VIDÉO - Philippines : des prisonniers retrouvés dans une "cellule secrète" à Manille

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DROITS DE L'HOMME - Jeudi soir, lors d'une visite surprise dans un commissariat au cœur des bidonvilles de Manille, les membres de la Commission gouvernementale des droits de l’Homme, accompagnés de journalistes, ont découvert une dizaine de personnes dans une sorte de "cellule secrète", un minuscule réduit dissimulé derrière une étagère de livres.

Les membres de la Commission gouvernementale des droits de l’Homme ont visé juste jeudi soir. Lors d’une visite surprise dans un poste de police au cœur des bidonvilles de Manille, ces derniers, accompagnés de journalistes, ont découvert une dizaine de personnes dans ce qui s'apparente à une "cellule secrète", un minuscule réduit dissimulé derrière une étagère de livres.


Les membres de la Commission ont ainsi entendu des cris - "On est là, on est là" - émanant de derrière un mur, ont-ils raconté. Puis, ils ont retrouvé une porte cachée derrière l'étagère et ouvrant sur le réduit. Aussitôt retrouvés, les prisonniers se sont précipités dehors. Certains réclamaient de l'eau, d'autres, en larmes, suppliaient les membres de la Commission de ne pas les abandonner.

D’après leurs différents témoignages, les prisonniers étaient détenus depuis environ une semaine après avoir été arrêtés pour usage ou trafic de drogue supposés. Ils accusent ainsi les policiers d'avoir exigé de fortes rançons pour les libérer. "Ils les ont interpellés au prétexte de la drogue mais ils ne les ont inculpés d'aucun chef", a déclaré vendredi à l'AFP Gilbert Boisner, directeur pour Manille de la Commission des droits.


Le son de cloche était toutefois différent chez les autorités locales. Le commandant du poste, le commissaire Robert Domingo, a raconté aux journalistes présents que les détenus n'avaient été interpellés que la veille au soir et que les policiers s'apprêtaient à les inculper. Dans la foulée, le porte-parole de la police nationale Dionardo Carlos a déclaré dans un communiqué à l’AFP que le commissaire Domingo avait été suspendu ce vendredi. Il "va faire l'objet d'une enquête administrative. Si la situation l'exige, il fera l'objet d'une enquête pénale, ainsi que les personnes impliquées", a-t-il indiqué.

Du côté de Human Rights Watch, cette découverte est une nouvelle preuve des abus de droits de l'Homme généralisés commis durant la campagne de répression contre la drogue effectuée par le président philippin Rodrigo Duterte et qui a vu des milliers de personnes tuées par des policiers ou des milices mystérieuses. "La découverte de cette prison secrète n'est que le dernier signe de la manière dont la police exploite à des fins personnelles la campagne antidrogue abusive de Duterte", a estimé l'ONG.


En janvier, Duterte avait brièvement écarté les officiers de police de tout rôle dans cette répression lorsqu'une enquête avait révélé que des officiers de la brigade des stupéfiants avaient enlevé et assassiné un homme d'affaires sud-coréen pour extorquer une rançon à sa famille. Le chef d’Etat avait alors déclaré que la police était "corrompue jusqu'à la moelle", promettant de "nettoyer" ses rangs. 


Un mois après, les policiers étaient de nouveau à pied d'œuvre dans la lutte contre la drogue sans réforme majeure. Un avocat philippin a saisi lundi la Cour pénale internationale, déclarant que la guerre antidrogue avait fait environ 8.000 morts et accusant le président de l'archipel de meurtres de masse.

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