VIDEO - Qui est Jimmie Akesson, le nouvel homme fort de l'extrême droite suédoise ?

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PORTRAIT - Charismatique, grand orateur et présentant bien, Jimmie Akesson veut faire de l’extrême droite suédoise la seconde force politique du pays, à l’issue des élections législatives qui se tiennent ce dimanche. Accro aux jeux en ligne et aux pizzas-frites, le chef de file des Démocrates de Suède (SD) peut poursuivre la dédiabolisation des siens sereinement.

Il peut avoir le sourire. Jimmy Akesson est en passe de réussir son pari. Son parti, les Démocrates de Suède (SD), peut devenir, ce dimanche, la seconde force politique du pays à l’issue des élections législatives pour renouveler le parlement dominé par le Parti social démocrate (centre gauche) et les Modérés (droite). Une position désormais préférentielle pour le chef de file de l’extrême droite suédoise dont il a pris les rênes en 2005.


Akesson a largement travaillé son image de gendre idéal pour réussir à dédiaboliser son parti. "Il est perçu comme une personne ordinaire par certains qui voient les autres politiciens comme des acteurs ayant un rôle à jouer", explique à l’AFP Karin Svanborg-Sjövall, responsable du think-tank libéral Timbro. D’autres voient en lui un "loup dans la bergerie" et un fin stratège. L’homme sait parler, sans user de mots qui choquent contrairement à son pendant italien, Matteo Salvini. Il présente bien avec son brushing impeccable, ses lunettes rondes et sa légère barbe dans l’air du temps. A 39 ans, et malgré des allures d’étudiant, c’est un vieux briscard en politique où il a débuté il y a 20 ans comme conseiller municipal chez les Modérés (centre droit) avant de les quitter, déçu par leur libéralisme économique et leur soutien à l’Union européenne.

Il a su dédiaboliser son parti

Ces législatives sont sa quatrième élection à la tête du SD. Sans se couper des thématiques chères à son parti (nationalisme, anti-immigration, anti-européen, lutte contre la criminalité), il est parvenu à prendre définitivement ses distances avec les groupuscules racistes pour redorer l’image des siens. Ces derniers jours, Akesson n’a d’ailleurs pas hésité à exclure une dizaine de candidats investis pour les élections locales, qui avaient lieu le même jour que les législatives, après des révélations dans la presse sur leur militantisme au Front national-socialiste ou au sein de groupuscules néonazis. Autre signe d'une volonté de s'écarter de l'image de l'extrême droite : il a remplacé la flamme emblème de son parti (inspiré du FN) par une fleur, une anémone hépatique, qui reprend les couleurs bleue et jaune du drapeau suédois.


Depuis sa prise de pouvoir sur les "Sverigedemokraterna", il a fait entrer le partie au Parlement. En huit ans, le SD est passé de ses 20 premiers députés et 5,7% des voix en 2010, à une percée en 2014 avec 13% des suffrages (troisième force politique) à un bond en avant en 2018. Avec son profil décontracté et accessible, il a brassé des électeurs bien au-delà de la seule droite populiste.

Un homme simple avec ses forces et ses faiblesses

Fils d’un entrepreneur et d’une aide-soignante, il joue la proximité populaire si importante en politique. Derrière son image travaillée d’homme respectable, Akesson est un fan de romans policiers, de pizzas-frites. Un enfant marqué par un incident qui l’a rendu " sceptique face à l'immigration", comme il l’avait confié à la télévision. Des jeunes réfugiés l’auraient poussé de son vélo et traité de "Suédois sanguinaire". Depuis, il justifie ainsi sa politique anti-musulman et anti-migrants qui trouve un écho particulier dans un pays qui a accueilli 250.000 demandeurs d’asile entre 2014 et 2015. 


Mais ce qui plait aussi en Suède, c’est la capacité de l’homme à reconnaître ses faiblesses, comme une addiction aux jeux en ligne ou un burnout en 2014. Un chef de parti également menacé de mort pour ses idées, comme il l’a fait savoir juste avant l’élection de dimanche. Le SD aurait ainsi reçu des lettres de menace : "Nous allons te décapiter si tu ne te retires pas de l'élection avant la fin de la semaine." Des propos que le parti attribue à une mouvance proche de Daech, mais sans avoir de preuves réelles. Un classique chez les partis populistes et nationalistes. 


Sa montée en puissance fait sans doute un peu peur dans le milieu politique suédois et européen. S’il va pouvoir se rapprocher de l’Italien Matteo Salvini ou encore du Hongrois Viktor Orban pour venir renforcer le mouvement populiste qui se développe en Europe, il n’aura peut-être pas encore de soutien dans son propre pays à droite. Les Modérés ont d'ores et déjà annoncé qu'ils ne voulaient pas gouverner avec lui. Les conservateurs sont plus ouverts. Un rôle d’arbitre dont il doit se délecter par avance.

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