VIDÉO - Violent regain de tension à Hong Kong : "La crise évolue à une vitesse folle"

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Hong Kong se soulève contre Pékin

MANIFESTATIONS - Des gaz lacrymogènes ont été tirés lundi après-midi dans plusieurs quartiers de la mégapole, qui s'enfonce un peu plus dans le chaos après deux mois de tensions. Nous avons contacté Eric Delattre, un Français vivant sur place depuis plusieurs années. Il nous décrit la situation.

Violentes échauffourées, grève générale et blocage du métro : Hong Kong a, une nouvelle fois, plongé ce lundi dans le chaos. Depuis deux mois, la crise agite en effet le quotidien des sept millions d'habitants que compte cette mégalopole, territoire semi-autonome tiraillé entre son attachement à la Chine et le désir d'émancipation des milliers de manifestants qui s'opposent aux autorités. 

Ce lundi, des gaz lacrymogènes ont été tirés dans plusieurs quartiers contre des contestataires enhardis par l'impact d'une grève générale rarissime dans l'ex-colonie britannique. "La situation est assez compliquée, beaucoup de lignes du métro ont été bloquées. Si la situation s'est améliorée en fin de matinée, beaucoup d'affrontements ont repris", raconte à LCI Eric Delattre. Ce Français, qui réside depuis huit ans à Hong Kong, a suivi de près l'évolution de la crise. Une crise qui, selon lui, "évolue à une vitesse folle". Sur le plan des revendications tout d'abord, puisque les manifestants ne réclament plus seulement le retrait du projet de loi sur les extraditions vers la Chine (il n'a été que suspendu). Ils dénoncent désormais le recul des libertés et exigent des réformes démocratiques.

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"Un sentiment de colère vis-à-vis des policiers"

Sur la forme, c'est l'ingéniosité des manifestants qui a surpris Eric. "Ils ont une créativité incroyable. Ils s'adaptent. Leur slogan "Be water my friend" est d'ailleurs une référence à une interview de Bruce Lee, dans laquelle il explique que l'eau s'adapte, peu importe son contenant ! On dirait qu'ils jouent au jeu du chat et de la souris avec la police. Dimanche soir, en quelques minutes, les manifestants qui étaient à environ 4km de là où j'étais sont arrivés devant moi, grâce au métro. Dans les stations, ils laissent à disposition de la monnaie sur les machines afin qu'ils s'achètent des tickets à l'unité pour se déplacer, évitant d'utiliser leur carte d'abonné qui permettrait à la police de les localiser. Dehors, ils laissent désormais des vêtements en libre-service pour se changer et éviter d'être repérés."

Ce Français, directeur informatique dans une multinationale, en est convaincu : la population soutient très majoritairement le mouvement. "On a vu des affrontements cette semaine dans des quartiers résidentiels, où ce sont les habitants, des gens plus âgés que les manifestants, qui sont allés à la rencontre des policiers pour leur demander de partir." Des policiers qui sont de plus en plus détestés par de nombreux Hongkongais : "On observe un sentiment de colère vis-à-vis d'eux. En particulier depuis que la police a été accusée il y a quelques semaines de passivité au moment des attaques de triades (les mafias locales) pro-Pékin."

Confrontée à une contestation qui ne s'essouffle pas, la Chine est devant un casse-tête. Faut-il céder aux manifestants ou bien envoyer l'armée ? Pékin semble n'avoir aucune solution idéale. Pékin a d'ores et déjà rappelé que sa garnison de plusieurs milliers d'hommes basée au coeur de Hong Kong peut être amenée à "maintenir l'ordre" si l'exécutif local en fait la demande. Une piste écartée par Carrie Lam, qui dirige l'exécutif hongkongais pro-Pékin. Mais pour combien de temps ? "Il faudrait que le gouvernement fasse des gestes réels d'ouverture et de dialogue pour qu'on assiste à une désescalade", estime Eric Delattre. "Au-delà de la loi d'extradition, le mouvement s'est transformé en un mouvement pro démocratie, porté par une jeunesse en manque de perspective dans cette ville néanmoins riche et prospère."

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