Yémen, 7000 morts en deux ans : pourquoi la pire crise humanitaire du monde est passée sous silence

Yémen, 7000 morts en deux ans : pourquoi la pire crise humanitaire du monde est passée sous silence
International

DECRYPTAGE - La guerre qui ravage ce pays de la péninsule arabique entre ce week-end dans sa deuxième année. Malgré un lourd bilan et une famine qui guette, le Yémen semble laisser indifférent la communauté internationale. Explications.

Le Yémen dans l’impasse. Deux ans après le début de l'intervention militaire d’une coalition arabe, le pays de vacille plus que jamais : flambée de violence entre forces loyalistes et rebelles, djihadisme en plein essor, et désormais la famine qui guette. Un conflit qui, malgré tous ces facteurs, ne parvient cependant pas à attirer vers lui les projecteurs de la communauté internationale.

Tout a débuté le 26 mars 2015, quand une coalition commandée par l'Arabie saoudite est intervenue au Yémen pour rétablir l'unité du pays. Depuis, les avions de combat de la coalition mènent quasi-quotidiennement des frappes aériennes en appui aux milliers de soldats engagés au sol avec chars, canons et artillerie lourdes contre les rebelles chiites Houthis et leurs alliés. Bilan, après deux ans de combats ? Environ 7.700 morts, majoritairement des civils, plus de 42.500 blessés et trois millions de déplacés, selon les estimations de l'ONU. Le Yémen est le théâtre de "la pire crise humanitaire au monde" et "un grave risque de famine" menace ce pays, le plus pauvre du monde arabe, a même mis en garde l'ONU.

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"Il n’y a personne pour alerter"

Seulement voilà : évoquer la crise yéménite est compliquée. Et ce pour plusieurs raisons, explique à LCI Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’IFRI. "Le Yémen est un pays lointain. Le conflit n’a pas de conséquences comparables pour nous à ce qui se passe en Syrie. Ensuite, il se trouve que l’Arabie Saoudite est à la manœuvre et, manifestement, que ce soit les Américains ou les Européens, on ne souhaite pas trop l’embarrasser. Pourquoi ? Car les relations entre Américains et Saoudiens sont en train de se réchauffer et, pour la France, les relations sont au beau fixe sur le plan économique."

Pour Denis Bauchard, un troisième élément est à prendre en compte : l'absence de relais médiatique au conflit. "Les médias n’y sont pas. Il n’y a personne pour alerter contrairement à la Syrie." "Il y a un blocus sur l’information, c’est une stratégie délibérée. Il faut passer par le sud du pays, où Al-Qaida est présent. Pour les Occidentaux, c’est trop dangereux", a détaillé la semaine dernière au Temps Nawal Al-Maghafi, de la BBC. Pour Denis Bauchard, "l’insécurité embarrasse également les ONG, qui ne peuvent pas opérer comme elles le souhaiteraient." "Travailler au Yémen est extrêmement difficile, nos équipes ne restent jamais très longtemps", abonde auprès de LCI Aymeric Elluin, Chargé de plaidoyer armes chez Amnesty France. Avant d'appuyer : Si l'Etat français mettait autant d'acharnement à vendre des armes pour acheminer de l'aide humanitaire, la situation changerait."

Une situation humanitaire qui, les ONG le souhaite, devrait changer la donne. On parle d'un pays où, dans trois mois, la famine sera partout", précise Aymeric Elluin. Et pour cause : dix-neuf millions de personnes, soit 60% de la population, vivent en situation d'insécurité alimentaire, dont trois millions de femmes et d'enfants souffrant de malnutrition aigüe. Plus de la moitié des centres de santé de ce pays ne fonctionnent plus, et trois millions de personnes sont déplacées. Le choléra, lui, est réapparu il y a quelques mois et 20.000 cas sont suspectés. Unanimes, les ONG ont réclamé une relance d'urgence du processus diplomatique, dans l'impasse totale depuis des mois, et la levée de l'embargo afin de permettre un accès de l'aide humanitaire. 

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