait que "la Grèce attaque femmes et enfants", selon des messages publiés sur Twitter. On y voit un homme, le visage ensanglanté, portant un enfant dans ses bras. 

Problème : là-encore, ni la date ni le lieu ne correspondent aux récits qui en sont faits. Toujours grâce à une recherche d’image inversée, on s’aperçoit que le cliché - publié dans le New York Times - a en fait été pris le 16 septembre 2015 à la frontière entre la Serbie et la Hongrie, au poste frontière serbe de Horgos, lors d’affrontements entre la police hongroise anti-émeute et des aspirants à l’exil. 

Une vidéo différemment interprétée de part et d'autre

Enfin, il arrive aussi que d’authentiques documents trouvent des interprétations différentes sinon contradictoires dans chacun des deux camps. Exemple avec une vidéo (voir le post Instagram ci-dessous) tournée par la photographe indépendante turque Elif Kurleyen au poste frontière turc de Pazarkule, qui montre une enfant suffocante, portée par un homme au milieu d’une scène de chaos. 

Pour les anti-migrants, il s’agirait d’une preuve que les migrants frappent leurs enfants pour les faire pleurer devant les caméras, tandis que pour les pro-turcs, la séquence illustrerait les conséquences des gaz lacrymogènes lancés par les forces de sécurité grecques. 

Nous avons contacté Elif Kurleyen, qui nous répond que les soldats grecs lançaient bel et bien des gaz lacrymogènes ce jour-là, tandis que certains migrants se mettaient, eux, au-dessus des fumées des feux de camp pour tenter de réduire la sensation de brûlure. Une version confirmée par d’autres journalistes présents sur place.  

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Stations de ski : pas de réouverture des remontées mécaniques le 1er février

EN DIRECT - Macron à Biden : "Welcome back" dans l'Accord de Paris sur le climat

En plein couvre-feu, il tombe en panne et se fait arrêter par la BAC

La vitamine D protège-t-elle des formes graves du Covid-19 ?

Non-respect du couvre-feu : les dénonciateurs rémunérés ? Des internautes tombent dans le piège

Lire et commenter