Yulen, 2 ans, tombé dans un puits en Espagne : "Tant qu’une victime n’est pas retrouvée, elle est toujours considérée vivante"

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ECLAIRAGE - Alors que les secours tentaient toujours par tous les moyens, mercredi, de retrouver le garçonnet coincé depuis trois jours dans une cavité étroite et profonde près de Malaga, un spécialiste du secours en milieu souterrain nous détaille la particularité et la délicatesse de ce type d'intervention.

L'opération est décrite comme inédite par les autorités espagnoles à cause de sa difficulté. Après sa chute, dimanche, dans un puits étroit et profond, Yulen, deux ans, pourrait être coincé au-dessous d'un amas de pierre, à 71 mètres de profondeur, que les secours ont tenté d'évacuer par un procédé d'aspiration. Tentant par tous les moyens d'atteindre l'enfant, les autorités ont décidé de creuser deux tunnels, l'un parallèle au puits et un autre en direction oblique à travers la montagne. 


Comment se déroule une intervention semblable en milieu périlleux ? Quelles sont les risques et les dispositions à prendre ? Comment composer avec le temps qui défile ? Un spécialiste du secours en milieu souterrain nous éclaire.

La Rédaction de LCI : que vous évoque le sauvetage en cours en Espagne ? 


Didier Delabre, chef d'équipe secours et conseiller technique national pour Spéléo Secours Français

C’est une intervention extraordinaire au sens propre du terme. Secourir des randonneurs qui ont glissé dans un puits, cela arrive, mais il s’agit le plus souvent de cavités humainement pénétrables. Ce cas de figure est vraiment particulier car il s’agit d’un puits artésien foré avec un diamètre très étroit et pas dans de la roche pure, avec une victime très petite. En l’occurrence, un adulte serait peut-être resté coincé à l’entrée de la cavité et aurait sans doute pu être dégagé plus facilement. Ce qui rend l’intervention d’autant plus délicate est que l’accès par lequel est arrivé l’enfant ne peut être agrandi car il y a des risques d’effondrement.



La profondeur est-elle un facteur de difficulté supplémentaire ?

La profondeur n’est pas un critère de difficulté en soi, ce qui l’est en revanche c’est l’accès : en l’occurrence la largeur et la qualité de la roche. Je dirais même qu’il vaut mieux intervenir dans un puits de 300m de profondeur avec une roche bien saine. A titre d’illustration, les secouristes spéléologues interviennent sur des profondeurs de cet ordre et même bien plus importantes, les cavités les plus profondes en France se situant au-delà de 1000 mètres de profondeur. Pas plus tard qu’il y a quelques mois, nous avons justement participé à un exercice qui consistait à remonter un puits de 100 mètres.



Comment cela se passe généralement sur le terrain en pareille situation ?


Il n’y pas de règle bien établie, à chaque situation son mode d’intervention. Cela dépend de plusieurs paramètres, dont la profondeur et l’existence d’un contact direct avec la victime. Le forage, qui a été retenu dans le cas espagnol, fait en effet partie des options. Et à première vue, il n’y avait d'ailleurs pas vraiment d’autre possibilité à cause du bouchon sur lequel les secouristes sont tombés à moins 75 mètres. Or, le terrain et la qualité de la roche encaissante est primordiale quand on met en place un forage. Lorsque la roche est saine, elle sert de guide comme paroi alors que quand elle est friable, il faut renforcer en tubant pour éviter que des cailloux glissent au fur et à mesure. Imaginez-vous creuser dans du sable : si vous ne mettez pas de gaine, le sable va reprendre sa place. D’où la présence sur place, d’experts géologues. 


Ensuite, il y a normalement des sauveteurs dédiés à l’abordage de la victime, des équipes chargées de mettre en place des transmissions pour communiquer le long de la cavité, des équipes d’évacuation , mais aussi parfois des équipes d’obstruction chargées d’élargir certains passages et enfin une équipe de gestion.

"Le risque d’hypothermie est majeur quand on se retrouve en difficulté sous terre"

Quelles sont les chances de survie de la victime dans semblable cas ?


Le temps qui joue est déterminant dans ce type d’intervention. En dehors de la chute qui a pu être fortement ralentie eu égard au diamètre, le risque d’hypothermie est majeur quand on se retrouve en difficulté sous terre. C’est-à-dire dans un milieu assez froid et hostile avec au bout d’un moment une perte de calories. Même chez les spéléos, cela peut être assez rapide. Mais à la différence des spéléos qui ont des couvertures de survie quand ils partent en exploration, ce petit garçon n’a malheureusement que les habits qu’il portait dimanche. Toutefois, toutes les cavités n’ont pas les mêmes caractéristiques et les mêmes températures sous terre qui équivalent à la moyenne des températures diurnes extérieures à l’endroit où s’ouvre la cavité.


Et plus généralement, tant qu’une victime n’est pas retrouvée, elle est toujours considérée comme vivante. Car il y a des cas de figure qui montrent que si on ne s’était pas acharné ou si les opérations avaient été stoppées plus tôt, des personnes ne seraient pas ressorties vivantes. Prenez l’exemple des tremblements de terre avec ces cas de bébés ou des personnes âgées qui sont retrouvées vivants après être restés sous les décombres plusieurs jours durant. Il n’y a vraiment pas de règle.


Existe-t-il des exemples français de longs sauvetages en milieu souterrains avec une fin heureuse ? 


Il y eu une très grosse opération en 1999 dans le gouffre des Vitarelles dans le Lot. Des personnes étaient restées prisonnières de la terre pendant plus d’une semaine après une montée des eaux. Pour pouvoir accéder aux victimes qui étaient bloquées dans des salles, on a fait des forages de 40 centimètres sur une trentaine de mètres pour arriver dans le réseau en amont du siphon. Mais il s'agissait là de roches dures. Les spéléos avaient pointé des balises pour repointer la topographie de la cavité. La même année, un autre long sauvetage a eu lieu en Savoie : un contact avait pu être établi avec la victime qui a été extraite au bout d’une semaine.


Plus récemment,  mais cela s’est passé dans un pays de l’Est, un garçon était tombé dans un trou avec un peu moins de profondeur que dans le cas espagnol avec un diamètre un peu plus large. C’est finalement un spéléo, accroché par les pieds, qui était descendu tète en avant pour le récupérer.

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