Yémen : près de 300 migrants jetés à la mer en deux jours par des passeurs

International
DRAME HUMAIN - Selon l'OIM, au total 180 personnes en provenance de Somalie et d'Ethiopie ont été jetés à la mer, jeudi 10 août, par des passeurs. Un chiffre auquel il faut rajouter 29 personnes mortes noyées volontairement et 22 disparus, dans les mêmes circonstances, la veille.

Des drames sur lesquels il est difficile de mettre des mots. Depuis ce mercredi jusqu'à ce jeudi, ce sont près de 300 migrants qui ont disparus ou sont morts, en 24 heures, au large du Yémen, indique l'OIM, l'Organisation internationale pour les migrations. Jeudi 10 août, ce sont près de 180 personnes en provenance de Somalie et d'Ethiopie qui ont été jetées à la mer par des passeurs. 


Ce mercredi, 120 migrants en provenance de la même région avaient été délibérément jetés à la mer, à l'approche de la côte de la province de Chabwa (sud du Yémen). Des chiffres qui reflètent le traitement inhumain réservés à ces hommes, ces femmes et ces enfants à la recherche d'une vie meilleure. 

La souffrance des migrants sur cette route est immenseLaurent de Boeck, chef de mission de l'OIM

Selon l'OIM, qui communique ces chiffres, des équipes sont sur la zone de disparition des personnes, tandis que "25 passagers (blessés) du bateau sont actuellement soignés sur la côte du Yémen", a déclaré à l'AFP une porte-parole de l'organisation. Ils ont raconté les circonstances de ces drames aux agents de l'OIM. "Les survivants ont dit à nos collègues sur la plage que les passeurs leur avaient demandé de se jeter à la mer après avoir vu ce qui semblait être des représentants des autorités", a indiqué Laurent de Boeck, chef de mission de l'OIM.


"Ils nous ont également raconté que les passeurs avaient repris la route de la Somalie pour continuer le même trafic et emmener plus de migrants au Yémen. [...] C'est choquant et inhumain. La souffrance des migrants sur cette route est immense. Beaucoup de jeunes gens paient les passeurs avec l'espoir d'avoir une vie meilleure", explique le responsable, qui estime à 16 ans l'âge moyen des migrants. 


Le trafic d'êtres humains entre la Somalie, où l'autorité de l'Etat est quasi-nulle, et le Yémen, qui connaît le même phénomène, n'a jamais cessé malgré la saison des vents violents dans l'Océan Indien, rendant la traversée extrêmement difficile. L'OIM estime par ailleurs que ce sont près de 55.000 personnes, dont un tiers de femmes, qui sont arrivées au Yémen en provenance de la Corne de l'Afrique depuis le début de l'année. Parmi eux, 30.000 ont moins de 18 ans. 

Le Yémen : un pays ravagé par la guerre

Déchiré depuis trois ans par une guerre opposant des rebelles pro-iraniens à des forces gouvernementales pro-saoudiennes, le Yémen, pays sans ressources, compte de nombreux camps où s'entassent des milliers de migrants africains. La guerre a fait près de 8400 morts et quelque 48.000 blessés depuis l'intervention en mars 2015 d'une coalition arabe menée par l'Arabie saoudite, en soutien aux forces gouvernementales, selon les derniers chiffres de l'Organisation mondiale de la santé.


L'ONU estime que le Yémen  où une épidémie de choléra a déjà fait plus de 1900 morts est le théâtre de "la plus grave crise humanitaire dans le monde". Certains des migrants africains ont été même des victimes directes du conflit. En avril dernier, l'OIM tirait déjà la sonnette d'alarme dans un rapport chiffré : "Au total, 18,8 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire ou d’une protection. Depuis 2015, parmi les 3,3 millions de personnes forcées à fuir leur domicile pour se mettre en sécurité, deux millions restent déplacés et près de 1,3 million sont retournés dans leurs gouvernorats d’origine. Face à ce conflit sans issue proche, le déplacement ne fera qu’augmenter", peut-on lire dans ce dernier. 

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