Yasser Arafat : une mort toujours en questions dix ans après

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PROCHE-ORIENT - Le mystère plane toujours sur la mort du leader palestinien Yasser Arafat, le 11 novembre 2004, à l'hôpital Percy de Clamart (Hauts-de-Seine). Des experts suisses qui ont pu analyser des prélèvements biologiques du défunt, joints par metronews, n'écartent toujours pas la thèse de l'empoisonnement au polonium.

Yasser Arafat a-t-il été tué par empoisonnement ? Dix ans jour pour jour après la mort du dirigeant palestinien, le 11 novembre 2004, les experts qui ont pu analyser des prélèvements biologiques du défunt ne s'accordent toujours pas. "On ne peut pas dire avec certitude qu'il a été empoisonné, mais nous maintenons que cette hypothèse est tout à fait vraisemblable", indique à metronews Darcy Christen, porte-parole de l' Institut de radiophysique de Lausanne (IRA), en Suisse, tandis que les conclusions d'autres experts vont dans le sens contraire.

Immédiatement après la mort de Yasser Arafat à l'hôpital Percy de Clamart (Hauts-de-Seine), où il avait été admis fin octobre après des douleurs abdominales, des rumeurs accusent Israël de l'avoir empoisonné. Une hypothèse démentie trois jours après sa mort par le gouvernement français. Mais en janvier 2012, la veuve Arafat croit toujours à l'assassinat et demande à l'IRA d'analyser des habits de son mari qu'elle avait gardés.

Polonium

En juillet de la même année, la chaîne qatarie Al-Jazeera révèle dans un documentaire la découverte de ces experts : "une quantité anormale de polonium", un élément hautement toxique. Quelques semaines après, Souha Arafat dépose plainte contre X pour assassinat au parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine). Une information judiciaire est alors ouverte et, en novembre 2012, la tombe d'Arafat a été inspectée par des équipes française, suisse et russe pour effectuer des prélèvements.

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"Lors de l'exhumation du corps on a trouvé du plomb 210, ce qui est compatible avec la présence de polonium. Les Français et les Russes font aussi état dans leur rapport de mesures similaires", raconte Darcy Christen. Mais tandis qu'à l'Ira de Lausanne on juge la présence de polonium "cohérente" avec la thèse de l'empoisonnement, dans un rapport publié en novembre 2013, les équipes françaises et russes l'écartent dans leurs rapports respectifs. Motif : la radioactivité mesurée serait celle de l'environnement, estimé naturellement radioactif, et non celle d'un élément toxique ingéré par Yasser Arafat.

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"Quand on lit le rapport russe, on a l'impression que ce ne sont pas les mêmes qui ont écrit le rapport et la conclusion", observe Darcy Christen. "Nous étions la seule équipe à avoir pu mesurer l'environnement avant et après l'ouverture de la tombe. Si leur argument tenait, on aurait trouvé les mêmes niveaux de radioactivité sous la dépouille et à un mètre de celle-ci, ce qui n'était pas le cas".

A l'époque, l'équipe française n'avait pas souhaité que les experts suisses lui communiquent les résultats de leurs mesures. "Les Français menaient une enquête judiciaire, tandis que nous menions une enquête scientifique, poursuit Darcy Christen. Aujourd'hui, même si un rapport sur trois affirme qu'il y a des chances qu'Arafat soit mort empoisonné, cela justifie l'ouverture d'une nouvelle enquête. Mais dix ans après, qui a vraiment envie de connaître la vérité ?" Les circonstances de la mort du prix Nobel 1994 resteront donc sans doute un mystère pour longtemps encore.

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