JO 2016 : quand Teddy Riner n’était qu’un "petit jeune qu’on ne calculait pas"

JO DE RIO 2016
JUDO – Programmé pour remporter un second titre olympique dans la catégorie reine des +100 kg vendredi (premier combat à 15 h 49, heure française), le champion français est imbattable depuis 2010. Mais fut un temps, c’était moins le cas, et metronews a retrouvé Frédéric Lecanu à Rio, un judoka qui a vu débarquer Teddy Riner (27 ans) sur les tatamis et qui l’a même dominé à deux reprises.

Quelle impression vous a fait Teddy Riner la première fois que vous l’avez croisé ?
Quand il arrive à l’INSEP (centre de formation où incubent les sportifs français,dlr), Teddy doit avoir 15 ou 16 ans et franchement, pour nous, les plus anciens à l’époque, on l’a vu comme un petit jeune parmi d’autres. On ne l’a pas vraiment calculé. Nous, Matthieu Bataille, Pierre-Alexandre Robin et moi, on sortait à peine de la domination de David Douillet qui venait de prendre sa retraite. Donc on voulait reprendre sa place, on était concentré sur la concurrence qu’il y avait entre nous et pas sur un gamin qui avait 10 ans de moins que nous.

Et puis il est venu tout chambouler…
Oui mais pas tout de suite quand même. Teddy, il est entré dans le système senior de façon presque homéopathique, pour le préserver. Nous, on ne comprenait pas trop pourquoi nos entraîneurs lui portaient autant d’intérêt. Ça nous a même fait un peu mal, car même s’il avait déjà un gabarit impressionnant et des aptitudes, il n’avait encore rien prouvé. En plus, il était déjà très sûr de lui et on trouvait qu'il faisait peu le malin. Il nous agaçait en fait. Franchement, c’était le chouchou et on trouvait ça inadmissible, mais on n’était pas objectifs. Et puis on a compris, quand après un an et demi il avait déjà gommé l’écart qu’il avait avec nous.

"Je lui ai mis un ippon aux Championnats de France par équipes"

Pourtant, vous continuez à le battre en compétition…
Oui, mais c’était déjà vraiment pas simple. Le premier coup, je le domine aux Championnats de France en individuel, il devait avoir 16 ans. Il tombe puis je le bats aux pénalités, mais je sors de ce combat complètement carbo. La seconde fois, je lui mets un ippon aux Championnats de France par équipes. A l’époque, il avait 17 ans, il était encore humain, physiquement parlant. Tu pouvais encore jouer un peu avec lui.

 

C’était quoi ses défauts ?
Il était un peu trop généreux dans ses attaques. Je me souviens qu’il y allait avec la jambe un peu haute. Je l’avais contré comme ça d’ailleurs sur mon ippon. Bon, depuis, il a gommé un peu tout ça et moi, j’ai décidé d’arrêter pour ne pas prendre trop de risques face à lui (rires).

"On n'a fait aucun cadeau à Teddy mais depuis, il y a une vraie amitié entre nous"

Est-ce qu’on est fier d’avoir battu Teddy Riner et de lui avoir mis un ippon ?
Non, ce n’est pas de la fierté mais une vraie satisfaction d’avoir croisé un monument du judo comme lui sur un tatami. Ce que me rend fier, et je partage ça avec Matthieu (Bataille) et Pierre-Alexandre (Robin), c’est d’avoir tout donné contre Teddy. Car franchement, on ne lui a fait aucun cadeau et je pense que ça lui a permis de grandir. On a été une étape de dureté dans son parcours et ça l’a aidé à se dépasser, à entrer dans le haut niveau. Depuis ce temps, il y a une vraie amitié qui nous lie.

Vendredi, il pourrait écrire une page supplémentaire dans sa légende. Vous pensiez qu’il irait aussi haut ?
Quand on a commencé à le connaître, on a vu qu’il avait quelque chose d’exceptionnel. Il était à peine arrivé qu’il a atteint un niveau qu’on avait mis 10 ans à approcher. C’était dingue, et il était d’une facilité en plus ! Je suis sûr qu’il va remporter la médaille d’or, mais malgré tout ce qu’on entend, qu’il a déjà le titre, qu’il est imbattable, ça va être dur. Je sais qu’après ses obligations de porte-drapeau, Teddy s’est remis dans son truc pour faire le doublé. C’est un garçon humble et intelligent. S’il sent qu’il n’est pas au top, il va gérer ça en épicier. Sans produire un grand judo mais avec la victoire au bout.

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