Comment le peuple roumain fait sa révolution anti-corruption et a fait plier le pouvoir

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DÉCRYPTAGE - L'adoption le 31 janvier d'un décret dépénalisant certains faits de corruption a suscité un émoi sans précédent dans ce pays depuis la chute du régime communiste en 1989. A tel point que le Parlement a adopté lundi un référendum, lâchant du lest en faveur du peuple roumain.

Acculé par son peuple, le pouvoir roumain a dû céder. Sur proposition du président Klaus Iohannis, le Parlement a donné lundi son feu vert à un référendum sur la lutte contre la corruption. Un soulagement pour les milliers de citoyens qui, depuis deux semaines, battent le pavé contre le gouvernement qui voulait assouplir la législation en la matière.


L'exécutif social-démocrate assure en effet vouloir mettre le code pénal en conformité avec la Constitution. Sauf que, le 31 janvier, de nuit et en catimini, un décret assouplissant la législation anticorruption est adopté. Objectif : permettre aux fonctionnaires et aux responsables politiques d'échapper à des peines de prison en cas d'abus de pouvoir constituant un préjudice inférieur à 44.000 euros. Une décision inconcevable pour les Roumains : 80.000 d'entre eux ont manifesté dimanche, 500.000 la semaine précédente. Du jamais-vu depuis la chute du communisme en 1989. Et pour cause, leur pays s'est métamorphosé ces dernières années en chantre de la lutte anticorruption. Et ce, sous la pression de l'Union européenne et de magistrats très offensifs, eux qui craignent la remise en cause des progrès réalisés si le gouvernement assouplit l'arsenal législatif.

Près de 1.171 personnes condamnées en deux ans

La Roumanie, "élève modèle" de la lutte anticorruption ?  Pour comprendre, retour en arrière, et plus précisément en 2007 quand le pays - tout comme la Bulgarie - rejoint l'Union européenne. Une intégration en échange d'une promesse, celle de tout faire pour s'aligner sur les normes européennes en matière de justice, d'Etat de droit et de lutte contre la corruption. Celle-ci a en effet privé l'Etat, depuis les années 90, de dizaines de milliards d'euros. Les deux pays sont ainsi les seuls de l'UE à faire l'objet d'une évaluation annuelle de Bruxelles sur ces questions.


Et les efforts de la Roumanie ont fini par payer puisque selon le rapport de l'ONG Transparency International, publié fin janvier, on constate "la tendance positive affichée par la Roumanie et ses habitants en matière de lutte contre la corruption et de protection de l'indépendance du système judiciaire ces trois dernières années". Mais selon le rapport de l'ONG Transparency International, publié fin janvier, la Roumanie est l'un des plus mal classés au sein des Vingt-huit s'agissant du sentiment de corruption des citoyens dans leur quotidien.


Un sentiment qui pousse les autorités à redoubler d'efforts. En quelques années, la Roumanie s'est doté d'un arsenal anticorruption de pointe dont l'épicentre est le parquet national anticorruption (DNA) et sa centaine de procureurs qui enquêtent, arrêtent et mettent en examen en revendiquant leur indépendance à l'égard des pressions politiques. Dirigée par la procureure Laura Codruta Kövesi depuis mai 2013, l'institution a fait le ménage : rien qu'entre 2014 et 2016, 1.171 personnes, notamment des élus nationaux, locaux et haut fonctionnaires, ont été condamnées pour le seul chef abus de pouvoir. Le tout pour un préjudice total de plus d'un milliard d'euros. 

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