Vladimir Poutine sur TF1 : "Il est préférable de ne pas débattre avec les femmes"

International
ENTRETIEN – Pour la première fois depuis l'éclatement de la crise ukrainienne, Vladimir Poutine a accordé une interview à deux médias étrangers : TF1 et Europe1. A deux jours des cérémonies du débarquement auxquelles il participe, le président russe a répondu aux nombreuses interrogations sur ce dossier brûlant.

Trois mois après l'intervention de Moscou en Crimée, condamnée par la communauté internationale, des signes de désescalade apparaissent dans ce dossier explosif après les combats meurtriers dans l'est du pays. Moscou a en effet entamé le retrait de ses soldats massés à la frontière ukrainienne et a repoussé de quelques jours l'ultimatum adressé à Kiev pour le paiement de sa dette gazière. Face, néanmoins, à l'obstination du président russe dans la pire crise internationale depuis la guerre froide, les grandes puissances internationales, Etats-Unis en tête, maintiennent la pression sur Vladimir Poutine, qu'elles tentent d'isoler à travers des sanctions économiques et diplomatiques. Ainsi, le dirigeant russe a été exclu du sommet du G8 qu'il avait pourtant la charge d'organiser. Ce dernier se tient actuellement à Bruxelles. Dans son premier entretien à des médias internationaux depuis le début de la crise ukrainienne, Vladimir Poutine défend sur TF1 et Europe1 sa position.
 

Cérémonies du Débarquement du 6 juin

"C'est un événement très important pour toute l'Europe et le monde entier". "La participation de la Russie est chargée de symboles. La participation de notre pays a été très importante, voire décisive, pour vaincre le fascisme."

Sur la stratégie de la Russie

"Dans le monde moderne, une politique basée sur l’expansionnisme et les conquêtes n'a aucun avenir. Il est évident que la Russie peut et doit être partenaire de ses alliés historiques, au sens large du terme. C'est ce que nous voulons et nous allons toujours oeuvrer dans cette direction. C'est la seule manière dont nous pouvons concevoir nos relations avec nos voisins et d'autres pays."

Souveraineté de l'Ukraine

"Nous reconnaissons la souveraineté de l'Ukraine et nous aurions aimé quelle se sente elle-même comme un Etat souverain. Mais si l'Ukraine rejoint l'Otan, les infrastructures militaires seront à côté de nos frontières et nous ne pouvons y rester indifférents."

Crise ukrainienne

"J'espère que ce n'est pas une nouvelle étape de la Guerre froide." "Il y a des personnes qui ont leurs droits politiques, humanitaires, ils ont besoin de pouvoir les utiliser. J'insiste : les gens, quel que soit l'endroit où ils habitent, ils ont des droits et doivent être protégés". "Le pouvoir ukrainien doit organiser un dialogue avec sa population : cela ne doit pas se faire avec les chars et les avions mais par la négociation". "Il ne s'agit pas d'une guerre en Ukraine. C'est une répression que mène Kiev contre une partie de sa population."

Sur les accusations d'intervention en Ukraine

"S'ils ont des preuves, ils n'ont qu'à les montrer." "Nous avons vu le Secrétaire d'Etat américain montrer, en 2003 au Conseil de sécurité de l'Onu, les preuves de détention d'armes de destruction massive par l'Irak. Finalement les Américains ont fait entrer leur armée en Irak. Ils ont fait pendre Saddam Hussein et finalement nous avons su qu'il n'y a jamais eu d'armes de destruction massive en Irak. Il y a une grande différence entre faire des déclarations et avoir des preuves réelles."

"Je vous le répète encore une fois, il n'y a pas de militaires russes en Ukraine. Il n'y a pas de personnel militaire, même pas de formateurs russes dans les régions du sud et de l'est de l’Ukraine. Et il n'y en a jamais eu."


Sur les tentatives de déstabiliser et d'annexer l'Ukraine

"Non, nous ne l'avons jamais fait et ne le faisons pas maintenant."

Sur les Etats-Unis et la décision de Barack Obama de ne pas rencontrer Vladimir Poutine

"C'est son choix, je suis prêt au dialogue". "La politique la plus agressive, la plus sévère, c'est la politique américaine". "Nous n'avons presque pas de forces militaires à l'étranger et regardez : partout dans le monde, il y a des bases militaires américaines (...) Ils prennent part aux affaires intérieures de tel ou tel pays : donc il est difficile de nous accuser de violation."

Sur les déclarations de Hillary Clinton

"Il est préférable de ne pas débattre avec les femmes. Hillary Clinton n'a pas toujours été subtile dans ses déclarations. Quand des personnes deviennent injurieuses, cela montre leur faiblesse, pas leur force."

Début mars, sur fond de tensions en Ukraine, l'ancienne secrétaire d'Etat américaine avait comparé Vladimir Poutine à Hitler .

Programme militaire russe

"Nous avons un projet de réarmement à long terme qui n'a rien avoir avec la situation en Ukraine. Et nous allons le poursuivre."

Le conflit syrien

"Toutes les parties au conflit commettent des atrocités. Ce qui nous inquiète le plus c'est la multitude de groupes liés à Al-Qaida. La Syrie peut devenir un second Afghanistan. Un nid de terroristes. Nous craignons un démembrement de la Syrie, comme en Irak."

Dissidence en Russie et liberté d'expression

"Nous avons plein de partis d'opposition. Plusieurs dizaines de partis sont récemment apparues et ont participé aux élections régionales." "Nous ne limitons pas internet. Il se trouve toujours des personnes qui cherchent des violations des droits de l'homme. Sur l'homosexualité, nous n'avons pas de loi qui l'interdit. Nous interdisons la promotion de l'homosexualité auprès d'un public mineur."

Sur l'image qu'il souhaite laisser

"Je voudrais être considéré comme quelqu'un qui a oeuvré au bonheur et à la prospérité de son pays et sa nation."

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L'entretien dans son intégralité :

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