Révision de la Constitution russe : l'opposition dénonce un "énorme mensonge"

Révision de la Constitution russe : l'opposition dénonce un "énorme mensonge"
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CONTESTATION - Au lendemain de la révision constitutionnelle adoptée par la Russie, avec 77,92% des voix, l'opposition et les ONG se sont indignées d'une telle réforme, qui permet notamment à Poutine de rester théoriquement au pouvoir jusqu'en... 2036.

Le "oui" n'est pas vraiment une surprise. Adopté avec 77,92% des voix, cette réforme, dans ce pays dirigé depuis plus de 20 ans par l'ancien agent du KGB Vladimir Poutine, permet à l'actuel locataire du Kremlin de prolonger son bail de 16 ans. 

Preuve que l’issue du référendum n’a jamais fait de doute : la réforme a été approuvée par le législateur en début d'année et le nouveau texte de la Constitution est déjà en vente dans les librairies. Quoiqu'il en soit, cette réforme a profondément inquiété l'opposition et les ONG. 

Un "énorme mensonge" pour l'opposition

Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, a parlé, commentant les premiers résultats, de "falsification" et d'"énorme mensonge", appelant ses partisans à se mobiliser pour les prochaines élections régionales de septembre. "Poutine a humilié tout le monde (...) Même dans la plupart des pays du Tiers monde, il n'y a pas une telle honte", a-t-il lancé, accusant le président de vouloir "diriger la Russie à vie". Pour Alexeï Navalny, "rien ne sera réglé sans sortir dans la rue". Mais il s'est gardé d'appeler à des manifestations dans l'immédiat. Ce qui n’a pas empêché un petit groupe de Moscovites de manifester leur mécontentement dans le centre de la capitale, malgré l'interdiction des rassemblements imposée à cause du nouveau coronavirus.

Déjà en mars dernier, quand le parlement avait validé au pas de course la réforme, l’opposition avait dénoncé une "usurpation de pouvoir", un "putsch" destiné à préserver un "système autoritaire".

Plus de 2.000 violations des règles électorales, selon une ONG

Selon les critiques du Kremlin, le pouvoir a multiplié les ruses pour s'assurer un succès retentissant et une participation électorale forte au scrutin, avec par exemple une loterie avec des cadeaux pour les participants et des bons d'achat pour ceux votant en ligne. L'aspect le plus insolite aura été l'installation de lieux de vote de fortune en extérieur, dans les cours ou sur des terrains de jeux, sans grand respect du secret du vote ni surveillance adéquate des urnes. Le but de la manoeuvre, d'après l'opposition, n'était pas de protéger l'électorat du nouveau coronavirus mais de se fabriquer un résultat sur-mesure. 

L'ONG Golos, spécialisée dans l'observation des élections et honnie des autorités, a pour sa part relevé plus de 2.000 violations des règles électorales telles que des pressions hiérarchiques sur les fonctionnaires et des salariés pour qu'ils aillent voter.

La commission électorale n'a constaté pour sa part "aucune infraction sérieuse" pendant le scrutin.

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Un moment délicat pour Poutine

Si le résultat du vote ne faisait aucun doute, il arrive néanmoins à un moment délicat pour Vladimir Poutine. Entre mai 2018 et juin 2020, son taux d'approbation mesuré par l'institut indépendant Levada est passé de 79% à 60%, sur fond d'économie au ralenti et de chute du pouvoir d'achat des Russes depuis 2014.

Des scrutins régionaux sont prévus à l'automne et des législatives en 2021. Et le parti Russie unie au pouvoir est très impopulaire. 

Certains analystes estiment que Vladimir Poutine s'est ainsi dépêché à faire voter sa réforme, avant que la Russie ne subisse tous les effets dévastateurs de la crise économique due au Covid-19. D'autant qu'à plus long terme, ajoutent-ils, le régime risque de peiner à redresser l'économie et avec elle la popularité du président.

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