Zoom sur le fentanyl, cette drogue ultrapuissante qui fait des ravages au Canada

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ALERTE - Le Canada est touché par une crise sanitaire sans précédent. Elle est due au fentanyl, un puissant opioïde, dérivé d'un médicament. La crise est telle que le gouvernement a décidé de prendre le problème à bras-le-corps en débloquant une enveloppe de 65 millions de dollars canadiens, soit 47 millions d'euros "pour combattre la crise des opioïdes" dont 10 millions à la Colombie-Britannique qui est la région la plus touchée.

En Colombie-Britannique, l'année 2016 fut une année noire. "La crise des opioïdes", comme l'appelle les experts, a fait 914 décès par overdose en 2016 et le fentanyl était en cause dans deux-tiers de ces décès. Dans la province voisine de l'Alberta, 343 morts par overdoses ont été dénombrés la même année. Et en janvier dernier, 116 décès ont été enregistrés par overdoses en Colombie-Britannique. En février 2017, les autorités y ont ainsi dénombré en moyenne 3,6 décès par jour par overdose, soit une augmentation de 72,9% en seulement un an. Preuve que la tendance se maintient à un train mortifère. 

Alors la province a été placée en "urgence sanitaire". Depuis des mois, ces provinces sont inondées par cette drogue synthétique mortelle. Ultra-puissante et bon marché car la pilule est vendue 2 dollars (1,40 euro), elle remplace désormais l'héroïne et sert à couper la plupart des stupéfiants vendus sous le manteau. 

Qu'est-ce que c'est ?

Le fentanyl est un médicament antidouleur considéré comme 50 à 100 fois plus puissant que la morphine, selon les centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Il est régulièrement utilisé pour des douleurs chroniques dans les cas où les autres traitements anti-douleurs ne font pas ou plus d'effet. Le chanteur Prince a d'ailleurs succombé en avril 2016 à une overdose de ce même fentanyl, réputé être 80 fois plus puissant que la morphine. Très addictif et plus puissant que l'héroïne, il fait de plus en plus de ravages dans les pays développés. 

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Limiter le problème qui vient aussi de Chine

Les premiers signes de l'arrivée du fentanyl au Canada remontent à 2013 avec le démantèlement d'un laboratoire de transformation à Montréal. Malheureusement, la drogue, utilisée pour couper d'autres substances illicites, s'est rapidement propagée à travers tout le pays. Selon une enquête réalisée par le quotidien Globe and Mail, la plupart des laboratoires clandestins démantelés depuis 2013 se situaient dans l'ouest du Canada, où les taux de morts par surdose aux opiacés sont parmi les plus élevés du pays. 

Pour limiter l'arrivée du fentanyl au Canada, les autorités canadiennes ont récemment annoncé vouloir coopérer avec la Chine, pays d'où viennent la plupart de ces opiacés synthétiques bon marché. Malheureusement, sur Internet, les vendeurs chinois proposent l'envoi du fentanyl par la poste, dans de discrets colis, ce qui rend la tâche des autorités douanières ardue.

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Quelles solutions ?

Si pour l'heure, le gouvernement a débloqué une enveloppe de plusieurs millions de dollars pour endiguer cette épidémie, plusieurs solutions sont évoquées. Elles vont de la dépénalisation des drogues dures à la prescription d'héroïne, en passant par davantage de centres de réhabilitation. En janvier dernier, les hôpitaux de Vancouver étaient surchargés, les infrastructures de traitement étaient saturés et les cliniques de désintoxication affichaient des listes d'attente de plusieurs semaines, ce qui rend les consommateurs dépendants d'autant plus vulnérables. Une clinique mobile a été mise en place à Downtown Eastside, un quartier de Vancouver , où des bénévoles distribuaient des kits de naloxone, une substance injectable qui contre les effets d'une surdose aux opiacés. 

Après un premier plan contre les opioïdes l'été dernier, avec par exemple la mise à disposition par les services de secours de doses de naloxone, le gouvernement veut distribuer plus largement, sous forme de spray nasal, cet antidote permettant de renverser les effets d'une overdose. En mars dernier, l'ONU a pris des mesures pour limiter la contrefaçon de fentanyl. Une commission antidrogue de l'ONU a ajouté à sa liste des substances contrôlées, deux des composants chimiques les plus couramment utilisées par les trafiquants pour produire illégalement du fentanyl. Mais à long terme, la réduction du nombre de consommateurs est indispensable, soulignent les experts, et les traitements doivent s'attaquer avant tout aux causes de l'addiction. 

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