Agression d'un livreur à Cergy : le mis en cause condamné à deux ans de prison ferme

Agression d'un livreur à Cergy : le mis en cause condamné à deux ans de prison ferme

JUSTICE - Un cariste intérimaire âgé de 23 ans, a été déclaré coupable jeudi 8 juillet de violences à caractère racial, injures publiques et apologie de crime contre l'humanité pour des faits commis le 31 mai dernier vers 23 heures à Cergy-Pontoise (Val d'Oise).

Le tribunal de Pontoise a jugé jeudi 8 juillet un homme pour l'agression d'un livreur noir et des insultes racistes qui ont défrayé la chronique. D'un tempérament bouillant, le prévenu, un cariste intérimaire de 23 ans, a été déclaré coupable de violences à caractère racial, injures publiques et apologie de crime contre l'humanité. Il a écopé au total de deux ans de prison ferme.

"On a fait mon procès sur Insta' (Instagram), sur les réseaux, en détention, dehors...", s'agace dès l'ouverture des débats le prévenu, prompt à l'énervement. "Là, aujourd'hui, c'est le vrai", lui réplique le président du tribunal correctionnel, Pierre Auda, volontiers caustique, "donc on se calme".

Insultes racistes

Le 31 mai, vers 2 heures, un livreur de la plateforme UberEats vient récupérer une commande au restaurant Le Brasco de Cergy. Devant l'établissement, Mourad D. attend une pizza qu'il a commandée. Le jeune homme s'énerve du volume sonore de l'enceinte transportée par le livreur sur son vélo, et le tabasse. 

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Le tumulte provoqué par cette altercation alerte une voisine noire habitant au-dessus du Brasco. La femme interpelle Mourad D., qui déverse sur elle des tombereaux d'insultes racistes pendant qu'elle le filme avec son téléphone portable : "Espèce de négresse, espèce de sale noire (...) Pendant huit cents ans, on vous a vendus comme du bétail." Mourad D. soutient qu'en raison de la nuit, il ne pouvait pas voir que la voisine était noire. C'est "à son accent (…) que j'ai tout de suite reconnu que c'est une personne qui vient des îles", dit-il de la seconde victime, de nationalités ivoirienne et sud-africaine.

Des vidéos devenues virales

En quelques heures, les réseaux sociaux s'emballent. Le nom et l'adresse du suspect sont jetés en pâture sur internet. Une cagnotte en ligne est ouverte pour mettre sa tête à prix. "On a appelé mon meilleur ami et on lui a proposé 2.000 euros pour qu'il dise où j'étais !", s'emporte Mourad D., que son avocat tempère régulièrement.

Le prévenu dément avoir pris la fuite, assure être rentré paisiblement chez lui avec sa commande. Faux, dénonce la voisine venue témoigner : "Quand il a vu que la police arrivait, il a fait mine de prendre sa pizza rapidement alors qu'elle était prête depuis vingt minutes."

Sur internet, Le Brasco - qui n'a aucun lien avec les faits - est inondé de commentaires le taxant de racisme. La brasserie se retrouve fermée pour des raisons de sécurité. "Un cauchemar", décrit son propriétaire à la barre.

Le tribunal diffuse la vidéo d'une foule menaçante rassemblée devant le restaurant, croyant que l'agresseur y est employé. "Sors le mec, on va le cramer", y entend-on notamment.

Moins de 24 heures après les faits, alors que Mourad D. n'est pas encore arrêté, la populaire émission "Touche pas à mon poste" rassemble sur son plateau plusieurs des protagonistes de l'affaire. "Cyril Hanouna est devenu un officier de police judiciaire !", s'étrangle David Curiel, l'avocat du prévenu.

"On n'est pas à l'Assemblée nationale ici"

Plusieurs associations de lutte contre le racisme et les discriminations se sont portées parties civiles contre Mourad D. Leurs avocats plaident en invoquant de grands auteurs, en dressant avec brio un panorama du racisme en France ou en dissertant sur l'héritage de l'esclavage. "On n'est pas à l'Assemblée nationale ici...", soupire le président. Mourad D. a-t-il fait l'apologie de l'esclavage ? Non, seulement énoncer une "vérité historique", soutient son avocat.

En plus de sa peine de prison, Mourad D. s'est vu infliger une interdiction de séjour dans le Val-d'Oise. Alors le président du tribunal lui prodigue un ultime conseil : "Vous avez proposé trois fois pendant ce procès de vous en aller. C'est la meilleure chose que vous pouvez faire."

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