Pêche post-Brexit : trois questions pour comprendre la montée des tensions

Pêche post-Brexit : trois questions pour comprendre la montée des tensions

BATAILLE DE LA MANCHE - Annonce de mesures de rétorsion contre le Royaume-Uni, verbalisation de deux navires britanniques... Le ton est monté ces dernières heures entre Paris et Londres sur les licences de pêche post-Brexit. On vous explique.

La France hausse le ton pour défendre ses pêcheurs. Après avoir annoncé mercredi que des mesures de rétorsion seraient prises contre le Royaume-Uni s'il n'accorde pas davantage de licences pour pêcher dans ses eaux, deux navires de pêche anglais ont été verbalisés mercredi soir en baie de Seine "dans le cadre du durcissement des contrôles dans la Manche".

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Le 13H

Ce jeudi, après une multiplication de déclarations opiniâtres et des heures de tensions, ces dernières sont finalement redescendues d'un cran : le ministre britannique de l'Environnement George Eustice a appelé au "calme" et à la "désescalade", affirmant que la porte de son gouvernement "était toujours ouverte", tandis que Jean Castex s'est dit "ouvert aux discussions" à condition que Londres "respecte ses engagements". Jusqu'où ira cette bataille de la Manche ? Retour sur le conflit et cette poussée de tensions en trois questions. 

Comment en est-on arrivé là ?

Quand la Grande-Bretagne a quitté l’Europe, il a fallu trouver un accord post Brexit, conclu en fin d’année, rappelle Alexia Mayer dans la vidéo du 13 h de TF1 en tête de cet article. Celui-ci prévoyait que les pêcheurs français pouvaient continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition de prouver qu’ils y pêchaient dans le passé. Chaque bateau a dû justifier d’au moins onze jours de pêche entre le 1er février 2017 et le 30 janvier 2020 pour se faire délivrer les licences. 

Plus de 210 pêcheurs français ont pour l'heure reçu le sésame de Londres et Jersey, mais le compte n'y est pas pour Paris qui en réclame le double. Le principal point de tension se trouve autour des îles de Jersey et de Guernesey car elles sont très proches des côtes françaises. À peine sortis du port de Cherbourg, les pêcheurs se retrouvent dans les zones de pêche interdites sans licence, c’est-à-dire entre onze et douze kilomètres de ces îles. Ces eaux sont en plus très poissonneuses. Certains pêcheurs ont fait leur compte : 30% des poissons qu’ils pêchent viennent de cette zone. 

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Qu’en pensent les pêcheurs français ?

Les pêcheurs français privés de licence saluent la fermeté de la France mais restent très inquiets pour la suite. À l’instar de Sophie et David, pêcheurs dans le port de Cherbourg. "Je suis très satisfait que le gouvernement français tape du poing sur la table. C’est normal, depuis le temps qu’on attend ça", témoigne David dans le reportage de TF1 ci-dessous. Deux de leurs bateaux n’ont toujours pas de licence pour pêcher dans les eaux britanniques. Leurs revenus baissent et un quart de leur équipage a préféré arrêter le métier. 

En vidéo

Quotas de pêche post-Brexit : la France défend ses pêcheurs

"Ça a des conséquences économiques, mais sociales également, parce qu’on a énormément de mal à recruter des marins. Ceux qui sont sur des bateaux qui n’ont pas pu avoir de licence au début de l’année ont vu leur salaire baisser de manière très, très importante. Le métier de pêcheur est en danger, la pêche artisanale est en danger", assure Sophie. Pour David, 20% de son chiffre d’affaires a disparu et les contrôleurs britanniques ne le quittent pas des yeux lorsqu’il s’approche des zones britanniques. "Ils nous mettent une pression constante", affirme-t-il. 

Cette situation tend les rapports en mer. Les amitiés n’existent plus et la pression monte. "Les bateaux qui ont la licence et qui peuvent aller pêcher sont harcelés quotidiennement par des pêcheurs anglais qui tournent autour des bateaux, qui les insultent, qui leur font des gestes obscènes, qui les menacent. Ce que je crains, c’est l’escalade de violences", poursuit Sophie. Tous espèrent désormais l’obtention de nouvelles licences de pêche attendues depuis janvier. 

Comment réagissent les pêcheurs britanniques ?

Les pêcheurs britanniques sont, eux aussi, inquiets de cette situation et ne comprennent pas l’attitude de la France, explique Elise Stern, correspondante de TF1 au Roayume-Uni, en duplex de Folkestone dans la vidéo ci-dessous. Les représentants nationaux de la profession pointent le fait que la France a peut-être plus à perdre dans ce conflit, car il y a plus de pêcheurs français à venir dans les eaux britanniques que l’inverse. 

En vidéo

Quotas de pêche post-Brexit : comment les Britanniques réagissent aux premières sanctions

De son côté, relève la journaliste, le propriétaire de l’un des deux bateaux arrêtés dans les eaux anglaises a confié à la presse locale son sentiment de n’être qu'un pion entre les deux gouvernements. 

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