Nathalie Péchalat : "Zéro médaille pour la glace, ce n'est pas une surprise"

Nathalie Péchalat : "Zéro médaille pour la glace, ce n'est pas une surprise"

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PATINAGE ARTISTIQUE – À peine descendue de son avion la ramenant de Sotchi, Nathalie Péchalat a pris le temps de répondre à nos questions. Le site olympique, la 4e place de la danse sur glace en compagnie de Fabian Bourzat, les juges, les conflits à la Fédération, elle n’esquive rien.

Pour commencer, comment s’est passée la vie sur le site olympique ?
C’était vraiment super bien organisé. Pour les athlètes, c’était parfait. Surtout au niveau de la sécurité, les contrôles étaient vraiment moins pesants qu’à Vancouver en 2010 ou à Turin en 2006. Il y avait aussi très peu de temps de transport puisque tous les sites étaient proches. Pour les athlètes, tout a été bien pensé. C’était en revanche plus compliqué pour les familles. Mon père est venu me voir et ça a été compliqué de se retrouver.

Et au niveau de l’ambiance ?
Il y avait une bonne ambiance. Nous n’étions pas nombreux sur les sites au bord de la mer, donc nous avons pu passer du temps ensemble. C’était très sympa. Nous étions une bonne équipe de France, même au sein des sports de glace, malgré les quelques événements (rires).

Personnellement, que retenez-vous de ces Jeux (Nathalie Péchalat et Fabian Bourzat ont terminé à la quatrième place de la danse sur glace, au "profit" du couple russe) ?
Avec le recul, on se dit que le résultat est là et que l’on ne peut plus rien y faire. Nous avons envie de garder en mémoire ce que nous avons réalisé en quinze ans d’entraînement ensemble, nous avons réussi de belles choses et rencontré des tas de gens sympas. Nous sommes évidemment déçus, parce que nous aurions aimé rapporter cette médaille mais maintenant, nous devons penser au futur.

Nous vous avons vu afficher votre frustration dans de nombreux médias, cette quatrième place, c’est un peu plus qu’une simple médaille qui manque à votre palmarès…
C’est un problème plus profond. Le système de notation attribue des points en technique, mais on oublie le côté artistique de ce sport. Nous n’avons pas la médaille et c’était notre objectif, mais c’est surtout dommage pour notre sport que le curseur soit toujours du même côté. Nous ne pointons personne du doigt, mais nous avons apporté notre propre matière à ce sport sans en être récompensés.

Mais le système de notation n’est pas nouveau, ce déséquilibre n’est pas une surprise...
Tout au long de notre carrière, nous avons essayé d’apporter de la nouveauté dans nos chorégraphies, nos musiques ou nos costumes. C’était notre façon d’appréhender notre discipline, et ce que nous aimions faire. Nous le savions, les jurys veulent voir du ballet classique, ils n’ont que du ballet classique. Cette médaille aurait pu être la reconnaissance de notre travail de recherche, de notre créativité.

L’impression que laisse le patinage sur glace, c’est de ne se lâcher que pendant le gala…
Il faut savoir ce que l’on veut, soit l’émotion, qui plaît au public, soit la technique, pour les juges. Ce que le public demande, ce n’est pas forcément ce qui plaît aux juges. Nous, nous jouons beaucoup sur l’émotion. Nous aurions aimé pouvoir satisfaire tout le monde, mais visiblement ce n’est pas possible. C’est dommage.

Du coup, est-ce que vous souhaitez prendre votre revanche aux Mondiaux ?
(Rires). Les Mondiaux, on y pense. Nous avions dit que les JO étaient notre dernière compétition, mais c’est vrai que ça peut être sympa. Ce n’est que dans un mois, donc au niveau physique et dans la chorégraphie, nous sommes prêts. C’est plus mentalement qu’il faut remettre la machine en marche. Nous n’avons pas encore pris de décision, mais nous nous disons aussi que nous sommes très heureux de notre prestation des Jeux et que c’est une belle idée de partir sur cette bonne note. À la cool.

Les sports de glace français ont vécu une tragi-comédie pendant ces Jeux, par médias interposés. Quel est votre avis sur le sujet ?
Cela ne me fait pas plaisir de lire des choses comme durant les compétitions. Ce sont des problèmes à régler avant ou après les Jeux. Pendant, ce n’est pas le bon moment. Je ne suis pas concernée par ces affaires, mais je vois bien que le patinage de vitesse a des besoins et des problèmes. Personnellement, Fabian et moi avons toujours eu tout ce dont nous avions besoin de la Fédération, nous étions dans des conditions optimales pour travailler. Maintenant, je pense surtout que c’est un problème de communication des deux côtés.

Il semblerait quand même que la Fédération de glace soit partagée entre l’artistique, d’un côté et la vitesse et le short track, de l’autre. La vitesse est-elle le parent pauvre de la Fédération ?
Je pense qu’il faut travailler ensemble, nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. Sans doute que la vitesse manque de moyens ou de structures pour se développer, mais la façon de communiquer était trop frontale. Et puis, il ne faut pas non plus oublier que c’est l’artistique qui a le plus grand nombre de licenciés et qui apporte les fonds des sponsors. C’est le sport-phare de la Fédération.

Il y a tout de même des choses à revoir, voire à remettre en cause au sein de la Fédération. Ce sont les troisièmes Jeux d'affilée avec zéro médaille pour la glace...
Il faut toujours se remettre en cause. Zéro médaille ce n’est pas une surprise non plus, il y a évidemment des choses à changer.

C’est quelque chose qui peut vous intéresser pour le futur ?
J’ai toujours eu d’excellentes relations avec la Fédération, donc si on me demande mon avis, j’apporterai avec plaisir mon aide. La glace, c’est ma famille, quelle que soit la discipline. Mais je ne veux pas m’impliquer dans une guerre pour savoir qui aura le pouvoir. J’ai des idées et ma propre expérience. Si on me sollicite, je serais là.

Et ce futur alors, il va s’organiser comment ?
Nous commençons par une série de galas avec l’équipe de France. Ensuite, pour Fabian c’est déjà bouclé, il veut apporter son expérience à d’autre et va donc entraîner à Detroit avec notre dernier entraineur, Igor Shpilband. Pour moi, c’est plus flou. J’ai plein de projets et il va falloir que je choisisse un peu… J’ai envie de revenir à une vie normale, une vie plus parisienne. Et surtout, je ne veux plus me lever le matin en ne pensant qu’au patinage.

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