Après l'improbable imbroglio d'Agnel, comment fonctionnent les "fameuses" plaques chronométriques

JO DE RIO 2016
QUESAKO – Classé troisième du 200m des championnats de France, jeudi, Yannick Agnel crie à l’injustice. Sur les images télévisées, le Mulhousien semble avoir touché la plaque chronométrique avant Jordan Pothain, classé deuxième avec dix-huit centièmes d’avance. Nous avons contacté une entreprise d’affichage électronique spécialisée dans le sport pour tenter de comprendre cet imbroglio qui, pour l'instant, l'empêchera d'aller défendre son titre olympique à Rio en août.

Comment ça fonctionne ?
Il y a trois systèmes différents de chronométrage par ligne d’eau.

1) Les plaques de touche : c’est le système principal, celui qui prévaut sur les autres. Au moment où l’athlète touche la plaque, le temps du nageur est envoyé à un logiciel de chronométrage, grâce à des capteurs. 

2) La poire de doublage : en cas de défaillance des plaques de touches, c’est ce système semi automatique qui prévaut. A l’arrivée, un juge arrête le chrono manuellement.

3) Si les deux précédents systèmes n’ont pas fonctionné, c’est le temps calculé par un chronomètre manuel à l'ancienne qui donne le temps.

► Un problème de toucher ?
Yannick Agnel n'aurait-il pas appuyé assez fort sur la plaque de touche ? François n’y croit pas une seule seconde : "Les plaques sont dotées de trois à quatre capteurs. Elles sont très sensibles, voire même trop sensibles. A tel point qu’on a du concevoir des systèmes anti-rebonds, parce qu’avant, lorsque le nageur plongeait à l’autre bout de la piscine, sa vague venait toucher la plaque et arrêter le chrono !" Selon Omega, fabricant des chronos sur ces Championnats de France , il faut néanmoins exercer une pression comprise de 1,5 à 2,5 kg sur la plaque de touche.
 

► Comment expliquer la différence chiffrée et visuelle ?
Ce qui frappe le plus dans cette "affaire Agnel", c’est le décalage entre l’aspect visuel et le temps des deux hommes. Sur les images, Agnel, 3e, semble largement devant Pothain, 2e, mais ce dernier affiche pourtant 18 centièmes de mieux au chronomètre. Comment l’expliquer ? "Je pars du principe que la plaque de Pothain a fonctionné, donc il a eu son vrai temps, alors que la plaque de Yannick Agnel n’a peut-être pas fonctionné. Dans ce cas, c’est le chrono arrêté par un juge de ligne (deuxième système) qui donne le chrono, et il y a nécessairement un écart entre le vrai temps du nageur et celui qui s’affiche : l’homme ne peut pas être aussi précis que la machine".

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► Quid de la fiabilité ?
Les plaques de touches sont-elles fiables ? "La FFN nous met une telle pression pour qu’il n’y ait pas d’erreur, que le système est vraiment fonctionnel. Disons que c’est fiable à 99%". Point important : le temps de Yannick Agnel n’a pas pu être modifié par une éventuelle défaillance de la technologie : "Une plaque de touche, soit elle marche complètement, soit elle ne fonctionne pas et n’affiche aucun chrono. C’est comme un interrupteur, soit vous allumez et ça marche, soit vous ratez le bouton et ça ne fonctionne pas."

Une inversion des lignes ?
C’est l’hypothèse la moins probable, mais il ne faut pas l’écarter. "Ce sont des humains qui montent les plaques, et forcément, il peut y avoir une erreur, des câbles peuvent être inversés par mégarde, même si le pourcentage de chance que ce soit le cas est vraiment infime. L’hypothèse prend un peu plus d’importance en revanche de par le fait que les deux nageurs en question figuraient dans deux lignes d’eau voisines. "Après, si tel avait été le problème, on s’en serait certainement rendu compte avant et après cette course, avec d’autres nageurs."

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