Visite de Felipe VI en France : un roi en quête de crédibilité

Visite de Felipe VI en France : un roi en quête de crédibilité

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DECRYPTAGE - Le roi d'Espagne Felipe VI et son épouse arrivent mardi en France. Il s'agit de la première visite d'Etat - celle du mois de mars avait été avortée en raison du crash de la Germanwings - effectuée par le souverain espagnol, qui a succédé à son père Juan Carlos après l'abdication de ce dernier en juin 2014. Que faut-il en attendre ? Explications avec Laurence Debray, auteur d’une biographie consacrée à l’ancien souverain.

Cette fois-ci, c’est la bonne. Deux mois après le crash de la Germanwings qui l’avait contraint à rentrer illico en Espagne, le roi Felipe VI revient ce mardi en France. Discours à l’Assemblée nationale, visite de l’exposition Velazquez, remise de décorations... L’agenda du souverain espagnol et son épouse Letizia est à la hauteur de l’enjeu : celui d’un roi en quête de crédibilité, après un an de règne et plusieurs scandales au sein de son clan.

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"Felipe est un bon élève, qui s’est appliqué ces derniers mois à faire au mieux pour que les Espagnols se rendent compte que la monarchie demeure utile dans le pays", analyse pour metronews Laurence Debray. L’auteur de Juan Carlos d’Espagne (Perrin Éditions), une biographie consacrée à l’ancien souverain l’assure : l’héritier de la couronne est "conscient de l’enjeu qui pèse sur ses épaules". Ou plutôt, des enjeux : dans un pays empêtré dans la crise avec un jeune sur deux au chômage, Felipe VI, 47 ans, met son prestige au service du redressement espagnol. Un petit-déjeuner est d’ailleurs prévu jeudi à Paris avec les milieux économiques des deux pays, ainsi que la clôture d'un forum économique.

"Servir de symbole"

Mais surtout, le nouveau souverain tente de rabibocher un peuple avec sa monarchie. Une relation mise à rude épreuve ces derniers mois : sa sœur, l’infante Cristina, est accusée de délits fiscaux dans l’affaire Noos. Une société présidée par son mari, soupçonné d'avoir utilisé sa position au sein de la famille royale pour décrocher des contrats (6,1 millions d'euros). "Felipe a rompu ses relations avec sa sœur. Il a conscient que la monarchie doit être irréprochable pour servir de symbole", assure Laurence Debray. Même discrétion vis-à-vis de son père, Juan Carlos, dont la partie de chasse à l’éléphant en 2012 - alors que l’Espagne s’enfonçait dans la crise - avait marqué le début de sa chute dans les sondages. Depuis, sa vie privée est étalée au grand jour. Notamment sa relation avec une aristocrate allemande durant dix ans, relatée par une journaliste d’El Mondo dans le livre Final de Partida (Fin de partie).

Pas sûr que cela suffise à fragiliser Felipe VI, qui a soigné sa prise de fonction au fil des ans dans l’ombre de son père. Son premier discours ? Il le prononce à 13 ans. Il n’en a guère plus quand, à 18 ans, il accepte officiellement de succéder à Juan Carlos. En attendant la passation de relais en 2014, le jeune prince devient le premier héritier à obtenir un diplôme universitaire. Seul pas de côté dans cette jeunesse studieuse : son mariage en 2004 avec Letizia Ortiz. Une journaliste de télévision qui n’a pas la tête couronnée, au grand dam de la famille royale. "On ne peut pas reprocher à Felipe la moindre affaire, relève Laurence Debray. Juan Carlos fait profil bas pour ne pas faire d’ombre à son fils. C’est désormais lui la vedette."

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