WHAT’S UP AMERICA (4/7) – Donald Trump représente-t-il un danger pour les droits des femmes ?

MACHISME – Un an après l'élection de Donald Trump, le 8 novembre 2016, à la Maison Blanche, LCI vous propose de faire le point sur différents aspects de l'Amérique de Trump. Déjà mis en cause pour des propos sexistes - sinon pires - Donald Trump suscite, depuis son élection, l’inquiétude des associations féministes américaines, qui craignent un recul des droits des femmes. Premières de leurs angoisses : les attaques répétées du pouvoir contre l’avortement.

"Injuste." C’est par ce mot que la responsable du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) avait qualifié, dans le courant du mois d’octobre, la politique menée par Donald Trump contre le planning familial depuis le début de son mandat. "Nous sommes vraiment tristes d'en être arrivés là", insistait alors Natalia Kanem. "Il n'y a rien de plus injuste que de voir une fille ou une mère être reléguée en bas de la pile. Nous croyons vraiment que l'existence du planning familial est normale dans un pays comme les Etats-Unis, comme dans d'autres." Comme elle, nombreux sont ceux à avoir fait part de leurs craintes. Il faut dire que, dès ses premiers mois au pouvoir, le 45e président américain, déjà mis en cause pour des propos sexistes (dans une vidéo datant de 2005, il se targuait de pouvoir "faire ce qu'il voulait" des femmes) et accusé de harcèlement sexuel, avait annoncé la couleur. 


Après avoir signé un décret interdisant le financement d’ONG internationales soutenant l'avortement (la photo de la signature avait fait le tour du monde car seuls des hommes y figuraient), il stoppait les financements américains à l'UNFPA, puis promulguait une loi abrogeant une directive de l'ère-Obama destinée à sanctuariser les financements publics des cliniques du planning familial. "Tout ce qu’il a pu rayer d’un trait de plume l’héritage de Barack Obama, il l’a fait : sur les droits des femmes, mais aussi l’environnement et, plus globalement, la question de l’unité nationale", souligne Marie-Cécile Naves, chercheuse à l’Iris. De là à être - ou devenir - dangereux pour les Américaines ? "La majeure partie de ce qu’il veut 'définancer' dans l’Obamacare concerne les droits des femmes. Ses décisions entrainent un recul sur l’accès à la santé, et tout particulièrement l'IVG." 

Malgré de vives protestations comme lors de la Women's March qui avait rassemblé près de deux millions de personnes à travers le pays, Donald Trump a continué ses attaques. Début octobre, au nom des convictions religieuses et morales, son gouvernement - avec 19 hommes pour cinq femmes, le "Cabinet" présidentiel est (très) loin de la parité - annulait ainsi l'obligation faite aux employeurs de prendre en charge les dépenses de contraception dans la couverture santé de leurs employées. "S'il envoie des signaux plutôt défavorables aux femmes, ce qu’il a fait jusque-là est limité par les décrets présidentiels", tempère Corentin Sellin, historien spécialiste des Etats-Unis, arguant notamment que l'abrogation de l'Obamacare a été un échec cuisant. "Pour l’instant, il est resté grosso modo dans la lignée de Reagan ou de Bush. Il joue une partition qui lui est imposée par ses soutiens évangéliques. Trump n’a pas vraiment de convictions là-dessus ; il a d’abord été pour l’avortement, avant d’être contre. Son vice-président, Mike Pence, est bien plus un 'homme de foi'." 


Un homme de foi et d'influence. Car si les effets concrets des premières mesures prises par Donald Trump demeurent pour l'heure limités, l'une de ses décisions, à laquelle tenaient beaucoup le VP et les militants républicains les plus à droite, devrait indéniablement marquer l'Amérique pour longtemps. En nommant - à vie - le très conservateur Neil Gorsuch (49 ans) à la Cour suprême (qui tranche sur de nombreuses questions de sociétés), le Commander in chief a donné des gages aux opposants à l'avortement, comme aux religieux traditionalistes, aux partisans de la peine de mort ou aux défenseurs des armes à feu d'ailleurs. "L’impact de Neil Gorsuch, sauf s’il meurt ou se met en retraite, va durer pendant 30 ans, peut-être 40", explique Soufian Alsabbagh, auteur de "La nouvelle droite américaine" (éd. Demopolis) pour qui ce choix est l’élément "le plus impactant sur le long terme" du début de la présidence Trump. "L’avortement, les droits civiques : tout cela pourrait provoquer des changements concrets dans la vie des gens."

Donald Trump pourrait bientôt se retrouver avec une Cour suprême à sa mainCorentin Sellin, spécialiste des Etats-Unis

"Trump l’a dit, son objectif est de renverser la jurisprudence Roe contre Wade (qui, le 22 janvier 1973, a reconnu l’avortement comme un droit constitutionnel, ndlr) et de restreindre constitutionnellement la liberté d’avortement", embraye Corentin Sellin selon qui Neil Gorsuch est le juge le plus conservateur depuis Clarence Thomas (en 1991) et "pourrait voter contre cette jurisprudence". Composée de neuf juges, la Cour suprême américaine est actuellement partagée entre quatre progressistes et cinq conservateurs dont l'un, Anthony Kennedy, a régulièrement joué le rôle de pivot dans nombre de décisions importantes en s'alignant sur ses confrères "du camp d'en face". Mais le sage-arbitre, aujourd'hui âgé de 81 ans et annoncé partant plusieurs fois, pourrait bientôt prendre sa retraite pour de bon. Tout comme Ruth Bader Ginsburg, 84 ans, fervente féministe et doyenne de la haute juridiction.  

"La juge Ginsburg est fatiguée et sa santé est assez fragile", précise le professeur d’Histoire, évaluant que son retrait pourrait avoir lieu dans l'année. "Une partie de la gauche et des démocrates en veut toujours beaucoup à Bill Clinton qui l'a nommée en 1993 pour ce qu'elle représentait en tant que pionnière de la défense des droits des femmes. C'est une erreur historique. Elle était âgée alors que la logique veut qu'un président, s'il en a l'occasion, désigne un juge jeune qui restera le plus longtemps possible. Les républicains ont été plus intelligents et Donald Trump pourrait bientôt se retrouver avec une Cour suprême à sa main." 

Pas sûr que cette perspective rassure les associations et les militants des droits des femmes déjà inquiets des premiers mois au pouvoir du président même si la société dans son ensemble paraît plutôt de leur côté. Selon une enquête de l'institut Gallup publiée en mai 2017, une majorité d’Américains est favorable à l’avortement : 29% le sont en toute circonstance et 50% sous certaines conditions, tandis que 18% souhaitaient l'interdire purement et simplement. Des chiffres plutôt stables, hormis quelques soubresauts, depuis une dizaine d’années. Preuve d'un certain attachement à ce droit, le planning familial (Planned Parenthood) avait enregistré une forte hausse de ses dons dans les jours suivant l'élection de Donald Trump.  

En vidéo

Journée du droit à l'avortement : quels sont les droits des femmes dans le monde ?

De quoi, peut-être, donner un peu d'espoir aux plus angoissé(e)s. "Le point positif, c’est que, même si l’on voit que des libertés fondamentales peuvent être menacées, sans le vouloir, Trump peut convaincre une partie des citoyens américains et plus largement occidentaux de ce danger", considère Marie-Cécile Naves. "Il y a un événement récent qui a montré que les choses pouvaient bouger : l’échec du projet de réforme de la santé de Trump, dû à un lobbying efficace de la population auprès de parlementaires de tout bord, notamment de républicains qui ont voté contre. On a vu que des groupes, des associations de femmes par exemple, avaient réussi à faire pression sur leurs élus." 

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