Violences contres les Rohingyas en Birmanie : peut-on retirer à Aung San Suu Kyi son prix Nobel de la paix ?

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DÉCRYPTAGE – Environ 270.000 Rohingyas ont trouvé refuge au Bangladesh pour fuir les violences dans l'ouest de la Birmanie depuis fin août. Un comble, dans un pays dirigé par un prix Nobel de la paix, estiment les centaines de milliers de signataires d'une pétition demandant le retrait de cette distinction à Aung San Suu Kyi.

Une déception quasi unanime. Des Nations Unies aux autres prix Nobel, en passant par plusieurs chancelleries, de nombreuses voix s'élèvent pour critiquer l'attitude d'Aung San Suu Kyi à l'égard des Rohingyas. Pas moins de 270.000 membres de cette minorité musulmane ont quitté la Birmanie depuis 25 ans pour fuir une opération de l'armée. Un drame inconcevable dans un pays dirigé par la prix Nobel, estiment les plus de 365.000 signataires d'une pétition demandant au comité norvégien de retirer à la dirigeante son prix Nobel. Problème : cela est impossible.


Sous pression, le comité Nobel a fait savoir qu'il lui était impossible de retirer un prix. Pour une raison simple : ses statuts ne le prévoient pas. "Ni le testament d’Alfred Nobel ni les statuts de la Fondation Nobel n’ouvrent la possibilité qu’un prix Nobel  - que ce soit en Physique, Chimie, Médecine, Littérature ou Paix - soit retiré. La question ne se pose donc pas formellement", a déclaré le secrétaire du comité, Olav Njølstad. Et celui-ci de préciser que "seuls les efforts d’un lauréat jusqu’à l’attribution du prix sont évalués par le comité Nobel". En clair, pas son action ultérieure. 

Si le prix politique à payer pour votre ascension politique en Birmanie est votre silence, le prix est assurément trop élevé (...). Il est incongru pour un symbole de justice de diriger ainsi un paysDesmond Tutu, prix Nobel de la paix en 194

Une impasse statutaire incompréhensible pour les centaines de milliers de personnes ayant signé une pétition demandant au comité de retirer à Aung San Suu Kyi sa médaille. "Jusqu’à présent, Aung San Suu Kyi, qui dirige de facto la Birmanie, n’a pour ainsi dire rien fait pour arrêter ce crime contre l’humanité dans son pays", estime son initiateur indonésien. Et certains de ses détracteurs de lui rappeler les mots qu'elle avait prononcés en 2012 quand, libre après 15 années de résidence surveillée, elle avait enfin pu venir recevoir en personne son Prix : "Partout où la souffrance est ignorée, il y aura des graines de conflits, car la souffrance dégrade, aigrit et exaspère."

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Si le Comité Nobel se révèle impuissant, la dirigeante birmane a cependant reçu des courriers signés… par d'autres prix Nobel de la Paix. Premier d'entre eux, le Dalaï-lama, qui a exhorté lundi Aung San Suu Kyi : "Je vous appelle vous et vos collègues à tendre la main à toutes les composantes de la société pour tenter de rétablir des relations amicales au sein de la population dans un esprit de paix et de réconciliation". 


Deux autres lauréats sont également montés au créneau. "Ces dernières années, je n'ai cessé de condamner le traitement honteux dont les Rohingyas font l'objet. J'attends toujours de ma collègue prix Nobel Aung San Suu Kyi qu'elle en fasse de même", a écrit la semaine dernière sur Twitter la jeune Pakistanaise. L'archevêque sud-africain Desmond Tutu a, lui aussi, eu des mots durs à l'attention de la dirigeante birmane : "Si le prix politique à payer pour votre ascension politique en Birmanie est votre silence, le prix est assurément trop élevé (...). Il est incongru pour un symbole de justice de diriger ainsi un pays".

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