Corée du Nord : la boite à fantasmes

Mais où est passé Kim Jong-un ?
International

DECRYPTAGE - Retour sur la naissance et la fin d'une rumeur qui, d'une absence remarquée à une cérémonie en hommage à son père et son grand-père, aura laissé penser, quelques jours durant, que Kim Jong-Un était décédé.

La rumeur a enflammé les esprits durant une semaine. Kim Jong Un, malgré son jeune âge, malgré la vigilance de chaque instant que les médecins qui lui sont assujettis se font un devoir d’assurer et dont ils répondent sur leur tête, malgré la sacralisation dont il fait l’objet, Kim Jong Un donc, serait décédé.

Une absence qui enflamme la planète

La fascination qu’exerce le pays le plus secret du monde est telle qu’il n’en a pas fallu beaucoup pour faire circuler cette fausse nouvelle. C’est très exactement l’absence du leader incontesté de la Corée du Nord, le mercredi 15 avril, lors des commémorations qui, chaque année, célèbrent la naissance de son grand-père, fondateur de la RPDC et de la dynastie des Kim, qui a suffi à enclencher la machine à fantasmes. 

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Il est vrai que ce jour-là, désigné comme la Fête du Soleil, il est de tradition d’organiser sur la place qui porte son nom, au cœur de Pyongyang, une gigantesque parade en mémoire de feu Kim Il Sung. Des rassemblements géants à la chorégraphie millimétrée dont les Nord-Coréens ont seuls le secret. Or ce 15 avril, point de parade, et pas plus de Kim Jong Un. Tout juste reçoit-on dans nos rédactions les images de quelques couples endimanchés venant, comme c’est la coutume, déposer des fleurs aux pieds des deux statues monumentales incarnant le grand-père et le père de l’actuel N°1 du régime. 

Immédiatement, c’est d’abord le site internet sud-coréen Daily NK, relayant des sources anonymes à l’intérieur du pays, qui croit savoir que le chef suprême se remet difficilement d’une opération cardiaque réalisée le 12. Possible, même si des photos datées du même jour montrent ce dernier, apparemment en pleine forme, supervisant des exercices de tir sur une base aérienne. Le lendemain c’est CNN qui révèle qu’une de ses sources au sein du renseignement américain affirme que Kim est "en grave danger". Mais 24 heures plus tard, Donald Trump lui-même, entre deux élucubrations sur le coronavirus, se charge de mettre en doute la crédibilité de la chose. Enfin samedi, le site TMZ annonce carrément que le leader nord-coréen est probablement mort.

La Corée du Sud met fin aux rumeurs

Outre la prudence de Trump, deux indices viennent assez vite pourtant fragiliser cette hypothèse. Il y a la photo d’abord, du train personnel de Kim Jong Un dans la gare qui lui est dévolue, à Wonsan, ville balnéaire de la côte orientale, qui y indique en général sa présence. Le très informé site 38North qui la publie, toujours à l’affût de ce genre de renseignement satellite, n’en conclut  rien. Mais la probabilité qu’un Kim mourant se promène en bord de mer est faible. Et puis surtout, les autorités sud-coréennes, qui ont souvent la primeur des soubresauts agitant leurs voisines du nord, ne perçoivent rien d’inhabituel sur leur sismographe. 

En l’occurrence, après vérifications, c’est de source gouvernementale à Séoul qu’on apprend finalement ce lundi matin que Kim Jong Un serait en fait vivant et se porterait bien. Une info que seule sa "réapparition" physique bien sûr achèvera de corroborer.

Sans évacuer la possibilité de futures surprises quant à la santé d’un homme notoirement fumeur et en surpoids, l’absence depuis plusieurs jours de l’héritier des Kim peut avoir de multiples raisons, y compris la volonté de mesurer l’impact de cette absence sur les esprits qui voudraient s’en réjouir. Une chose est sûre, en Corée du Nord, aucune obligation n’est imposée au dirigeant suprême, surtout pas celle de respecter le calendrier ou de tenir ses engagements.

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