Assassinat de Xavier Jugelé : "On a évité un carnage ce jour-là", assurent les collègues du policier

Assassinat de Xavier Jugelé : "On a évité un carnage ce jour-là", assurent les collègues du policier

PROCÈS – Les cinq collègues de Xavier Jugelé, policier assassiné par le terroriste Karim Cheurfi le 20 avril 2017 sur les Champs-Élysées, ont été entendus ce lundi devant la cour d'assises spéciales de Paris. Très émus, ils sont revenus sur la manière dont ils ont vécu ce terrible attentat.

Ce 21 avril, ils avaient été missionnés pour assurer la surveillance devant le 102, avenue des Champs-Élysées où un rassemblement kurde était annoncé. Ce soir-là, ils ignoraient qu'en arrivant à six sur la plus belle avenue du monde pour exercer leur fonction, ils rentreraient à 5. En fin de journée, les six policiers de la 32e compagnie d'intervention de la Direction de l'ordre public et de la circulation se mettent en place devant le lieu-dit. Nicolas C. Nicolas D., Ludovic, et Victor sont en faction sur le trottoir. Xavier Jugelé au volant du fourgon de police en stationnement et Cédric, derrière lui à bord du véhicule.  

Vers 20h45, Cédric se souvient avoir vu "une masse arriver près du fourgon et des tirs". "C'était très rapide, c'était calculé, déterminé. Ce monsieur (le terroriste Karim Cheurfi NDLR) avait un plan, il l'a actionné, il savait ce qu'il faisait" décrit le policier à la barre. Karim Cheurfi tire plusieurs coups de feu. Atteint au niveau de la fesse gauche, Cédric parvient à s'extirper du fourgon et pousse des cris de douleurs. Xavier Jugelé, lui, est atteint de deux balles mortelles, une dans le front, une dans la gorge. 

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Les policiers sur la voirie entendent les trois premières détonations et ont tous cru à des pétards de prime abord, avant de découvrir la tragédie. "Je vois la porte latérale droite du fourgon côté trottoir s'ouvrir. Je vois Cédric sortir, tomber, le regard hagard et un individu déterminé avec un fusil d'assaut faire le tour du fourgon. J'ai vu la tête penchée de Xavier dans le fourgon. J'ai compris alors que les détonations, c'était pas des pétards, c'était l'assassinat de Xavier Jugelé", témoigne Victor. Il poursuit : "Au même moment, Karim Cheurfi a vu, lui, qu'il n'avait pas fini sa sale besogne, il a fait le tour du véhicule avec son fusil d'assaut. C'était pour abattre Cédric comme un chien". 

Tirs de riposte

Selon les policiers, Karim Cheurfi ne savait pas quand il a commis ses crimes que quatre autres policiers se trouvaient alors sur la voirie. Les fonctionnaires lui tirent dessus, lui riposte et finit par être neutralisé. "Mon chef de bord annonce un collègue delta (décédé, NDLR) sur les ondes, Cédric continue à crier. On s'est alors créé une bulle, plus personne ne pouvait y rentrer", explique  à la cour Ludovic, lui aussi très troublé. Le policier se souvient ainsi que, lorsque les renforts sont arrivés, il a failli leur tirer dessus. "On avait peur de l'arrivée d'un deuxième terroriste, on avait peur de tout. On pensait à notre survie", justifie-t-il. 

Le policier Nicolas D. a, lui, pris en charge son collègue grièvement blessé. "J'ai compris que je ne pouvais plus rien faire pour Xavier alors je me suis occupé de Cédric. Je l'ai pris, je l'ai tiré vers moi, je l'ai mis en protection. À ce moment-là, c'est une scène de guerre, il peut y avoir d'autres terroristes, un sur-attentat". Puis, il raconte avoir fait un point de compression à son collègue, en attendant l'arrivée des secours. "J'étais tétanisé. Cédric j'ai eu peur de le perdre à ce moment-là, il devenait blanc. Lui, je pense qu'il se sentait partir. On venait de perdre Xavier, il était ami, collègue et frère d'armes, il n'était pas question de perdre Cédric. Puis, les pompiers sont arrivés deux minutes après et Cédric a été pris en charge"

"Ca aurait pu être un carnage"

Nicolas C. se considère comme "un miraculé". S'il n'était pas tombé au sol accidentellement après avoir effectué un tir de riposte, il serait sans doute mort lui aussi.  Cédric a remercié ses collègues rappelant qu'il avait "vu le terroriste s'approcher de lui" : "J'ai fermé les yeux, j'ai cru que c'était fini. Je ne pourrai jamais remercier les collègues qui m'ont sauvé la vie", dit-il.  Les policiers présents le soir de l'attentat s'accordent à dire qu'il y aurait pu y avoir plus de victimes ce 20 avril 2017. "Mes collègues ont sauvé énormément de vies sur les Champs-Élysées ce soir-là", assure Cédric. Selon lui, si les policiers avaient tous été dans le fourgon et que Karim Cheurfi les avait tous assassinés, "ça aurait pu un carnage". 

Tous les policiers  de cet équipage ont été mutés après cet attentat. Certains exercent encore sur le terrain, d'autres pas. Certains ont choisi la banlieue, d'autre la province. Deux d'entre eux ont des séquelles physiques et tous des séquelles psychologiques : hypervigilance, troubles du sommeil, flashbacks permanents, évitement de la foule… 

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Des symptômes post-traumatiques qui impactent leur quotidien et dont les conséquences pèsent sur leur famille. Pourtant, selon Cédric, leur administration "n'a pas montré autant de reconnaissance après ce drame". Ludovic en veut, lui aussi, à certaines personnes. Ainsi, quand lui est demandé  à l'audience qu'il attend de ce procès, la réponse est sans détours.  "Rien, rien, rien parce qu'on va encore nous trouver des excuses. On ne va pas polémiquer pendant 10 ans, mais déjà à cette époque-là il était censé être en prison ce garçon (Karim Cheurfi). Pourquoi il était dehors ?" a pointé le policier. Le 23 février 2017, deux mois avant l'attentat, Karim Cheurfi avait été placé en garde à vue. Il en était ressorti libre le lendemain faute de charges suffisantes. L'audience doit reprendre demain à 9h30 avec l'audition des proches de Xavier Jugelé, notamment son père et son mari Etienne Cardilès. 

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