Yémen : face à la famine, des familles obligées de choisir les enfants qu'elles vont sauver

International

TRAGÉDIE – Au Yémen, où la guerre entre le pouvoir et les rebelles Houthis fait rage depuis mars 2015, des familles en situation de famine se retrouvent parfois forcées à choisir les enfants qu'elles vont pouvoir sauver. Un drame qui laisse les organisations humanitaires désemparées.

Les atrocités de la guerre atteignent parfois les abysses de l’horreur. C’est notamment le cas au Yémen où un conflit sanglant entre le pouvoir central soutenu par une coalition emmenée par l’Arabie saoudite et les rebelles Houthis, soutenus par l'Iran, a déjà fait plus de 7000 morts et près de 37.000 blessés depuis mars 2015. Un conflit féroce qui a aussi entraîné une famine d’une rare violence frappant aujourd’hui de plein fouet les enfants du pays. 

Repéré par nos confrères de Slate, le reportage d’un journaliste du Washington Post illustre terriblement une cruelle réalité devenue quotidienne. Le reporter s’est rendu dans le village de Bani Saifan, où il a rencontré des familles forcées de choisir lesquels de leurs enfants sauver. Il raconte notamment le dilemme impossible des parents du petit Osama Hassan, deux ans, qui souffre de malnutrition. 

Deux millions d’enfants en besoin d’aide urgente

"Doivent-ils utiliser le peu d’argent qu’ils ont, en pleine guerre, pour amener leur bébé de deux ans à l’hôpital ? Ou doivent-ils acheter de la nourriture pour leurs autres enfants ?", interroge Sudarsan Raghavan, chef du bureau du quotidien américain au Caire. "La famille a choisi la nourriture."

Comme Osama, des milliers d’autres petits yéménites sont confrontés à la famine ou à des maladies directement liées à la malnutrition. L’Unicef estime ainsi que 370.000 enfants sont sévèrement malnutris ou sous-nourris et que deux millions vivent dans des situations extrêmes, nécessitant une aide urgente. 

C'est une génération entière qui est en danger ici- Erin Hutchinson, directrice de la mission d’Action contre la faim au Yémen

"C'est une génération entière qui est en danger ici", déplore auprès du Washington Post Erin Hutchinson, la directrice de la mission Action contre la faim au Yémen. "Nous assistons à une aggravation de la situation au fur et à mesure que le conflit se poursuit, et il ne se stabilise pas. Les besoins ne font qu'augmenter en ce moment."  Au début de l’année 2016, l’humanitaire se montrait déjà alarmiste sur le site internet de l’ONG : "Les enfants que nous recevons dans les centres de traitement sont dans un état plus grave et sont plus âgés que ceux que nous traitions avant le conflit : c’est un signe clair de la gravité de la situation."

Autre illustration du drame : le petit Rayaan Humeit, cinq ans. Bien que soigné une première fois à l’hôpital de Hajjah, il se retrouve à nouveau dans un état critique. Ses parents, qui avaient dû emprunter de l’argent pour le faire hospitaliser, font eux aussi face à un choix cornélien. "Si je n'ai pas d'argent, je ne pourrai pas le ramener à l'hôpital", lâche au Washington Post le père du petit garçon, fataliste, expliquant qu’il devra sûrement se résoudre à "le laisser à la maison et laisser Dieu s'en occuper." Définitivement, les atrocités de la guerre atteignent parfois les abysses de l’horreur.

En vidéo

Yémen : à Houdieda, 100 000 enfants menacés par la malnutrition

Lire et commenter