Corée du Nord : Kim Yo-jong, sœur de Kim Jong-un et puissante femme de l'ombre

Le dictateur nord-coréen Kim Jong-un, accompagné de sa soeur cadette Kim Yo-jong, le 27 avril 2018.
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PORTRAIT - Alors les rumeurs sur l'état de santé de Kim Jong-un se font insistantes, le pouvoir pourrait revenir à Yo-jong en cas de décès du leader nord-coréen. Sa soeur cadette, cadre du régime de Pyongyang, deviendrait ainsi la première dictatrice du monde.

KIm Jong-un est-il toujours en vie ? Les rumeurs sur son état de santé vont bon train. Le dictateur nord-coréen n'est plus apparu en public depuis le 11 avril. Son absence remarquée lors de célébrations du 15 avril, date à laquelle toute la péninsule commémore la naissance du fondateur du régime, Kim Il-sung, le grand-père du dirigeant actuel, a renforcé la spéculation. Plusieurs médias internationaux, dont CNN, se font fait l'écho d'une opération du cœur, subie par Kim Jong-un, qui ne se serait pas bien déroulée. Le site américain TMZ est allé jusqu'à annoncé samedi 25 avril le décès du leader âgé de 36 ans. 

Une information qu'a tenue à relativiser la Corée du Sud. Dimanche 26 avril, Moon Chung-in, conseiller spécial à la sécurité nationale du président sud-coréen Moon Jae-in, a évoqué ouvertement les problèmes présumés de santé du dictateur nord-coréen. "La position de notre gouvernement est ferme", a-t-il déclaré à CNN. "Kim Jong-un est vivant et en bonne santé". Il a ajouté que le chef d'État voisin séjournait depuis le 13 avril à Wonsan, une station balnéaire réservée à l'élite dans l'est du pays, lieu de villégiature de la famille Kim. "Aucune action suspecte n'a jusqu'à présent été détectée", a-t-il affirmé.

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Qui dit vrai ? Il est, à ce jour, impossible de démêler le vrai du faux. Il n'empêche qu'une éventuelle disparition de Kim Jong-un, au pouvoir depuis 2011, poserait la question légitime de sa succession. Ses enfants, encore trop jeunes, ne seraient pas en âge de prendre la relève. Kim Jong-nam, demi-frère du leader tombé en disgrâce, est mort empoisonné en 2017 à l'aéroport de Kuala Lumpur en Malaisie. Kim Jong-chol, son aîné, oublié par leur père lorsqu'il envisageait un successeur, ne serait pas intéressé. 

Selon les spécialistes de la politique nord-coréenne, c'est donc sa soeur cadette, la dénommée Yo-jong, qui aurait la tâche de poursuivre le règne de la dynastie Kim. Dans un pays à la culture machiste, elle pourrait assurer la régence, le temps que l'aîné de Jong-un soit en mesure de gouverner. "Kim Yo-jong aurait été officiellement nommé héritière depuis décembre dernier par le Comité central du Parti des travailleurs", a ainsi affirmé mercredi 22 avril le quotidien japonais Yomiuri.

Une scolarité sous une fausse identité en Suisse

Née à Pyongyang le 26 septembre 1987, selon les services sud-coréens de renseignement, Kim Yo-jong est une figure centrale l'entourage du régime de Kim Jong-un. Dans une histoire familiale compliquée par les divers mariages de leur père Kim Jong-il, elle partage la même mère que le dictateur nord-coréen, l'ancienne danseuse Ko Yong-hui, décédée d'un cancer en 2004. Comme son frère, Yo-jong effectue ses études en Suisse, sous une fausse identité. Inscrite à l'école de Liebefeld-Steinhölzi, Pak Mi-hyang apprend l'anglais et le français. Diplômée en informatique, elle rentre en Corée du Nord à la fin des années 2000. 

Ce n'est qu'en 2009 qu'elle fait sa première apparition officielle dans les médias locaux lors de la visite d'une université agronomique avec son père. Selon Konstantin Pulikovsky, représentant spécial de la Russie pour l'Extrême-Orient, Kim Jong-il complimentait l'intérêt et les dispositions pour la politique de sa "princesse Yo-jong". En décembre 2011, lorsque le dictateur trépasse, elle apparaît en bonne place, au côté de Jong-un, relayant au second rang Jong-nam et Jong-chul, les deux autres membres de la fratrie Kim. Avec l'accession de son grand frère au pouvoir, elle devient un personnage clé du régime.

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Mais où est passé Kim Jong-un ?

Une voix qui porte au sommet du régime

Femme de l'ombre, elle gravit un à un les échelons au sein du Parti des travailleurs de Corée que dirige Kim Jong-un. Fin 2014, elle est nommée directrice-adjointe du département de la Propagande et de l'Agitation du régime. En juillet 2015, elle prend la tête du service, se voyant confier l'organisation du culte de la personnalité de son frère qu'elle conseille quotidiennement. Elle devient alors "la femme la plus puissante de Corée du Nord". En 2017, alors qu'elle approche la trentaine, Kim Yo-jong poursuit son ascension sur la voie royale des plus hautes instances du pays en devenant membre suppléante du bureau politique.

Cette montée en grade de celle qui a été promue au rang de grand colonel "accentue la forme monarchique du régime, qui a par définition besoin de s'appuyer sur les membres de la famille", décryptait à l'époque à LCI Pascal Dayez-Burgeon, agrégé d'histoire et spécialiste des deux Corées. "Or, il n'y en a pas tant que cela..." Ambitieuse et dévouée, elle est ainsi l'une des rares à avoir l'oreille du dictateur. 

Conseillère de première plan de Jong-un, qui lui voue une confiance absolue, elle le représente à plusieurs grandes occasions, et notamment lors de la rencontre historique des deux Corées pendant les Jeux olympiques de 2018. Elle est alors la première de la dynastie nord-coréenne des Kim à se rendre sur le territoire sud-coréen depuis 1953. En sous-main, Kim Yo-jong s'active aussi, selon les observateurs, à la désescalade diplomatique entre Washington et Pyongyang sur l'arme nucléaire nord-coréenne. 

Depuis, sa voix au sommet du régime ne cesse de se faire entendre. En coulisses, la femme mariée depuis 2015 au fils de Choe Ryong-hae, le numéro 2 du Parti, et mère d'une fille au moins s'impose comme le véritable bras droit du dictateur. Au-delà de partager les secrets de son frère, elle est aussi l'autre voix du régime. Le mois dernier, elle a fait sa première déclaration publique, comparant Séoul à un "chien effrayé qui aboie" après qu'il ait protesté contre un exercice militaire de tir réel. 

"Il est révélateur que Kim Jong-un lui ait permis d'écrire et d'annoncer une déclaration cinglante sur la Corée du Sud sur un ton si personnel", a analysé dans le Guardian Youngshik Bong, chercheur à l'Institut d'études nord-coréennes de l'Université Yonsei à Séoul. "Il est clairement prêt à permettre à sa sœur de devenir son alter ego." C'est encore elle qui s'exprime pour féliciter publiquement Donald Trump d'avoir envoyé à son frère une lettre lui proposant de l'aide pour faire face au Covid-19. En la choisissant pour lui succéder, s'il venait à disparaître, Jong-un sait la dynastie Kim entre de bonnes mains. 

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