VIDÉO - Tir de missile intercontinental de la Corée du Nord : "Trump vient d'être humilié par Kim Jong-un"

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ÉCLAIRAGE - La Corée du Nord a affirmé mardi avoir testé avec succès un missile intercontinental, ce qui serait une avancée majeure dans ses efforts pour être en mesure de menacer de frappes nucléaires le continent américain. Antoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), décrypte la situation pour LCI.

Les Etats-Unis ont confirmé mardi que la Corée du Nord avait procédé à son premier lancement d'un missile balistique intercontinental (ICBM) et ont dénoncé "une nouvelle escalade de la menace" présentée par le régime communiste.


Cet essai d'un missile Hwasong-14, réalisé le jour de la fête nationale américaine et supervisé personnellement par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un, était un "cadeau" aux "salauds d'Américains", a ironisé M. Kim, cité par l'agence de presse officielle nord-coréenne KCNA. 


Assistons-nous réellement à une escalade dangereuse ? La menace nord-coréenne est-elle à prendre au sérieux ? Antoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) et enseignant à Sciences Po Paris, répond à nos questions.

LCI : Ce n’est pas le premier essai mené par la Corée du Nord. Il s’agit cette fois d’un missile intercontinental. Qu’a-t-il de particulier ?

Antoine Bondaz : Depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2011, Kim Jong-un a mené 79 essais balistiques, contre seulement 16 pour son père entre 1994 et 2011. Ce test est cependant sans précédent. Il s'agit en effet d'un missile balistique intercontinental, d'une portée de plusieurs milliers de kilomètres, et non d'un missile balistique à courte ou moyenne portée habituellement tiré. Selon les calculs de la communauté scientifique, sa portée théorique serait de près de 6700 km, suffisant pour frapper les Etats américains d'Hawaï et d'Alaska, mais insuffisant pour atteindre la côte ouest, comme la Californie. Mais un essai unique ne suffit pas à qualifier ce missile d'opérationnel. Il en faudra de nombreux autres.

Le risque d'une guerre entre Pyongyang et Washington est limitéAntoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS)

LCI : Nous assistons à une surenchère entre Pyongyang et Washington. Le conflit est-il inéluctable ?

Antoine Bondaz : La Corée du Nord poursuit le développement de son programme balistique, et aussi nucléaire évidemment. La stratégie nord-coréenne est pragmatique et rationnelle, bien qu'imprévisible. Face à cela, le risque d'une guerre entre Pyongyang et Washington est cependant limité. Tout comme au printemps de cette année, le scénario de frappes préventives américaines sur la Corée du Nord est à exclure car le coût humain et politique serait considérable. Il faut rappeler qu'en cas de frappe, la Corée du Nord répondrait très certainement en attaquant la Corée du Sud. Or Séoul, ville de plus de 20 millions d'habitants, se trouve à moins de 50 km de la frontière et à portée de l'artillerie conventionnelle du Nord. La communauté internationale a évidemment échoué à dénucléariser la Corée du Nord. Et, à l'inverse, Kim Jong-un a considérablement accéléré le rythme de développement de ses programmes nucléaire et balistique. Un changement de stratégie est donc indispensable pour régler le problème. Cependant, les grandes puissances, au premier rang les Etats-Unis et la Chine, sont incapables de se mettre d'accord sur une stratégie commune cohérente. Le seul accord est aujourd'hui de ne pas reconnaître la Corée du Nord comme une puissance nucléaire de droit. Mais cela apparaît comme une position de plus en plus difficile à tenir.

LCI : L’attitude de Donald Trump risque-t-elle de faire basculer la situation ?

Antoine Bondaz : L'absence de stratégie américaine sur le dossier nord-coréen ne change rien aux fondamentaux du problème. Pyongyang conserve un seul et unique objectif depuis sa fondation en 1948 : la survie de son régime politique. Les programmes nucléaire et balistique s'inscrivent dans la droite ligne de cet objectif avec une double dimension : des armes militaires défensives afin de dissuader toute puissance étrangère d'intervenir militairement, des armes politiques identitaires qui ne sont plus "détenues" par le régime, mais qui font encore partie de l'identité du peuple nord-coréen. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump n’a pas eu un impact négatif spécifique. Les relations entre les deux pays sont exécrables depuis toujours, et notamment depuis la guerre de Corée (1950-1953). L'option militaire et les frappes préventives sont à exclure, les bases américaines en Corée du Sud et au Japon étant aussi des cibles de représailles idéales. L'option diplomatique semble donc la seule possible. Cependant, le président américain vient d'être humilié par la Corée du Nord puisqu'il avait annoncé par un tweet en janvier 2017 que cet essai "n'aurait pas lieu". Ce test arrive surtout à un moment où les tensions sino-américaines resurgissent, que ce soit au sujet de la mer de Chine méridionale (Xi Jinping a déploré une "sérieuse provocation politique et militaire" après l’incursion d’un navire américain), de Taiwan et désormais de la Corée du Nord. Cette détermination du régime nord-coréen, couplée à cette incapacité des grandes puissances à adopter une stratégie commune, offre un boulevard à la Corée du Nord pour poursuivre le développement de ses programmes nucléaire et balistique.

"On peut affirmer avec certitude qu'il y aura un autre essai balistique ou nucléaire" Antoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS)

LCI : Doit-on prévoir d’autres essais de ce type ?

Antoine Bondaz : Si la Corée du Nord veut disposer d'une dissuasion nucléaire crédible, alors il lui faut poursuivre le développement de ses deux programmes. Si la question du timing du prochain essai balistique ou nucléaire est quasiment impossible à répondre, on peut affirmer avec une plus grande certitude qu'il y en aura un. Un essai nucléaire serait alors le premier depuis l'arrivée au pouvoir du Président Trump.

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