Y-a-t-il un risque d’escalade en Syrie ? Cinq questions que posent les frappes punitives américaines

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DÉCRYPTAGE - Dans la nuit de jeudi à vendredi, près de 59 missiles Tomahawk de l'armée américaine ont été lancés sur la base aérienne syrienne d'al-Shayrat, au sud de Homs. Une pluie de missiles qui intervient après l’attaque chimique attribuée au régime de Bachar al-Assad, qui a fait près de 86 morts dans la ville de Khan Cheikhoun. Y a-t-il un risque d'escalade ? Comment va réagir la Russie ? Eléments de réponses avec Frédéric Pichon, chercheur spécialiste de la Syrie et consultant en géopolitique.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, près de 59 missiles de croisière ont été lancés depuis la Méditerranée orientale sur la base aérienne syrienne de al-Chaayrate, au sud de Homs. Une pluie de missiles qui intervient après l’attaque chimique attribuée au régime de Bachar al-Assad, qui a fait près de 86 morts dans la ville syrienne de Khan Cheikhoun. Donald Trump  a ainsi demandé aux "nations civilisées" de le rejoindre pour "mettre un terme au bain de sang en Syrie". Ces frappes américaines posent de multiples questions sur la suite du conflit en Syrie.

Ces frappes sont-elles une surprise ?

Oui, sans nul doute. Jusqu’ici, Donald Trump s’était aligné sur la position de la Russie, allié indéfectible du régime de Bachar al-Assad, et s'était opposé à toute implication américaine dans la guerre civile syrienne. Comme le souligne pour LCI Frédéric Pichon, chercheur et consultant en géopolitique, les frappes aériennes sont "une surprise", notamment par rapport à la position de Trump en 2013, lorsqu'une précédente attaque chimique avait fait des centaines de morts près de Damas: "Il était catégoriquement contre" une intervention, rappelle-t-il. 


"C’est également une surprise par rapport à sa position la semaine dernière, où il affirmait qu’Assad n’était pas la priorité", poursuit l’expert, avant de nuancer : "A postériori, ce n’est pas une surprise, connaissant le caractère sanguin de Trump. Il a décidé de ces frappes alors que le président chinois était reçu, donc c’était une manière de montrer qu’il n’a pas peur de trancher. A usage interne, c’est une manière également de régler ses comptes avec Obama, de montrer que ce dernier était 'mou'. C’est également une manière de laver tous les soupçons de collusion avec la Russie, qui pesaient pas mal depuis le début de sa présidence."

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Frappes syriennes : Trump, le revirement

En quoi marquent-elles un tournant ?

Avec ces frappes, Donald Trump a certainement pris la mesure la plus forte et la plus directe d’un point de vue militaire, et ce depuis le début du conflit il y a six ans. Si Israël, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon ou encore l’Arabie Saoudite ont annoncé leur soutien concernant ces frappes, l’Iran et la Russie les ont fermement condamnées. "En soi, ces frappes restent des frappes d’avertissement mais elles marquent un tournant car elles remettent totalement en cause la coopération russo-américaine sur les dossiers de Raqqa et de Daech. La coopération américano-syrienne qui se profilait sur l’est de la Syrie et Raqqa est désormais au point mort. Cela suspend totalement cette opération", explique Frédéric Pichon.

Y a-t-il un risque d’escalade ? De nouvelles frappes américaines ?

"Je ne crois pas qu’il y ait un risque d’escalade étant donné que les Russes ont visiblement été prévenus de l’attaque et ne l’ont pas empêchée. Ce qui est sûr, c’est que cela ressoude le bloc russo-iranien", estime Frédéric Pichon, qui est néanmoins plus prudent concernant de futures frappes américaines : "Il y a un risque de nouvelles frappes américaines en Syrie étant donné que Tillerson et Trump ont annoncé vouloir mettre sur pied une coalition internationale de 'nations civilisées'.  Il pourrait y avoir d’autres frappes plus massives, décisives, ce n’est pas du tout à exclure."

Quelles sont réellement les preuves sur l’implication d’Assad dans l’attaque chimique ?

Si Damas a démenti "catégoriquement" toute implication concernant l’attaque chimique qui a coûté la vie à près de 86 personnes, dont 30 enfants, dans la ville syrienne de Khan Cheikhoun et accusé les insurgés d'être responsables de la tragédie, toutes les preuves pointent le régime de Bachar al-Assad, selon le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson. Le recours aux armes chimiques, bien qu’interdit, a déjà eu lieu dans la région et le régime a été suspecté à plusieurs reprises d’avoir à nouveau utilisé ces armes, comme en 2013 avec le massacre de La Ghouta, où près de 1.729 personnes auraient trouvé la mort selon l’Armée Syrienne Libre (ASL).


Jeudi, le ministre turc de la justice a affirmé que des résultats d'autopsies de victimes du raid aérien sur Khan Cheikhoun démontrent que Bachar Al-Assad "a utilisé des armes chimiques". "Je peux vous assurer une nouvelle fois que l'armée arabe syrienne n'a pas utilisé et n'utilisera jamais ce genre d'armes contre notre propre peuple, contre nos enfants, pas même contre les terroristes qui ont tué notre peuple", avait répondu le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem. 

Comment va réagir le Kremlin ?

Si Vladimir Poutine a d’ores et déjà réagi aux frappes américaines, les qualifiant notamment d’"agression contre un Etat souverain", reste à savoir quelles seront les prochaines mesures du Kremlin, qui a toujours soutenu le régime de Bachar al-Assad. "Il est probable que le Kremlin joue la carte du respect du droit international en appelant à une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, prédit Frédéric Pichon. Mais les Russes sont quand même poussés dans leur retranchement. Tous les bénéfices politiques engrangés par la Russie en Syrie depuis deux ans et leur intervention directe ont été balayés en une nuit."

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