Yoann Barbereau en aurait été victime en Russie : qu’est-ce qu’un "kompromat" ?

Yoann Barbereau en aurait été victime en Russie : qu’est-ce qu’un "kompromat" ?

DirectLCI
RÉPUTATION – Technique notamment utilisée par les services secrets russes durant la guerre froide, le "kompromat", ou "dossier compromettant", vise à discréditer une personne en divulguant des vidéos à caractère sexuel volées ou tournées à l’insu de la victime. Preuve que la pratique perdure, le Français Yoann Barbereau, de retour en France mercredi après un an de cavale, raconte en avoir été la cible.

Glaçant. Remis au cœur de l’actualité par le retour en France, mercredi 8 novembre, de l’ancien directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk, Yoann Barbereau, qui en aurait été victime, ainsi qu’un (passionnant) documentaire de nos confrères d’Envoyé spécial diffusé jeudi soir, la technique dite du "kompromat" – ou "dossier compromettant" en russe – fait froid dans le dos par sa brutalité. Utilisé notamment par les services secrets soviétiques durant la guerre froide, ce procédé vise à discréditer une personne ou à faire pression sur elle en divulguant des vidéos à caractère sexuel volées ou tournées à son insu.


Dans le cas du Français de 39 ans, le "kompromat" laissait entendre qu’il aurait pu avoir des relations à caractère pédophiles avec sa propre fille Héloïse (alors âgée de 5 ans). Des actes qu'il a toujours niés mais qui lui ont valu une condamnation à 15 ans de camp par la justice russe l’ayant poussé à fuir en septembre 2016. A-t-il été la cible d'un règlement de compte politique ou personnel ? Yoann Barbereau en est convaincu. "Ma situation aujourd'hui est que je suis un otage. C'est une forme de prise d'otage très particulière", a-t-il expliqué sur France 2, certain que les allégations à son encontre ont été montées de toutes pièces par les autorités. 

En vidéo

La seconde vie étonnante des goulags en Russie

Chantages et confessions sur l’oreiller

Elles rappellent en tout cas les vieilles méthodes du KGB, qui avait fait de la compromission de responsables occidentaux une spécialité. Plusieurs cas sont restés célèbres. Photographié avec un partenaire du même sexe alors que l'homosexualité était interdite au Royaume-Uni, John Vassall, attaché naval britannique à Moscou de 1954 à 1956, fut ainsi obligé de devenir l'un des plus célèbres espions de l’URSS d’alors en Grande-Bretagne faute de quoi tout aurait été révélé. En 1964, l’ambassadeur français Maurice Dejean en fit également les frais après que des agents secrets l’avaient filmé en plein ébats avec une jeune actrice russe. De mauvais genre pour un diplomate marié : il fut aussitôt rappelé à Paris par le général de Gaulle avant d’être congédié.


Après la chute de l'Union soviétique, dans le chaos des années 1990, le "kompromat" est ensuite devenu un instrument de choix pour mener des campagnes de discrédit contre des hommes politiques, des businessmen ou des hauts fonctionnaires. Ou, parfois, pour obtenir des confessions sur l’oreiller. "Tous les services secrets du monde le font, et nous ne sommes pas une exception", admettait Mikhaïl Lioubimov, ancien agent du KGB, dans un entretien à l’AFP en début d’année. 


La "guerre des kompromat" a notamment fait rage entre les oligarques russes en lutte pour le contrôle des grandes entreprises du pays, utilisant leurs empires médiatiques pour se lancer les pires accusations. Au printemps 1999, alors qu'il enquêtait sur des faits présumés de corruption contre le président de l’époque, Boris Eltsine, le procureur général Iouri Skouratov tomba à son tour. Après une "enquête" du chef du FSB (ex-KGB) d’alors, un certain Vladimir Poutine, la télévision diffusa une vidéo, dont l'authenticité n'a jamais été prouvée, présentée comme montrant le magistrat avec des prostituées. 


Signe que la pratique perdure, plus récemment, en 2009, un diplomate britannique en poste en Russie avait démissionné après la diffusion sur internet d'une vidéo le montrant avec deux prostituées. Un an plus tard, en 2010, une certaine "Katia" avait quant à elle séduit plusieurs opposants au Kremlin et filmé en secret leurs ébats, qu'elle avait ensuite diffusés en ligne. L'affaire avait provoqué un séisme dans le pays et désintégré l'unité (de façade ?) des challengers de Vladimir Poutine. 

Plus d'articles

Sur le même sujet