Nouvelle manifestation monstre au Liban, que se passe-t-il depuis quatre jours ?

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CONTESTATION - Ce dimanche 20 octobre, des centaines de milliers de manifestants libanais sont sortis dans la rue, pour réclamer le départ de la classe politique et dénoncer des conditions de vie de plus en plus difficiles.

Le mouvement de contestation au Liban ne désemplit pas. Pour la quatrième journée consécutive, les Libanais sont dans la rue. Une marée humaine a envahi dimanche soir le centre de la capitale, la place des Martyrs et tous ses environs résonnant des chants et des slogans des manifestants, sous une nuée de drapeaux libanais. Dans tout le pays, des foules compactes ont repris des slogans du Printemps arabe : "Révolution, révolution" ou "le peuple veut la chute du régime". Une contestation d'une ampleur inédite pour protester contre des conditions de vie devenues de plus en plus difficiles et réclamer le départ des dirigeants qu'ils jugent inaptes et corrompus. 

Tout est parti d'une nouvelle hausse des taxes et de l'instauration de l'une d'elles sur les appels téléphoniques WhatsApp. Une taxe à laquelle, le gouvernement a dû renoncer sous la pression. Malgré la marche arrière des dirigeants, reste que la colère ne retombe pas, en témoigne ces images relayées sur Twitter par une journaliste : 

Des manifestations dans le calme

Depuis jeudi, des dizaines de milliers de libanais se rassemblent chaque jour pour exprimer leur ras-le-bol dans ce pays éprouvé par des années de crise économique. Ainsi, ce sont des ouvriers, des universitaires, des commerçants, des étudiants, des jeunes et des moins jeunes, et de toutes les confessions, qui n'ont cessé, jour et nuit, de demander le départ de la classe dirigeante, aux affaires pour la plupart d'entre eux, depuis la fin de la guère civile, dans les années 90. Alors de Tripoli et Akkar, dans le nord, à Baalbeck dans l'est en passant par de nombreuses localités côtières et jusqu'à Tyr et Saïda dans le Sud et le Chouf dans l'Est, les Libanais ont défilé pour exprimer leur ras-le-bol.  

Hier, samedi 19 octobre et dans la nuit, les manifestations ont rassemblé dans une ambiance festive des dizaines de milliers de personnes à travers le pays. A Tripoli, une ville pourtant conservatrice, la foule massée place al-Nour a dansé tard samedi soir au rythme d'une musique animée par un DJ et diffusée via haut-parleurs. Ailleurs dans le pays, des manifestants ont dansé et chanté. Des pneus ont été incendiés et des routes bloquées mais il n'y a pas eu de heurts avec les forces de sécurité, a constaté l'AFP.

La contestation la plus importante depuis 2015

Fait aussi rare que marquant, la contestation a gagné des fiefs du Hezbollah et du mouvement Amal, deux poids lourds de la politique libanaise. Cette mobilisation populaire est la plus importante depuis les manifestations contre le pouvoir en 2015, durant une crise de gestion des déchets qui perdure encore. Fermées depuis vendredi, les banques n'ouvriront pas non plus lundi, selon l'agence nationale d'information (ANI). 

Le Liban s'est engagé en avril 2018 à se réformer en contrepartie de promesses de prêts et de dons d'un montant total de 11,6 milliards de dollars. Mais plus du quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque Mondiale et la dette publique est à hauteur de 150% du PIB, soit 86 milliards de dollars. Au Liban, le salaire minimum est seulement de 450 dollars.

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Vendredi soir, le Premier ministre Saad Hariri, confronté à des appels à la démission de son gouvernement, a défendu les réformes qu'il tente de faire adopter pour redresser une économie exsangue. Il a accusé des membres de la coalition d'entraver ses efforts et donné à celle-ci 72 heures pour se prononcer clairement en faveur des réformes. Saad Hariri avait insinué qu'il pourrait démissionner s'il ne réussit pas à faire passer ses réformes. 

Sa coalition est dominée par le camp du président Michel Aoun et de ses alliés dont le Hezbollah, opposés à une démission de M. Hariri. Allié du Premier ministre, le parti des Forces Libanaises a quant à lui, annoncé ce samedi la démission de ses quatre ministres, une initiative accueillie dans la liesse par les manifestants. Mais le slogan "Tous veut dire Tous" a été aussitôt crié, pour dire leur exigence d'un départ de toute la classe politique.

Les principaux dirigeants ont répondu dimanche à cette nouvelle journée de mobilisation, acceptant notamment de ne plus imposer de nouveaux impôts et un programme de privatisations, a indiqué à l'AFP un responsable du gouvernement sous couvert de l'anonymat. Un conseil des ministres devrait endosser formellement ce plan lundi matin, en présence du président Michel Aoun.

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