VIDÉO - Vaccination : pourquoi la France est-elle à la traîne par rapport au Royaume-Uni ?

VIDÉO - Vaccination : pourquoi la France est-elle à la traîne par rapport au Royaume-Uni ?

CONTRE LA MONTRE - Alors que le Royaume-Uni est devenu ce mercredi le premier pays à approuver l'utilisation massive du vaccin de Pfizer/BioNTech contre le Covid-19, en France, les premières vaccinations ne devraient commencer qu'en janvier dans les maisons de retraite. Pourquoi est-ce beaucoup plus long ?

Ce sera la "campagne de vaccination la plus grande jamais menée dans l'histoire de notre pays". Simon Stevens, le patron du service public de santé en Angleterre ne mâche pas ses mots, alors que la semaine prochaine le Royaume-Uni va commencer à vacciner 400.000 personnes jugées prioritaires, devenant le premier pays à approuver un vaccin contre le Covid-19. Les contrôles effectués par l'Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA), sont "équivalents à toutes les normes internationales", a déclaré June Raine, sa directrice générale, prenant ainsi de cours la France et ses partenaires européens qui attendent encore le feu vert de l'Agence européenne du médicament. 

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Tous les pays ont pourtant pris la ligne de départ en même temps. Fin juillet, des essais ont débuté sur des milliers de volontaires du vaccin de Pfizer/BioNTech. Puis le 6 octobre, toutes les Agences du médicament ont commencé l'examen du dossier, et elles ont toutes reçues le 9 novembre les premières données sur l'efficacité du vaccin. Mais les Européens ne prendront une décision qu'a la fin du mois, et ont justifié leur "approche différente et plus conventionnelle". "L'important n'est pas d'être le premier, mais d'avoir un vaccin sûr et efficace", a répliqué le ministre allemand de la Santé Jens Spahn, dont le pays assure jusqu'à fin 2020 la présidence tournante de l'UE. Pourquoi une telle lenteur ? On a posé la question à Frédéric Bizard, économiste de la santé.

Le Brexit permet à l'Angleterre de justifier auprès de son opinion publique qu'être dégagé d'une certaine forme de bureaucratie de l'Europe porte ses fruits très concrètement.- Frédéric Bizard, économiste de la santé

Comment expliquer ce feu vert très rapide des Britanniques sur le vaccin Pfizer par rapport aux Européens ?

Il y a probablement deux raisons, l'une technique et l'autre politique. D'abord, même si les Anglais disposent exactement des mêmes données scientifiques en provenance des laboratoires que les autres pays, eux ont considéré qu'il y avait une situation exceptionnelle d'urgence permettant d'accélérer la procédure par rapport à l'Union européenne. Ensuite, il n'échappe à personne qu'il y a un Brexit qui permet à l'Angleterre de justifier auprès de son opinion publique qu'être dégagé d'une certaine forme de bureaucratie de l'Europe, tant décriée par les Anglais, porte ses fruits très concrètement et permet de démarrer la campagne de vaccination beaucoup plus tôt.

La France qui passe par l'Agence européenne du médicament va-t-elle être du coup très en retard ?

La France dépend de l'Europe pour l'homologation de ses vaccins mais aussi pour la mise à disposition des doses. De ce point de vue là, on voit que la souveraineté sanitaire de la France dans cette pandémie est très largement transférée à l'Union européenne, alors que les traités ne prévoit pas que l'Union ait de responsabilité sanitaire. Donc on est dans une situation assez paradoxale. Soit on construit l'Europe de la santé publique de façon beaucoup plus structurée qu'elle ne l'est, soit la France va devoir revoir très sérieusement le fonctionnement de son État sanitaire qui a été largement défaillant pendant cette pandémie.

La France aurait-elle pu faire la même demande que l'Angleterre par le biais de son Agence nationale de sécurité du médicament ?

Dans le cas de la France, il faut savoir qu'on a des procédures bien plus longues de mise sur le marché puisque globalement pour un médicament, c'est à peu près 500 jours, contre une centaine de jours en Allemagne. Donc l'homologation à l'échelle européenne sert plutôt la France, de ce point de vue là. Mais c'est clairement un transfert de souveraineté, donc il va falloir s'assurer que l'Union européenne fonctionne de façon optimale dans l'homologation et dans la gestion des commandes auprès des laboratoires. C'est un peu un avertissement que nous lancent les Anglais qui sont plutôt reconnus pour leur sérieux en matière d'homologation et d'expertise des produits de santé. Ils vont prendre 15 jours d'avance par rapport aux Américains et un mois par rapport à l'Union européenne.

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L'Angleterre ne prend-elle pas malgré tout un risque en voulant aller si vite ?

Le profil des vaccins à ARN messager est plutôt favorable en terme d'efficacité mais aussi de sécurité parce qu'on n'injecte pas un virus atténué, on injecte un code qui va synthétiser la protéine en charge de déclencher la réaction immunitaire. Donc on est plutôt sur des profils à moindre risque d'effets secondaires, selon les scientifiques. On peut d'ailleurs penser que les Anglais prennent cette avance en connaissance de cause, avec un risque relativement mesuré.

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