Yanela, symbole des enfants séparés dans "Time magazine"... tout n'était pas tout à fait vrai

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DÉCRYPTAGE – Son visage, en larmes, s’affiche en une du célèbre "Time Magazine" face au président Donald Trump dans un photomontage saisissant. Symbole de la politique migratoire qui a éloigné des milliers d’enfants de leurs parents, la petite Yanela Hernandez n’aurait en réalité jamais été séparée de sa mère. Le sort de la maman et de la fille, originaires du Honduras, reste néanmoins inconnu. Explications.

C’est une image qui a fait le tour du monde en quelques heures. Pour illustrer sa dernière Une, consacrée à la polémique autour de la politique migratoire de Donald Trump, le célèbre "Time Magazine" a réalisé un photomontage sur fond rouge qui met en scène une fillette en pleurs, sous les yeux du président, un sourire en coin. Le titre ? "Welcome to America" (Bienvenue en Amérique).


Sur le site de l’hebdomadaire, le photographe de l’agence Getty John Moore expliquait mercredi les coulisses du cliché, pris le 11 juin dernier à la frontière entre le Texas et le Mexique. Il a été réalisé au moment où les policiers étaient en train de fouiller la mère de la petite fille, âgée de 2 ans. "Dès qu’ils ont eu terminé, elles ont été mises dans un camion (…) Tout ce que je voulais, c’est la prendre avec moi. Mais je ne pouvais pas."

Le photographe laisse également entendre que la mère et l’enfant, originaires du Honduras, ont pu être séparées par la suite, comme l’ont été au moins 23.000 enfants sans papiers depuis avril dernier, dans le cadre de politique de tolérance zéro menée par l'administration en matière migratoire. Face au tollé international, le président américain a annoncé mettre fin à ces séparations, expliquant également avoir été influencé par son épouse Melania.


Quid de la petite fille en une de "Time" ? Depuis la parution du magazine, de nombreux internautes ont relayé un appel pour aider à la retrouver, soutenus par de nombreuses personnalités comme les écrivains Don Winslow et Stephen King. Interrogé mercredi par le site américain Buzzfeed, un porte-parole de la police des frontière affirmait toutefois que mère et fille n’avait pas été séparées, sans donner plus de précision.

C’est finalement le père de la fillette qui a donné de ses nouvelles, ce vendredi. Dans un entretien téléphonique accordé au Daily Mail depuis le Honduras, Denis Javier Valera Hernandez, 32 ans, révèle que l’enfant s’appelle Yanela et qu’elle n’aurait pas été séparée de sa mère, Sandra. "Vous imaginez ce que j'ai ressenti lorsque j'ai vu la photo de ma fille. J'en ai eu le coeur brisé. C'est difficile pour un père de voir ça. Mais je sais maintenant qu'elles sont hors de danger. Elles sont plus en sécurité que lorsqu'elles ont fait le voyage vers la frontière."


Denis Hernandez explique que sa femme et sa fille ont quitté leur pays en bateau, le 3 juin dernier, depuis le port de Puerto Cortes, sans le prévenir, afin de rejoindre des membres de sa famille déjà installés aux Etats-Unis. Pour effectuer le voyage, la mère aurait payé 6.000 dollars à un passeur. Depuis leur arrestation, Il affirme qu’elles sont détenues ensemble dans la ville frontalière de McAllen, au Texas, dans l’attente de l’examen d'un dossier de demande d’asile que la mère a déposé. S'il est refusé, elles seront contraintes de rentrer au Honduras.


"J’attends de voir ce qui va leur arriver",  réagit le père dans un autre entretien accordé à l'agence de Reuters, qui a eu confirmation des faits par Nelly Jerez, la ministre des Affaires étrangères du Honduras. Ni les autorités américaines, ni "Time Magazine", n’ont commenté ces informations pour le moment. Et certains internautes continuent de les mettre en doute, tant que Yanela et sa mère n'auront pas été filmées par les caméras de télévision...

Quoi qu'il en soit, cet imbroglio vient mettre en lumière la difficulté de réunir les familles, dans la foulée de la décision  spectaculaire de la Maison Blanche. D’après Jodi Goodwin, avocate spécialisée dans l’immigration au Texas,  l'organisme ayant pris en charge les enfants ne dispose pas d'un système pour se synchroniser avec les autorités migratoires qui détiennent les parents et assurer ainsi une fluidité des informations.


"Lorsque je parle avec les parents, ils ont le regard fixé dans le vide parce qu'ils ne peuvent tout simplement pas comprendre, ils ne peuvent accepter, ils ne peuvent croire qu'ils ignorent où se trouvent leurs enfants et que le gouvernement américain les leur a retirés", a-t-elle expliqué à l’AFP. Un discours partagé dans les médias par de nombreuses ONG pour qui le revirement de Donald Trump n'est qu'une étape.


Rappelons que le décret, signé par le président américain devant les caméras, stipule que des poursuites pénales continueront à être engagées contre ceux qui traversent la frontière illégalement. Mais que parents et enfants seront détenus ensemble dans l'attente de l'examen de leur dossier. La petite Yanela et sa mère bénéficieront-elles de la clémence de la Maison Blanche ? 

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