Visite du pape en Birmanie : quatre questions pour comprendre le drame des musulmans rohingyas

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DÉCRYPTAGE - Près de 624.000 Rohingyas ont fui depuis fin août des violences en Birmanie considérées par l'ONU comme une épuration ethnique. En cause : une vaste campagne de représailles de l'armée depuis des attaques de rebelles rohingyas. Une crise évoquée par le pape François, en déplacement depuis lundi dans le pays.

"Des décennies de violations persistantes et systématiques des droits de l'homme". C'est ce que le Haut-Commissariat de l'ONU dénonçait en août dernier concernant la situation en Birmanie, où un "nettoyage ethnique" est en cours dans l'ouest du pays. C'est là où la minorité rohingya tente de fuir les violences dont ses membres sont la cible, en particulier depuis ces derniers mois. A la manœuvre : les soldats birmans, dans l'impunité la plus totale. Zoom sur l'une des minorités les plus persécutées au monde et dont s'est ému à plusieurs reprises le pape François, qui a entamé une visite très diplomatique en Birmanie ce lundi.

Qui sont les Rohingyas ?

Les Rohingyas sont des musulmans qui parlent un dialecte utilisé dans le sud-est du Bangladesh. Ils seraient environ un million à vivre en Birmanie, la plupart depuis des générations. Sauf que le pays refuse de les régulariser : une loi birmane de 1982, héritée de la junte militaire, spécifie en effet que seuls les groupes ethniques pouvant faire la preuve de leur présence sur le territoire avant 1823 - soit avant la colonisation britannique - peuvent obtenir la nationalité birmane. Ils sont donc apatrides, même si les représentants des Rohingyas assurent qu'ils étaient là bien avant cette date. Un statut qui a joué en leur défaveur au moment de la montée du nationalisme bouddhiste ces dernières années. Celle-ci a attisé l'hostilité à leur encontre. 

Pourquoi sont-ils actuellement persécutés ?

Tout a à nouveau basculé en août dernier, avec l'attaque d'une vingtaine de postes-frontières par des rebelles de l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan (ARSA), faisant douze morts dans les rangs des policiers. Ce groupe de rebelles s'est récemment constitué face à l’absence d’avancées sur le dossier de la minorité musulmane. Depuis, les Rohingyas subissent une nouvelle vague de répression. Au moins 290 villages ont été brûlés, et les civils ont été pris pour cible. 


Une situation qui a causé un exode massif vers le Bangladesh. Près de 624.000 Rohingyas ont fui depuis fin août, créant, au sud du pays, un des plus grands camps de réfugiés du monde. Tant et si bien que les autorités locales et les ONG peinent à venir en aide aux nouveaux venus. En 2012, des violences intercommunautaires avaient déjà éclaté dans l’Etat d’Arakan. Elles avaient fait plus de deux cents morts.

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Birmanie : plongée clandestine dans le quotidien des Rohingyas

Pourquoi Aung San Suu Kyi est-elle critiquée ?

Un Prix Nobel longtemps silencieux… A la tête du nouveau gouvernement birman depuis fin mars 2016, Aung San Suu Kyi s'est peu exprimée sur cette crise, s'attirant les critiques de la communauté internationale. Certains ont même réclamé le retrait de sa distinction. En septembre, elle s'était dite prête, lors d'une allocution télévisée, à organiser le retour des centaines de milliers de réfugiés au Bangladesh. "Nous sommes prêts à commencer la vérification" des identités de ces personnes, en vue de leur retour, avait-elle déclaré sans préciser si les critères très restrictifs appliqués en la matière seraient assouplis. Elle a également a exhorté à mettre fin aux divisions religieuses entre bouddhistes, majoritaires, et musulmans. Mais sans aller jusqu'à critiquer publiquement l'armée birmane. Amnesty International, de son côté, avait dénoncé une "politique de l'Autruche".

Que font les autorités ?

Le 23 novembre, le Bangladesh et la Birmanie ont convenu d'un accord pour encadrer le retour des réfugiés. Problème : le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a estimé que les conditions n'étaient actuellement pas réunies pour assurer un retour "sécurisé et durable" dans l'Etat Rakhine, d'où les réfugiés continuent à fuir en dénonçant exactions et viols. 


Il n'empêche : l'armée birmane a été accusée par l'ONU et par le secrétaire d'Etat américain, Rex Tillerson, d'avoir mené une campagne de "nettoyage ethnique" depuis le mois d'août. La Birmanie nie tout acte répréhensible malgré des témoignages de réfugiés faisant état d'une vaste campagne de viols, de meurtres et d'incendies criminels. Pour l'Etat birman, qui refuse aux Rohingyas la nationalité birmane, les membres de cette communauté sont des immigrants bengalis illégaux. 


Lundi, le puissant chef de l'armée Min Aung Hlaing a assuré au pape son pays n'exerçait "aucune discrimination religieuse" et que l'armée agissait "pour la paix et la stabilité du pays".

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