En Espagne, la requalification d'un viol collectif en atteintes sexuelles suscite un tollé

En Espagne, la requalification d'un viol collectif en atteintes sexuelles suscite un tollé

JUSTICE – En Espagne, des groupes féministes et des juristes ont réclamé vendredi 1er novembre une modification de la loi après la condamnation pour atteintes sexuelles seulement de cinq hommes accusés du viol collectif d’une adolescente de 14 ans.

Jeudi 31 octobre, un tribunal de Barcelone n’a pas retenu l’accusation la plus grave d’agression sexuelle, équivalent légal du viol en Espagne, mais plutôt d’atteintes sexuelles, après la condamnation de cinq hommes accusés du viol d’une adolescente de 14 ans, en 2016. Au moment des faits, la victime était dans "un état inconscient" lié à l’absorption de drogues et d’alcool, et le tribunal a estimé que les accusés n’avaient fait usage "d’aucune sorte de violence ou d’intimidation", comme le recommande le code pénal espagnol.

Les cinq hommes ont été condamnés à des peines d’emprisonnement allant de 10 à 12 ans et 12 000 euros d’indemnisation, alors qu’une condamnation pour agression sexuelle leur aurait fait encourir des peines comprises entre 15 et 20 ans de prison. L’agression a eu lieu en octobre 2016, lors d’une fête dans une usine abandonnée de Manresa, en Catalogne, à 60 kilomètres au nord de Barcelone.

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"Le problème n’est pas le jugement, mais le code pénal"

"Les faits sont particulièrement odieux car nous parlons d’une mineure âgée de 14 ans", a déclaré sur la radio Cadena Ser Montserrat Comas, porte-parole en Catalogne de l’association Juges pour la démocratie. Mais plus que la sanction, c’est la loi qui est mise en cause par les groupes féministes et des juristes. "Le problème n’est pas le jugement, mais le code pénal", qui stipule que l’usage de la violence et l’intimidation doit être prouvé pour condamner quelqu’un pour viol, a-t-elle ajouté.

Elle estime que l’Espagne devrait changer sa loi pour définir comme viol toutes les relations sexuelles sans consentement, à l’instar de la plupart des autres pays européens et tel que le stipule la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe sur la prévention de la violence envers les femmes, ratifiée par Madrid en 2014.

"Il ne s’agit pas d’abus mais de viol"

Sur Twitter, Marisa Soleto, responsable de la Fondation des femmes, a estimé que cette affaire "constitue une nouvelle preuve du besoin de changer la loi". Pour sa part, Altamira Gonzalo du groupe de juristes féminines Themis a déclaré ressentir "beaucoup de honte et d’impuissance devant le jugement".

La maire de Barcelone, Ada Colau, qui a raconté par le passé avoir été victime de deux tentatives de viol dans sa jeunesse, a estimé que le jugement était "scandaleux" et le produit d’un "système judiciaire patriarcal". "Je ne suis pas juge et je ne sais pas quelle peine de prison ils méritent, mais ce que je sais c’est qu’il ne s’agit pas d’abus mais de viol", a-t-elle lancé sur Twitter.

La ministre de la justice, Dolores Delgado, a pour sa part souligné que "depuis la minute qui a amené le parti socialiste ouvrier espagnol au pouvoir, nous travaillons pour la modification des crimes contre la liberté sexuelle, au point que nous avons maintenu qu'en l'absence de consentement, il y aurait violence sexuelle, et cela est clair". ""Nous pensons aux victimes de ces violences sexuelles et nous avons des projets qui défendent les femmes contre le viol", a-t-elle assuré.

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