WHAT'S UP AMERICA (5/7) – Donald Trump ruine-t-il l'image des Etats-Unis à l'étranger ?

(MAUVAISE) RÉPUTATION – Un an après l'élection de Donald Trump, le 8 novembre 2016, à la Maison Blanche, LCI vous propose de faire le point sur différents aspects de l'Amérique de Trump. Si l’arrivée de Donald Trump a provoqué un séisme aux Etats-Unis, c’est sans doute dans le reste du monde que la sidération a été la plus grande. La faute, notamment, à des craintes sur sa politique étrangère. De là à changer durablement l’image du pays sur la scène internationale ?

La France s'était endormie sur un succès quasi acquis d'Hillary Clinton, elle avait fini par se réveiller (choquée) sur la victoire surprise de Donald Trump.  Un an après, le monde peine toujours à se remettre de la nouvelle. "L’effet de sidération ne s’est pas estompé, que ce soit du côté des observateurs, de la population, de la classe politique et, surtout, à l’international", estime Marie-Cécile Naves, chercheuse à l’Iris et cofondatrice du site chronik.fr. "En particulier parce que, contrairement à ce que beaucoup disaient, le président Trump n’est pas différent du candidat Trump." Les outrances et excès en tout genre sont restés la norme. Mais si l’arrivée au pouvoir du milliardaire a provoqué un séisme aux Etats-Unis, c’est sans doute dans le reste du monde que la surprise a été la plus grande ; la faute, notamment, à de gros doutes quant à sa politique étrangère. 


Preuve de cet effet de choc, l’image renvoyée par le pays de l’Oncle Sam dans le reste du monde s’est déjà détériorée en 2017 (voir la carte ci-dessous) dans la plupart des 37 pays qu’analyse annuellement le Pew Research Center pour mesurer la perception internationale des Etats-Unis. De fait, seule la Russie - avec qui l'entourage du 45e président américain entretient des liens troubles - a aujourd'hui une bien meilleure image de l'Amérique (15% d'avis favorables sous Obama. 41% sous Trump). "Les contextes sont différents en fonction des régions du monde et certains pays ont d’autres problèmes à gérer que de s’intéresser à Donald Trump", poursuit Marie-Cécile Naves. "Toutefois, si l’on se concentre sur les partenaires traditionnels des Etats-Unis, il y a quand même une inquiétude et une hostilité importantes."

Anti-multilatéralisme

"On retrouve avec Trump une forme d’usage de la force militaire et d’unilatéralisme très impopulaire dans le monde que l’on avait déjà pu connaître différemment avec George W. Bush", explique Corentin Sellin, historien spécialiste des Etats-Unis, même si, précise-t-il, "il est encore trop tôt" pour savoir si cette stratégie, comme la dégradation d’image qu’elle induit, sera durable ou non. En dix mois à la tête de la première puissance mondiale, le président américain a en tout cas eu le temps de signifier à tous son rejet (presque) total du multilatéralisme - on l'a vu à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU. "Trump est clairement anti-multilatéralisme et revient, en cela, à une tradition américaine du XIXe siècle. L’objectif est de ne surtout pas s’embarquer dans des alliances trop compliquées qui pourraient être contraires aux intérêts des Etats-Unis." Son refus d'ouvrir des négociations internationales pour tenter de faire retomber la tension avec la Corée du Nord pourrait en être une illustration. 


"L’ensemble de la séquence, qui continue, avec le régime nord-coréen est totalement inédite", ajoute le professeur d'histoire. "On a notamment vu un président qui a humilié, ridiculisé en public, son secrétaire d’Etat Rex Tillerson, celui qui est en charge de sa diplomatie, alors même que la diplomatie est fondée sur le secret et la confidentialité." Nombreuses, surtout sur la question nord-coréenne, les tensions entre l’ancien PDG d’ExxonMobil et Donald Trump avait éclaté au grand jour début octobre lorsque le chef de l'Etat avait suggéré que les deux hommes comparent leurs tests de QI. "Ces invectives avec Kim Jong-Un (qu'il surnomme "little rocket man", ndlr), c’est du jamais vu dans l’histoire récente. On a retrouvé une tension auto-infligée à peu près équivalente à celle des pires crises de la guerre froide, comme celle de Cuba. Plus de 25 ans après la chute du rideau de fer, cela marque une rupture par rapport à toute l’évolution que l’on avait pu connaître." Sur la Corée du Nord, mais aussi l’accord de Paris sur le climat ou l’Iran, l’ex-magnat de l’immobilier s’est distingué par son désintérêt, voire son mépris, de l’avis général. Mais pas seulement. 

Comment avoir confiance en quelqu’un qui remet en cause des textes signés même très récemment ?Corentin Sellin, historien spécialiste des Etats-Unis

"Il y a un vrai risque, spécifique à la présidence Trump, qui concerne le respect de la parole donnée. Un principe d’engagement sur lequel sont fondés les accords internationaux et la diplomatie depuis le traité de Westphalie en 1648", embraye Corentin Sellin, pour qui ces revirements à répétition sont susceptibles d'avoir de lourdes conséquences. "On voit une tendance qui se dessine et qui, si elle était poursuivie, pourrait devenir très embarrassante pour les Etats-Unis. Comment avoir confiance en quelqu’un qui remet en cause des textes signés même très récemment comme celui de la COP21 ?" Si elle reste incontournable par son statut de première puissance mondiale, l’Amérique de Trump donne parfois l’impression de s’esseuler. "Sur le plan international, les Etats-Unis sont isolés comme rarement", fait valoir Marie-Cécile Naves. "Les choix de Donald Trump en matière de politique extérieure sont complètement contraires aux enjeux du monde. On a la sensation qu’il ne les comprend pas." 


"Pourquoi s’attaque-t-il au Mexique, à l’Iran, à la Corée du Nord ? Parce que son électorat le demande", souligne Soufian Alsabbagh, expert de la droite américaine pour qui le locataire de la Maison-Blanche agit dans le seul souci de plaire à ses supporters. "À l’international comme sur le reste de son action, Trump est intéressé par sa petite pomme et sur les avantages immédiats qu’il peut tirer." Résultat ? "On a aujourd’hui, dans le monde, des pays qui reculent, qui stagnent et qui avancent, et, ce qui est frappant, c’est de voir que c’est l’axe anglo-saxon, autrefois à la pointe, qui se replie avec le Brexit et l’élection de Trump." Et, sans parler de l'incontournable président chinois Xi Jinping, certains sont déjà tentés d’en profiter. "Emmanuel Macron voit bien les avantages qu’il peut tirer des choix de Donald Trump dans le monde", avance Marie-Cécile Naves. "Dernier exemple en date : après le retrait des Etats-Unis de l’Unesco (dont Audrey Azoulay a été élue directrice le lendemain, ndlr), le président a insisté lors de sa récente interview sur le retour de la France dans le monde. Il va continuer à profiter de la présidence Trump pour pousser les pions du pays sur la scène internationale."

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