VIDÉO - Turquie : un mur pour barrer la route aux Afghans en fuite

VIDÉO - Turquie : un mur pour barrer la route aux Afghans en fuite

REPORTAGE - Parmi les milliers d’Afghans lancés sur les routes de l’exil pour fuir les talibans, beaucoup font route vers les portes de la Turquie. Mais le pays d’Erdogan veut fermer sa frontière avec l’Iran à l’aide de la construction d’un nouveau mur dissuasif. Une équipe de TF1 s'est rendue sur place.

À l’extrême est de la Turquie, dans la région de Van, un chantier titanesque s’étend à perte de vue sur le bord de routes de montagne sillonnant vers la ligne de crête. Entre les collines désertiques, une muraille progresse, émaillée tous les dix kilomètres environ d’un poste de garde. Érigé avec des blocs modulaires de béton de près de trois mètres, bientôt surmontés de barbelés, ce mur couvre déjà une cinquantaine de kilomètres de frontières sur les presque 500 qui séparent la Turquie de l’Iran.

De l’autre côté du rempart, 15.000 migrants, en majorité des Afghans, seraient déjà pris au piège tandis que cette muraille se dresse désormais sur l’un des chemins de leur fuite vers l’Occident, traversant l’Iran et la Turquie pour rallier l’Union européenne. Et Ankara veut en faire davantage encore pour leur barrer la route. "Nous avons déployé beaucoup de personnel le long de la frontière : des militaires, des policiers, des gendarmes, et tout cela de façon coordonnée, en utilisant les meilleurs outils de surveillance comme des caméras thermiques et des radars", détaille Mehmet Emin Bilmez, gouverneur de la région de Van, dans le reportage de TF1 à retrouver en tête de cet article.

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L'Afghanistan aux mains des talibans

La Turquie, qui accueille déjà sur son sol 3,5 millions de réfugiés syriens, craint de voir arriver à ses portes une nouvelle vague migratoire en provenance cette fois d’Afghanistan. Selon les autorités, quelques 300.000 Afghans seraient déjà présents dans le pays. Depuis la prise de pouvoir des talibans, le président Recep Tayyip Erdogan avait appelé les pays européens à respecter leurs engagements quant à l’accueil des réfugiés, s’inquiétant d’un afflux de déplacés aux frontières de son pays.

Démonstrations de force lors de traques en ville

Mais de toute évidence, cet arsenal de mesures ne suffit pas à dissuader les plus déterminés. Sur des images amateurs prises il y a quelques jours, plusieurs centaines de migrants traversent la frontière. Ils se dispersent en petits groupes dans la montagne, à l’instar d’un petit groupe d’une vingtaine d’hommes afghans repérés dans le reportage de TF1.

Aux heures les plus chaudes, ils font escale dans leur périple sous les rares arbres de ce paysage désertique pour se reposer et se cacher. Tous partagent la même histoire : poussés à fuir par la guerre et la misère, ils veulent aussi échapper aux talibans, nouveaux maîtres d’Afghanistan, qui veulent les enrôler de force. "C’est la guerre là-bas, vous le savez bien, lance l’un d’eux. Il n’y a plus de gouvernement, c’est le chaos." Après avoir vendu tout ce qu’ils avaient, ils ont contacté un passeur payé 1000 à 1200 dollars, selon l’un des migrants. "On devait nous conduire jusqu’à Istanbul, mais les passeurs nous ont abandonnés", poursuit-il. À la tombée de la nuit, ils reprendront la route vers l’ouest en évitant les villes. 

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Depuis quelques semaines, ils y sont traqués par la police lors d’opérations que les autorités invitent les médias à suivre, dans une vaste campagne de communication destinée à démontrer leur fermeté dans la gestion des flux migratoires irréguliers. Lors de l’une d’elles, sous l’œil des caméras, un assaut est donné : des soldats enfoncent la porte d’une cave exigüe, dans laquelle se sont réfugiés un petit groupe de migrants. 

Sous la lumière crue des lampes du commando, ils pressent leurs mains derrière la nuque sous la menace des armes. Parmi eux, un enfant semble endormi. Une mise en scène vouée à convaincre l’opinion turque, de plus en plus hostile à l’arrivée de migrants et dont le président n’a pour l’heure pas la faveur dans les sondages, deux ans avant les élections présidentielles. Ce sont finalement près de 30 Afghans qui seront pris en charge par les services de l’immigration vers un centre de rétention administrative. 

Un centre d'accueil flambant neuf

Ce bâtiment, d’une capacité de 750 personnes, est flambant neuf mais n’est pour l’heure pas plein. Son directeur, très fier des conditions d’accueil, présente les chambres ainsi qu’un lot d’accueil réservé aux migrants à leur arrivée : vêtements, shampoing, dentifrice, protections hygiéniques pour les femmes et lessive. Le centre emploie également un médecin et un psychologue, et met même à disposition un salon de coiffure. Les hommes y sont séparés des femmes et des enfants, hébergés à un autre étage.

Parmi eux, une femme et ses trois filles ont quitté l’Afghanistan lorsque les talibans ont pris le contrôle de leur ville au Nord du pays, il y a plus d’un mois. Leur père, qui travaillait pour l’armée régulière, était menacé, tandis que le reste de sa famille se retrouvait sans avenir. "Les talibans nous tirent par les cheveux, il n’y a plus rien pour nous, pas d’éducation", témoigne une de ses filles. Mais "ici, on est bien traités", ajoute la mère de famille. 

"En principe, s’il y avait des vols, nous devrions les renvoyer en Afghanistan", alerte tout de même Cihad Gezen, directeur du centre. Prisonnières d’une situation juridique insoluble, elles restent tout de même à l’abri, au milieu de montagnes particulièrement escarpées sur les routes toujours empruntées par des milliers d’Afghans malgré le danger. Une traversée au risque même de leur vie : dans un petit cimetière de la ville de Van, des dizaines de migrants qui n’ont pas survécu à leur parcours d’exil reposent, inhumés par la police le plus souvent de façon anonyme. 

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