Pourquoi il n'a pas prononcé le mot "Rohingyas" ? Le pape s'explique

International
DirectLCI
MISE AU POINT - Pendant près de 6 jours, les observateurs du monde entier ont scruté le déplacement du souverain pontife en Birmanie, attendant, en vain, qu'il prononce le mot "Rohingya", tabou dans le pays. Un acte politique qu'il n'a pas osé commettre. Il s'en est expliqué sur le chemin de son retour à Rome.

Son omission avait interpellé. En visite en Birmanie, le pape François n’a jamais prononcé le mot "Rohingyas", tabou dans le pays, ni évoqué directement cette minorité musulmane apatride persécutée par les militaires du pays. Lors de ses discours, il a préféré appeler au "respect de tout groupe ethnique"et à un "engagement pour la justice". Une déception pour ce peuple qui attendait la reconnaissance du souverain pontife. Ce n'est qu'une fois arrivé au Bangladesh et après avoir rencontré seize réfugiés rohingyas à Dacca, la capitale, que le pape a enfin prononcé ce mot.


Dans l’avion qui le ramenait à Rome après six jours de voyage, François a expliqué aux journalistes avoir craint que la mention du nom "Rohingyas", lors des discours officiels, n'ulcère le gouvernement Birman qui lui aurait alors "claqué la porte au nez". "J’ai donc décrit des situations, des droits, affirmé que personne ne devait être exclu du droit à la citoyenneté", explique-t-il, affirmant ensuite être allé plus loin lors d’entretiens privés. Il s’est d’ailleurs dit "très satisfait" de ceux-ci, et notamment de la rencontre qui s’est tenue lundi à Rangoun avec le chef de l'armée birmane, le général Min Aung Hlaing.  Le pape François a évoqué "une belle conversation" au cours de laquelle il a fait passer des messages.

Une rencontre pleine d'empathie avec les Rohingyas

Dans cette même allocution aux médias, le pape est revenu sur sa rencontre avec seize réfugiés musulmans rohingyas, le 1er décembre. "Je savais que je rencontrerai les Rohingyas, mais je ne savais pas où et comment, c'était la condition du voyage pour moi", a-t-il spécifié. Lors de cette entrevue organisée le 1er décembre à Dacca par le gouvernement du Bangladesh, les réfugiés, "effrayés", ont formé une file indienne pour venir lui parler. "Ce que j’ai renssenti quand je les ai rencontrés ? Je pleurais. Je faisais en sorte que cela ne se voit pas. Eux aussi pleuraient", décrit-il avant de déclarer avoir pris le micro pour leur demander "pardon" au nom de leurs persécuteurs.


Le pape a ensuite rendu un hommage appuyé au gouvernement du Bangladesh qui a permis aux réfugiés de venir à sa rencontre à Dacca, la capitale, depuis leur camp du sud du pays. "Ce que fait le Bangladesh pour eux est énorme, un exemple d'accueil", a loué le pape. Depuis le début des violences, déclenchées fin août, 620.000 Rohingyas auraient quitté leurs villages de l'Etat de Rahkine selon l'ONU. L'organisation accuse les militaires birmans de mener une "épuration ethnique" contre ce peuple.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter